BALLET DE LORRAINE : PETTER JACOBSSON / THOMAS CALEY & RACHID OURAMDANE

Record of ancient things – Petter Jacobsson et Thomas Caley & Murmuration – Rachid Ouramdane / Ballet de Lorraine Nancy.

La recherche du Chaos.
Au Ballet de Lorraine, Petter Jacobsson et Thomas Caley ont poursuivi avec conviction le travail engagé par leur prédécesseur Didier Deschamps en faisant évoluer à la fois le répertoire – et de fait – la compagnie, dénichant ici et là des danseurs capables de passer de La Ribot à Gisèle Vienne, de Twyla Tharp à Emanuel Gat. C’est donc une compagnie particulièrement virtuose que nous découvrons dans ce nouveau volet « des plaisirs », un cycle qui guide le Centre Chorégraphique dans ses choix artistiques depuis quelques saisons au moins…

Les deux directeurs – chorégraphes proposaient Record of ancient things, une création de quarante minutes pleine d’énergie où les vingt danseurs de la Compagnie dispensent avec un engagement rare une danse bondissante dont les douze premières minutes sont faites de sauts manifestant épuisants à exécuter.

Deux très bonnes idées de cette pièce, outre ces costumes chatoyants et bigarrés, c’est d’une part d’avoir pendrillonné la scène à l’italienne mais avec des taps en plastique transparents et d’autre part d’avoir confié les lumières à Eric Wurtz qui, une fois de plus, transforme la scène en un écrin scintillant de toute beauté.

L’idée de faire « apparaître » ce qui est caché reste au cœur du projet des deux artistes. Les battements, les grands jetés appartiennent à un vocabulaire classique qui subit ici un dépoussiérage intéressant par des distorsions, des exécutions décalées comme ces sauts vers l’arrière plutôt qu’en avant.

On apprécie aussi les changements de rythmes de cette pièce qui démarre en fanfare et fini dans une certaine langueur. Reste en mémoire le très poétique solo en contre jour annonçant cette rupture, magistralement exécuté dans un mouvement fluide proche de ceux des chorégraphes américains de la post-modern danse – pas un hasard avec le parcours de Thomas Caley ! – ou cette double chaine humaine qui fini au sol en corole.

Red.
Là où Petter Jacobsson et Thomas Caley excellent, c’est dans leurs commandes aux artistes invités. Et si on avait apprécié des pièces comme EEEXEEECUUUTIOOONS ! de La Ribot on est totalement conquis par Murmuration, une création de trente minutes pour la Compagnie chorégraphiée par Rachid Ouramdane.

Le nouveau co-directeur (avec Yoann Bourgeois) du Centre Chorégraphique National de Grenoble remet complètement en cause son vocabulaire habituel en cherchant encore comment arriver à cet état de Murmuration où seul l’instinct primitif guiderait les interprètes non pas dans l’espace mais par rapport au partenaire devant ou a côté d’eux.

Pour décrire ce travail, il faut se replonger dans ses souvenirs d’enfance où l’œil collé au kaléidoscope en le tournant, on voyait apparaître des attroupements de cristaux offrant autant de figures à notre imaginaire ou encore, apprentis biologistes, en suivant l’évolution de cellules dans un microscope et de voir les diverses composantes se courir après.

Là, dans Murmuration, Rachid Ouramdane a choisi un tapis blanc et des costumes de couleur rouge offrant au regard sinon une continuité avec la salle de l’Opéra de Nancy du moins un monochrome très efficace où les corps des danseurs, lancés dans le vide, se regroupent tels des oiseaux migrants dans le ciel.

Le point commun avec la pièce précédente c’est l’immense dépouillement de la scène là aussi entièrement mise à nu. Même procédé de va et viens entre cour et jardin mais cette fois-ci au lieu de sauts, ce sont des rotations des bras, mouvement central dans le duo Tordre de Rachid Ouramdane qui inaugura avec brio ce cycle de pièce sur la Murmuration, cet art d’être ensemble sans leader rappelle, non sans humour, le chorégraphe…

Ce fameux tour avec le bras qui passe subrepticement sous le coude pour changer d’axe et relancer le rythme est typique du travail de la danseuse Lora Juodkaite dans Tordre, ces tornades de corps lancés à vive allure emplissent la scène de déboulés puissants. Les dix huit danseurs, au bout de leurs forces, offrent un enchantement visuel grâce à une composition chorégraphique digne d’un problème de géométrie…

La scène ne garde jamais très longtemps la même image. Elle est secouée de ressacs, muée par une force centrifuge qui hypnotise le spectateur. C’est comme dans une expérience qui voit la limaille de fer sur l’établi attirée par deux aimants posés à chaque coin. Les danseurs semblent toujours en transhumance, telles des nuées d’oiseaux dans le ciel qui se relayent pour avancer sans que jamais aucun d’eux ne perdent ni le rythme, ni le cap, c’est prodigieux.

Cette question du déplacement des foules, volontaires ou organisées, est au cœur du travail de Rachid Ouramdane qui trouve ici une nouvelle voie sans que jamais cela ne nous lasse, au contraire même, tout nous laisse fasciné.

Emmanuel Serafini

Répétitions de « Murmuration » de Rachid Ouramdane au CCN Ballet de Lorraine.

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