TRIBUNE : FAB BORDEAUX, QUE SONT NOS LIBERTES DEVENUES ?

Tribune libre suscitée par les a-côtés de FAB Festival international des Arts de Bordeaux métropole, 5 au 25 octobre 2017.

FAB : Que sont nos libertés devenues ?…

Le mercredi 20 septembre dernier, dans l’espace branché de l’Iboat arrimé à un quai paisible de Garonne, lors de la présentation à la presse de la deuxième édition du Festival International des Arts de Bordeaux Métropole, on a pu entendre Alain Juppé, Maire de Bordeaux et Président de Bordeaux métropole, et Jacques Mangon, Maire de Saint-Médard-en-Jalles et Vice-Président de Bordeaux métropole, mettre en exergue la programmation réalisée par Sylvie Violan, Directrice du FAB. L’un et l’autre ont tour à tour mis en avant le focus consacré aux frontières dans tous leurs « états » (géopolitiques, sociales, économiques, culturelles) et se sont réjouis de la possibilité offerte par ce festival de pousser les murs du théâtre en dehors des limites habituelles en insérant in fine le spectateur néophyte dans le paysage culturel.

Et l’on ne peut que souscrire volontiers à leur déclaration (de belle intention) lorsque l’on note la richesse des propositions faisant appel à des artistes à la liberté de ton reconnu comme peuvent l’être l’Israélien Arkadi Zaïdes, les Suisses Yan Duyvendak et Massimo Furlan, l’Egyptien Ahmed El Attar, le Franco-Argentin Marcial Di Fonzo Bo, le Zoukak Theatre Company libanais, le Mapa Teatro colombien, la compagnie AlixM de Nouvelle Aquitaine, ou bien encore les inclassables Renaud Cojo et Michel Schweitzer… pour n’en citer (très arbitrairement) que quelques-uns.

Mais là où le bât blesse, c’est lorsque la réalité du terrain vient quelque peu « freiner » ces belles envolées vers des terres de Culture émancipatrice… Ainsi le 5 octobre, Opening day du festival, qui a vu – pour « raisons de sécurité » – interdire la façade du Palais Rohan (Hôtel de Ville de Bordeaux, siège du premier édile) à la mise en lumière de l’installation monumentale qui initialement (Cf. plaquettes et flyers) devait y prendre place. Le collectif Luzinterruptus – distingué « meilleur collectif d’artistes » par le New-York Times et dont le nom a trouvé là un écho inattendu – a dû interrompre son projet pour se rabattre un kilomètre plus loin sur la façade d’un magasin Virgin désaffecté après avoir été occupé longuement par ses employés mis au chômage. Quant à la CieVolubilis, admise elle dans la cour de l’Hôtel de ville pour présenter sa performance dansée, elle a été contrainte à un espace très limité face à un public parqué. Et clou de cette soirée « d’ouverture », au léger parfum de flop vu l’ambition internationale de cette manifestation, déclinée par la force des choses en deux endroits, le concert qui devait clore cette soirée inaugurale au Hangar 27 (QG annoncé « artistique et festif ») n’a pu se donner dans ce lieu… qui n’a toujours pas reçu à ce jour l’habilitation de la commission de sécurité.

Aux impératifs des exigences sécuritaires limitant la liberté d’investir l’espace, qu’il soit public ou privé, au nom de normes de plus en plus contraignantes, vient s’ajouter ceux des lobbies qui entendent unilatéralement dicter leur loi souveraine. Ainsi le lobby puissant des chasseurs de la commune de Saint-Médard-en-Jalles a-t-il fait savoir qu’il s’opposerait manu militari à la « bal(l)ade aux confins » organisée par le performeur belge Grégory Edelein muni pacifiquement de ses deux parenthèses géantes encadrant le paysage. Une poignée de propriétaires chasseurs richissimes (les bois leur appartiennent) ont donc en toute « légalité » décidé d’interdire la traversée de leurs terres aux cultureux culs terreux menacés d’hériter des munitions destinées aux chevreuils si la fantaisie les prenait, ce dimanche 8 octobre au matin, de mettre leurs pieds « vilains » sur leurs sacro-saintes terres ! De quoi il est vrai « refroidir » les organisateurs du projet artistique qui ont dû dare-dare battre en retraite… On se croirait revenu au temps de Jacquou le Croquant… sauf que nous sommes bien en 2017, dans une commune dite paisible de Gironde. Ainsi s’en est-il fallu de très peu que l’intervention de l’artiste soit mise aux oubliettes de l’Histoire, si ce ne fut une solution bricolée in-extremis : la proposition « émigrera » vers un autre lieu, moins exposé…

Et quant aux « Installations de feu », créations in situ de la Cie Carabosse destinées à clore le Festival en embrasant les Bassins à flot, rien n’est sûr à cette heure qu’elles puissent avoir lieu, le sésame des autorités étant toujours attendu… Si – et on l’espère bien, tant ces artistes savent mettre le feu avec talent !- les gigantesques structures métalliques rougeoyantes, trouant l’obscurantisme ambiant, parvenaient à illuminer le ciel bordelais de leurs pépites poétiques pacifiques, il y a fort à parier que ce soit sous la surveillance très visible de militaires robokops armés de kalachnikovs, ce qui ne manquerait pas d’entacher la sérénité de l’ambiance festive.

Sans parler du poids des lobbies d’un autre temps, les dérives sécuritaires d’aujourd’hui, non seulement « nuisent gravement » – pour reprendre une formule agréée – à la liberté artistique et citoyenne, mais (de l’aveu même de ceux qui en sont les prescripteurs) ne protègent en rien. Elles sont là avant tout pour disculper les décideurs « au cas où »… Mais si ces derniers sont si terrorisés à l’idée qu’on puisse les mettre en cause de n’avoir pu prévoir l’imprévisible, les conduisant à ouvrir grand le parapluie de l’irresponsabilité, c’est parce que leurs dociles sujets les y invitent grandement : l’illusion d’être protégé est si aveuglément recherchée qu’elle se paie cash par la perte réelle de libertés essentielles. Ainsi, chers citoyens spectateurs, en va-t-il de l’avenir « conté » des festivals…

Yves Kafka

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