« JE MARCHERAI NU DANS LE SOLEIL », EXPERIENCE SENSORIELLE IN-VIVO DE LEA CORNETTI

« Je marcherai nu dans le soleil » Cie Vita Nova, Léa Cornetti / L’atelier des Marches de Bordeaux, du 28 mars au 31 mars / dans le cadre du Printemps des Marches de Jean-Luc Terrade, du 27 février au 31 mars 2018.

« Je marcherai nu dans le soleil », de la Cie Vita Nova nous invite à un voyage « fabuleux » en tous points. Dans une scénographie expressive de la chorégraphe Léa Cornetti – dont les « pastels brûlés-tendres, encre, acrylique » ayant pour sujet de saisissants portraits torturés nous accueillent dans le hall du théâtre – une créature humaine protéiforme se joue du transformisme pour proposer un itinéraire d’évolution échappant à la doxa darwinienne.

Sur le plateau, « l’autre-scène » des psychanalystes prend corps. Des mannequins de celluloïd, enchevêtrés les uns aux autres, gisent dans un coin pouvant faire écho à la peinture métaphysique de Giorgio de Chirico. D’autres répliques de ces corps rompus sont essaimées aux quatre coins de cet espace à explorer comme un lieu sans nom. Là, dans cet espace flottant entre réalité et onirisme, entre conscience et inconscience, surgit de l’ombre où il était englué un corps énigmatique dont on ne verra d’abord qu’un dos dont les muscles reproduisent le flux et le reflux des vagues intérieures qui l’agitent. Si la vie dit-on est née dans l’océan, celui qui va advenir devant nous prend la forme d’abord d’une créature hybride, au visage verdâtre, à la chevelure primitive d’ébène, au torse nu et au bas du corps dissimulé dans un tutu tombant jusqu’aux pieds. Sortant de sa chrysalide, il entame une chorégraphie au rythme d’une musique qui soudain se distord.

Muant, il se débarrasse de ses perruques et apparaît le visage nu devant nous. Couvrant ses paupières de fard argenté, chaussant des escarpins, il épouse plusieurs identités traversées par des voix dont il se fait le porte-parole innocent. Des pluies d’étoiles tombent des cintres. Devenu à demi-nu, il roule au sol et par des reptations successives rejoint l’amoncellement de mannequins désarticulés. Jusqu’à ce que les lumières et la musique s’estompent, replongeant dans le noir les métamorphoses de l’être hybride dont les contours sont rendus à la nuit d’où il avait émergé.

Expérience sensorielle in vivo proposée par Léa Cornetti dont les qualités de plasticienne participent grandement à la création d’une atmosphère onirique aux portes de l’étrange. Les ombres et lumières (de Florent Blanchon) ainsi que les créations sonores (de Karina Ketz) viennent ajouter leurs touches mystérieuses à cette autre-scène habitée par un être troublé et troublant (interprété par Laurent Eyllier, au top) en quête d’identité.

« Je marcherai nu dans le soleil », avec « 4.48 psychose », constituaient les deux propositions en guise de clôture du Printemps des Marches, offert en ce mois de mars par Jean-Luc Terrade à notre désir de théâtre hors les clous.

Yves Kafka

Images © Léa Cornetti

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