MARIE CHOUINARD, « CY TWOMBLY SOMEHOW » / NATALIA HORECNA , « BUT BEHIND THE BRIDGE » AUX BMC

CY TWOMBLY SOMEHOW – Marie CHOUINARD & – BUT BEHIND THE BRIDGE – Natalia HORECNA / CRÉATION pour les Ballets de Monte-Carlo.

En quelque sorte…

Les Ballets de Monte-Carlo nous ont conviés ces jours-ci à découvrir deux nouvelles créations des chorégraphes Marie Chouinard et Natalia Horecna.

On avait laissé la Québécoise Marie Chouinard dans Les Jardins des délices de Jérôme Bosch après qu’elle ait fait un tour dans les œuvres abstraites d’Henri Michaux dont elle a tiré un spectacle mémorable, vif, puissant, rythmé…

Pour sa première – et rare – création pour un autre ballet que sa Compagnie, la chorégraphe replonge dans la peinture et rend un légitime hommage à Cy Twombly. Elle en retient les couleurs et le processus de création. Elle profite d’une compagnie largement renouvelée et qui sait passer d’un registre à un autre avec une incroyable aisance ; il faut d’ailleurs en remercier Jean-Christophe Maillot qui depuis 1993 a redonné ses lettres de noblesses à un ballet né en 1909 sous la férule du génial Diaghilev. Les trente cinq minutes de Cy Twombly Somehow se regardent belle et bien comme une toile du peintre – dont on a pu apprécier les oeuvres dans une magistrale rétrospective au Centre Pompidou à Paris.

Déjà le blanc domine dans cette nouvelle pièce de Chouinard. Ce cube immaculé, accueille des monochromes de lumières nous faisant passer d’un vert à un gris métalisé en passant par un rose ou un orange pastel.
Tous au centre, les danseurs portent des coiffes rouges. Impossible de ne pas penser à Blooming, peinture sur fond blanc, saturée de petites méduses rouges au centre avec des filaments qui laissent une trace sur la toile. On pense aussi à des roses…Les danseurs sont donc regroupés. Ils forment un tout, une unité comme s’il était impossible de les séparer. Telle une meute, ils opèrent une rotation du buste, agitent une jambe tous ensemble, se haussent sur pointe. Le ton est donné. La pièce se lance comme une boulle de billard dans ce cube qui ne cesse de la laisser filer sous nos yeux. Les costumes imaginés par la chorégraphe ne permettent pas, de prime abord, de différencier les hommes des femmes, du coup ils sont tous sur pointes. Petit clin d’oeil sans doute à Body remix avec ces jambes en U largement écartées portées par des pointes. On retrouve aussi toutes les images des meilleurs spectacles de la chorégraphe qui s’auto-cite mais avec jubilation et non par manque d’inspiration, un peu comme lorsqu’on essaie un nouveau vêtement qu’un ami vient d’acheter… Louis Dufort réussi une fois de plus une musique qui porte la danse sans omettre une petite touche de méditerranée avec le ressac de la mer qu’on entend un moment.

La pièce est une véritable composition mathématique et Marie Chouinard semble s’amuser à jouer les trios contre les quatuors, passant d’un ensemble à une série de duos dans lesquels les danseurs se lancent avec énergie.
C’est compact. Livré brut. Sans fioriture. Marie Chouinard va droit au but sans s’encombrer de détails. De ce point de vue, elle rend un véritable hommage à Cy Twombly qui ne peut qu’inspirer la chorégraphe qui aime les images pures et virginales comme celle qui vient achever Soft virtuosity, still humid, on the edge présentée en France au Festival d’Avignon 2016 et qui sera au cœur de la nouvelle programmation de l’artiste à la Biennale de danse de Venise au mois de juin/juillet prochain.

C’est une toute autre paire de manche que ce But behind the bridge de la chorégraphe Slovaque Natalia Horecna qui avait déjà créé pour la Compagnie en 2015. C’est d’ailleurs frappant de voir comment d’une artiste à une autre, avec le même matériau – à savoir des danseurs hors-pair – les pièces peuvent être réussies ou ratées. Natalia Horecna pêche à la fois en longueur – cinquante minutes, c’est beaucoup trop long – et par manque d’inspiration. Le propos est bavard, l’écriture laborieuse – surtout lorsqu’on vient de voir comment Marie Chouinard compose.

La scénographie de Christiane Achatzi est tellement littérale, à savoir un pont et une sorte de cercle suspendu dans l’air qui finira par monter vers les ceintres après un long, long moment de danse qui n’en finit pas. La première partie se passe dans un étroit couloir, puis le rideau se lève et laisse apparaître ce pont, un canon affublé de fleurs jaunes… les costumes sont à la fois compliqués et datés, sans nécessité… On regrette que la commande n’ait pas fixé aussi une durée plus courte à Natalia Horecna ; cela aurait été un service à lui rendre, un moyen de condenser un propos qui se répète beaucoup…

Un programme déséquilibré qui n’a pas empêché de gouter toute l’étendue du talent de la Compagnie qu’on retrouvera dans un événement dont on parle déjà beaucoup sur le rocher à savoir F(ê)aites de la danse le 1er juillet, Place du Casino … Il faut s’y préparer : Guinguette, Barre géante, Echassiers, danse de salon, danse du monde, Pôle Dance, Patin libre, Hip-Hop… ça va durer toute la nuit… pensez à bien dormir la veille !

Emmanuel Serafini

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