GIANFRANCO BARUCHELLO, VILLA ARSON NICE

Gianfranco Baruchello – Commissariat : Nicolas Bourriaud – Villa Arson, Nice – 10 mars – 27 mai 2018 – Vernissage vendredi 9 mars à 18h

Militant, poète, cinéaste, peintre, artiste-fermier, définitivement inclassable, Gianfranco Baruchello, né en 1924, fut proche de Marcel Duchamp, Gilles Deleuze et Jean-François Lyotard. Certainement trop en avance sur son époque et resté méconnu, cet artiste de quatre-vingt-quatorze ans, apparaît apporter au XXIe siècle une énergie douce et durable, une énergie du minuscule, du détail, qui irrigue ses œuvres fragmentant et dilatant le monde. Empreint d’utopie et de vie, son art semble aujourd’hui offrir une transition entre la modernité et le monde contemporain.

Peu d’artistes ont, comme lui, traversé le vingtième siècle avec suffisamment d’énergie pour en apporter au nôtre. Pour Gianfranco Baruchello, qui a jadis conduit Marcel Duchamp à Rome dans une Ferrari roulant à plein régime, il s’agit pourtant d’une énergie douce, durable, qui irrigue ses tableaux, ses sculptures, films et performances. Non pas « timide », comme celle de l’inventeur du ready-made, mais une énergie du minuscule et du détail.

Si Baruchello m’apparaît si important, et par contraste si méconnu, c’est avant tout parce que son oeuvre propose un régime spatial d’une immense originalité. Et parce que sa manière de fragmenter le monde, de le dilater à l’infini, résonne tout particulièrement à notre époque : les œuvres de Baruchello représentent des archipels de pensées, des circuits de formes, bref, très exactement ce que l’on peut percevoir dans les « formes-trajets » des artistes les plus intéressants de la nouvelle génération.

Si l’artiste italien, après avoir eu tant d’avance, semble enfin coïncider avec son temps, c’est aussi en raison de l’utopie concrète et écologique d’Agricola Cornelia, l’exploitation agricole en forme de projet artistique qu’il a fondé en 1973, qui a produit autant de formes novatrices que de légumes et de lait.

Militant, poète, cinéaste, peintre, définitivement inclassable, Baruchello fait partie de cette génération d’artistes (il est né en 1924) pour qui l’art était avant tout une forme de vie, et dans son cas précis un bolide expérimental lancé sur les routes de l’existence. Immense fresque pulvérisée en micro-détails, son oeuvre se présente comme un attentat contre tout ce qui est massif, continental, autoritaire : sa pensée fragmentaire, faite de notes et commentaires en bas de page du livre de la modernité, semble proposer une transition durable entre celle-ci et le monde contemporain. Puisque l’époque semble enfin prête, nous pouvons revoir le siècle avec Gianfranco Baruchello.

La Villa Arson m’a invité pour être le commissaire de cette rétrospective, trois ans après l’exposition que j’avais organisée au Palais des Beaux-Arts de Paris autour d’Agricola Cornelia. (Nicolas Bourriaud)

Gianfranco Baruchello est né le 29 août 1924 à Livourne (Italie), fils d’un avocat qui a également été président de l’Unione Industriale di Livorno (Syndicat des Industriels de Livourne) et professeur à l’Université de Pise.

Après la Seconde Guerre mondiale, Gianfranco Baruchello termine son droit par une thèse en économie. En 1947, il travaille pour l’entreprise de chimie Bombrini Parodi, spécialisée dans les explosifs. Dès 1949, encouragé par son père, il s’investit chez Delfino, prenant la tête du département recherches et développements pour la partie biochimique. Mais lassé, Baruchello quitte définitivement le milieu industriel en 1959, pour se consacrer entièrement à l’art, notamment à la peinture.

En 1960, monté à Paris, il rencontre l’artiste Roberto Matta et trois ans plus tard, le poète et critique Alain Jouffroy, tous les deux l’encouragent. En 1963, alors à New York, il devient un proche de Marcel Duchamp, lequel le familiarise avec la scène avant-gardiste et en fait même une sorte de disciple. L’année suivante, il fait la connaissance de John Cage. Le Pop Art et l’expressionnisme abstrait américain sont pour Baruchello une révélation. C’est alors qu’il commence à s’intéresser aux images animées, à vouloir fabriquer des films. Il s’associe au réalisateur italien Alberto Grifi et compose avec lui Verifica incerta, un montage d’images et de sons fait essentiellement de bouts de pellicules (footage) issus de films de fictions et d’actualités des années cinquante, récupérés dans les cabines de projectionniste. Un film dédié à Marcel Duchamp, autour duquel se construit l’histoire, monument satirique à la mémoire des films hollywoodiens.

Les champs d’expérimentation artistique de Baruchello sont larges et leurs impacts sur le mouvement post-moderne évidents.

Retenons d’abord la création en 1967 d’une société fictive nommée Artiflex dont la « baseline » était : « Artiflex commercialise tout ». Agissant en tant qu’opérateur, Baruchello publie une annonce dans divers magazines financiers afin de solliciter les lecteurs à leur envoyer une demande d’échantillons. Durant trois ans, Artiflex expédia aux souscripteurs de petits colis contenant divers objets hétéroclites (bougie emmaillotée dans une feuille de journal, pages arrachées aux livres de Mao, touffe de cheveux, boîte de thon, etc.).
En juin 1968, à la galerie Tartaruga (Rome), eut lieu une performance d’un genre inédit : dans une salle nommée « Finanziaria Artiflex » (Artiflex Finances) se trouvait une table avec une caisse enregistreuse derrière laquelle était assise une « vendeuse ». Elle proposait des boîtes de carton remplies de pièces de 5 lires mais vendues à l’unité 10 lires ! Le lendemain, l’espace était devenu une « salle d’attente Artiflex » constituée de sièges et de petites tables. Cette performance constitue sans doute la première manifestation de type esthétique relationnelle. En effet, Artiflex, en tant qu’œuvre d’art évolutive, peut être jugée en fonction des relations interhumaines qu’elle figure, produit ou suscite. Du moins, telle était la volonté de Baruchello.

En 1973, Baruchello part s’installer à la campagne, au centre de l’Italie, et fonde la « Cornelia Agricola S.p.A. », une véritable ferme autonome, qui effectue toutes sortes d’activités, de la culture de légumes aux arbres fruitiers, en passant par l’élevage des moutons. L’expérience dure jusqu’en 1983, et lui inspire une série de peintures.

images: Gianfranco Baruchello : 1968 L’imagination-au-pouvoir / Gianfranco Baruchell : 1959 altre tracce con immagine / Gianfranco Baruchello : 1963 Mostra minuscola del 64 / copyright the artist.

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