« PARADISE IS NOT ENOUGH », LA JUNGLE URBAINE D’EX-NIHILO

« Paradise is not enough » – Anne Le Batard et Jean-Antoine Bigot, Cie Ex Nihilo. Scène nationale de La Garance, dans le cadre du festival Les Hivernales 2018.

Chaises, pneus, cordes au sol et suspendues au grill… Le plateau s’ouvre sur un paysage pauvre, démonté, riche d’un rien. Jungle urbaine d’un pays imaginaire dont on sait pertinemment qu’il existe quelque part sur un bout de la planète, oublié. Une radio vient parfaire l’atmosphère sonore et la succession des tableaux embraye sur un rythme soutenu avant qu’une guitare et une batterie en fond de scène viennent faire monter la pression.

Bataille de pouvoir par la transposition d’un jeu de chaise à trois pieds, chorégraphie pneumatique sensuelle à souhait, danseurs encordés, incantation en toge romaine ou illustration d’une espèce de radeau de la méduse burlesque et pathétique ; « Paradise is not enough » laisse toute liberté à tout un chacun d’y voir…ce qu’il veut. Vrai gageur, la subtilité est partout et se glisse jusqu’à remplacer le pied manquant d’une chaise qu’Hérode aurait pu utiliser par une corde qui pendouille. Et d’ailleurs, l’utilisation de ces chaises en plastique n’est pas sans rappeler celle d’Alain Platel et son « Coup fatal » présenté au Festival d’Avignon en 2014.

Étonnant que d’observer la portée de cet objet si simple et pourtant essentiel et qui permettra à l’homme de rien de pouvoir au moins s’assoir s’il est si difficile, au regard de sa condition, de rester debout. Onirique au plus haut point, « Paradise is not enough » semble bien être une pastille dans le cheminement de la compagnie Ex Nihilo tant le dehors est partout et tant elle s’échine à contourner la frontière que matérialise un plateau. Et d’ailleurs, le découpage de ce dernier à coup de cordes tendues au sol propose un tableau superbe que Jean-Antoine Bigot viendra (dé) reconstruire dans une « danse de la corde » où le temps reste suspendu, onirique, on vous dit !

La lumière reviendra sur un public pas toujours convaincu et pourtant. Anne Le Batard et Jean-Antoine Bigot proposent, là, un travail puissant, profond et parfaitement en phase avec le pari engagé. Oui, nous étions à l’intérieur d’une boîte noire totalement ouverte au monde, une « maison avec des tas de fenêtres et presque pas de murs… » , une ouverture délicieusement chorégraphique sur un territoire imaginaire peuplé d’étranges héros de tous les jours.

Vincent Marin

Crédit photos @ Vincent Marin

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