ADEL ABDESSEMED, « L’ANTIDOTE » : UNE ODE A LA CONDITION HUMAINE

Adel Abdessemed – L’Antidote – Musée d’Art Contemporain de Lyon / Cité Internationale, 81 quai Charles de Gaulle Lyon 6e – Jusqu’au 8 juillet 2018, du mer au dim de 11h à 18h.

Une ode à la condition humaine.

Évènement à Lyon avec la nouvelle exposition de Adel Abdessemed au Musée des Beaux Arts (MAC) de la Ville lumière… Pas de hasard si, sur le point de partir, l’actuel directeur de la MAC, Thierry Raspail – qui offrit un espace d’exposition à l’artiste au Magasin à Grenoble en 2008 – parachève ici son accompagnement en présentant les toutes dernières oeuvres de l’enfant terrible – et engagé – de l’art contemporain.

Après une affiche au Festival d’Avignon et une exposition qui le fit mieux connaître du grand public, L’Antidote, nom d’un bar lyonnais où Adel Abdessemed y rencontra sa femme, reste une exposition qui vaut essentiellement pour cette fresque monumentale Shams qui occupe tous le troisième étage de la MAC et qui vaut le détour autant pour le concept que pour l’émotion qu’elle suscite.

Sur deux étages, deux faces du travail de l’artiste. Au second, des installations vidéos, des sculptures en granit blanc. Trois femmes, trois sourires, trois corps dénudés, entourés de toute la violence du monde comme ces camions customisés, certains dotés de cristaux liquides verts et rouges formant des dessins, sorte de hiéroglyphes, ou chargés à bloc de carcasses d’animaux d’où l’on voit à la face du chargement un cochon, animal honni dans la culture musulmane qui bercera l’enfance de l’artiste. On voit aussi des camionnettes remplies d’une ampoule au filament instable qui crépite pendant qu’au loin le bruit d’une autre qu’on écrase donne le change dans une vidéo. On frôle une camionnette chargée d’une jarre en terre cuite ; terre cuite qu’on retrouvera dans ce qui fait absolument sensation au 3ème étage, où trône l’installation géante Shams (le soleil).

Faite de trente tonnes d’argile crue, cette installation – sculpture, sorte de décor géant, figé dans l’instant, est livrée brute au spectateur. Il la traverse de part en part comme dans un canyon où seraient figés toutes sortes de fossiles représentant les vestiges d’une civilisation où les humains côtoient des chaises, des tentes, des palissades, des sceaux… Une sorte de version contemporaine du séisme de Pompéi.

C’est absolument bouleversant. C’est sans précédent, même. On regrette juste que l’artiste n’ait pas poussé son travail jusqu’à créer une lumière plus élaborée qui mettrait en valeur tout ce travail et les émotions qu’il suscite.

La couleur de l’argile provoque d’emblée un climat particulier. Ces traces humaines, chaussées, casquées, ces éléments de notre vie contemporaine juchés au sol, comme figés font penser à ces images rapportées du Vietnam pendant la guerre avec les Etats-Unis où les vestiges de Nagasaki, voire même du dernier tsunami toujours au Japon… Mais ces casques, ces couleurs font penser aussi aux guerres dans le désert arabique, ces conflits qui nous semblent lointains mais dont il nous revient des images.

Sacs de jutes, portés à même le dos. On se figure être aussi en Chine devant les huit mille statues de soldats et chevaux en terre cuite, représentant les troupes de Quin Shi Huang, le premier empereur de l’Empire du milieu. C’est d’un réalisme qui nous fait aussi penser aux retables sculptés du moyen âge qui faisaient apparaître en relief les scènes de la vie du Christ et c’est donc bien tout un pan de notre culture, de notre imaginaire, de notre connaissance qui est agité par ce Soleil/Shams offert à Lyon par Adel Abdessemed comme un témoignage qui perdurera, un peu comme ce coup de tête de Zidane au joueur de foot Materazzi qui trône, monumental, dans la cour de la Collection Lambert d’Avignon.

Impossible de ne pas penser à ce que disait l’artiste à propos de son art : « Je suis comme un passeur. Je raconte des choses, pas comme un conteur, ce sont plutôt des actes. J’ai voulu montrer que l’art est quelque chose d’obscur, autant que la nature », saluons donc cette « ode à la condition humaine » amenée par Shams au cœur du Parc de la Tête d’Or de Lyon.

Emmanuel Serafini

Images : 1,2 & 3 « Shams », installation au MAC Lyon – 4 La vidéo censurée d’Adel Abdessemed – copyright l’artiste / MAC Musées de Lyon 2018.

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