MARCOS AVILA FORERO, « LES CHOSES QUI VIBRENT », CAC GRAND CAFE, SAINT NAZAIRE

Marcos Avila Forero – Les choses qui vibrent – CAC Le Grand Café, Saint Nazaire – Jusqu’au 7 janvier 2018.

Artiste du déplacement, Marcos Avila Forero opère sur le terrain, aux confins du monde. Ses interventions à même le contexte condensent la force de l’engagement et la puissance de la poésie. Entre une conscience aiguë du monde et un profond sens du mythe, son oeuvre se tient en équilibre, traversée par la question du langage et du déplacement, du souffle humaniste et de l’engagement. Mu par d’intimes convictions, l’artiste colombien travaille auprès de communautés dont il s’attache à traduire les combats méconnus. Souvent, il choisit de mettre en fréquence diverses réalités a priori éloignées : au Grand Café – centre d’art contemporain, Saint-Nazaire, il croise ainsi l’actualité syrienne, le processus de paix en Colombie, et la question des colonisations.

Pour éclairer ces éléments, Marcos Avila Forero puise volontiers dans l’art du passé, de la tragédie grecque (Les Perses d’Eschyle) aux recherches documentaires de Pasolini (Carnet de notes pour une « Orestie » africaine, inspirée d’Eschyle, elle aussi1.

Pour « Les choses qui vibrent », il réunit des oeuvres clés de son parcours et des créations réalisées pendant sa résidence à Saint-Nazaire. L’exposition sera en constante reconfiguration, alimentée par un travail de recherches, des performances et le résultat de ses rencontres.

Son leitmotiv, la rencontre humaine relie la politique au corps et explore la notion de revendication sociale. Telle une partition ouverte, l’exposition accueille alors le public dans cette réflexion universalisable : de quel instrument jouer contre l’oppression ?

Pour la Grande Salle du rez-de-chaussée, l’artiste a conçu un objet double et paradoxal : un monumental porte-voix qui est aussi un bateau, activable et mobile, potentiellement déplaçable dans l’espace public et maritime. Réalisé en bois de noyer, cette nouvelle production relève à la fois de l’objet flottant, musical et sculptural. Par son essence, il renvoie à la longue tradition artisanale de la lutherie syrienne, et dans sa structure, il rappelle autant le coffrage d’une guitare que la membrure d’un navire.

Comment dire la guerre, la violence, l’exil autrement que par le prisme des médias dominants ? Avec cette sculpture fonctionnelle, Marcos Avilas Forero conçoit un symbole appropriable, un filtre amplificateur que viendront activer différents acteurs, chercheurs et comédiens. Leur parole portera des textes en lien avec le conflit syrien, qui seront spatialisés sur les murs de l’espace d’exposition, transformé en agora.

Ainsi, Marcos Avila Forero propose une relecture contemporaine des Perses d’Eschyle comme un outil d’investigation du contemporain. Les Perses demeure à ce jour non seulement la première pièce dont nous conservons la trace écrite, mais surtout une des seules tragédie grecque qui s’attaqua à l’actualité politique, reflétant la guerre qui fit rage entre les Grecs et les Perses. S’inspirant de ce texte antique qui se déroule sur les mers, le confrontant à une tragédie contemporaine, Marcos Avila Forero imbrique les récits et les temporalités, et met en valeur la parole vive, la plus à même de transmettre l’expérience du déplacement, dans l’espace (l’exil), et dans le temps (la mémoire). Cette installation semble clairement marquée par l’esprit du dramaturge brésilien Augusto Boal : le créateur du Théâtre de l’Opprimé a toujours prôné la contestation dans et par le doute. Il déclara : « Si tu donnes la certitude avant le doute, tu ne réponds à aucune nécessité. Le théâtre politique d’avant était univoque, il donnait les bonnes réponses. Ce que nous essayons de faire aujourd’hui, c’est de poser les bonnes questions, la meilleure d’entre elles étant à mon sens : quelle question voulez-vous vous poser ? » (…)

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