JERÔME BEL : « CEDRIC ANRIEUX », « GALA », AU THEÂTRE DE LA COMMUNE

Cédric Andrieux, de Cédric Andrieux et Jérôme Bel par Cédric Andrieux. Gala, conçu et mis en scène par Jérôme Bel.

Depuis 2016 Jérôme Bel est l’un des artistes associé au Théâtre de la Commune d’Aubervilliers. Ses pièces s’y jouent régulièrement, sans jamais cesser de passionner, d’engager le public de cette salle qui sait si bien représenter la pluralité et la richesse de la scène artistique contemporaine. Les pièces de Jérôme Bel sont pleines de paradoxes : entre réflexion et amusement, parodie et empathie, il transforme en poésie, avec esthétique, le questionnement sur ce qu’est aujourd’hui une scène. Le public ressort de ses représentations avec l’impression d’avoir décortiqué, analysé l’approche de la danse tout en ayant rigolé et profité d’un bon moment. C’est l’effet Jérôme Bel : son art sait parler des processus de représentation et de fabrication liés à la scène avec poésie.
Nous retrouvons encore une fois Gala, une pièce à voir et à revoir, car elle change à chaque fois, dans chaque ville où elle est présentée. Vue il y a juste un an à Montréal lors du FTA, assister une nouvelle fois à une représentation de Gala nous émeut, nous transmet d’autres sensations puissantes grâce à la force, si singulière, des différents interprètes engagés dans les divers pays où le spectacle est programmé.

Si pour Jérôme Bel la danse est « émancipation, singularité, subjectivation, événement, performativité… » sa pièce Gala en est l’emblème. Parce qu’en mélangeant professionnels de la danse et amateurs issus de divers horizons, cette fête de la danse, le Gala, donne la parole à la pluralité, à la beauté de la diversité, à une palette de couleurs que les interprètes vont vivre sur scène et qui donne tant envie de s’ouvrir à la danse. La danse, un art chargé de discipline, de corps canoniques, d’académisme que Jérôme Bel sait finalement rapprocher du public et rénover en un langage (à voir et à pratiquer) à la portée de nous tous : Gala est une vrai célébration de l’acte de danser.

Jérôme Bel a ce don qui consiste à valoriser les interprètes, amateurs ou pas, comme danseurs. Il ne s’agit surtout pas d’un projet social ! Au-delà des gestes vides, chaque interprète trouve sa danse, ses mouvements et nous offre une partie de lui-même. Parce que la danse c’est aussi le partage, chaque danseur, sous la bienveillance de Jérôme Bel, semble représenter un monde, une culture unique et singulière à offrir aux spectateurs. Pas étonnant que pour une fois (c’est bien rare !), on se retrouve à partager la salle avec une variété de public aussi importante. Tous les âges, les cultures, les couleurs de peau : la pluralité est partout.

En contrepoint de Gala, le théâtre de la Commune présente le solo de Cédric Andrieux. Crée en 2009 par Jérôme Bel pour et avec le danseur Cédric Andrieux, le solo éponyme a déjà été joué plus de deux cents fois dans plus de trente pays. Cédric Andrieux s’inscrit dans une série initiée en 2004 avec le solo pour Véronique Doisneau, danseuse du corps de ballet de l’Opéra de Paris, suivit en 2005 par Isabel Torres, ballerine du Teatro Municipal de Rio de Janeiro et Pichet Klunchun and myself, duo conçu avec le chorégraphe et danseur Pichet Klunchun à Bangkok. Il s’agit ici de donner la parole aux danseurs, les laisser dévoiler voire démystifier, avec beaucoup d’ironie et de courage, ce qui est vraiment la danse et sa pratique. Cette série de pièces, dont fait partie Cédric Andrieux, prennent la forme d’un échange intime et généreux, entre l’individu qui se cache derrière le danseur et son public.

Cédric Andrieux danse pour nous et raconte sa carrière avec objectivité, timidement, avec beaucoup d’ironie, une pointe de dérision et tant de sincérité. Et c’est tout de suite une charge d’empathie qui investit le public. Particulièrement touchantes sont ses confessions à propos de son engagement dans la compagnie de Merce Cunningham. Grace à Cédric Andrieux, nous faisons, pour un instant, abstraction de ce monstre de l’histoire de la danse contemporaine et allons du côté de l’humain. Le public réalise les paradoxes, les ambiguïtés de la vie d’un danseur. Dans un acte d’altruisme, Cédric Andrieux nous confesse ses choix dictés par la peur de ne pas réussir, de manquer d’argent, par l’ennui : c’est fort et remuant.

En tant que spectateur, nous faisons l’expérience de l’aliénation ou de l’émancipation que l’interprète est susceptible de vivre (et nous transmettre tel un vecteur) à travers la danse. Encore une fois il est question d’échange et de dialogue entre nous, la danse et l’interprète. Sous le regard de Jérôme Bel, la danse se transforme en un langage qui parle toutes les langues et qui s’adresse à tous : c’est le pouvoir de l’art.

Cristina Catalano

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