ENTRETIEN : FAUSTO PARAVIDINO, L’EXPLORATION DE BABEL

ENTRETIEN : FAUSTO PARAVIDINO – « La Ballata de Johnny e Gill » au Théatre Le Liberté, Toulon, du jeudi 8 au samedi 10 novembre à 20h30.

Déjà doté d’une solide carrière internationale, Fausto Paravidino appartient à la jeune génération d’auteur et metteur en scène actuelle. De sa fascination pour le livre sacré était né « La Boucherie de Job » . Deux ans plus tard, il poursuit son exploration de la Bible et du langage scénique autour du mythe de la tour de Babel. Il est épaulé par Iris Fusetti à la conception et précise que les recherches furent également menées avec l’ensemble des comédiens parce « qu’il n’aurait pas pu trouver Dieu, seul ! ».

INFERNO : Vos Johnny et Gill, Abraham et Sarah des temps modernes, se retrouvent à New York, expliquez-nous le choix de cette situation géographique…

Fausto Paravidino : Cela fait, à peu près, dix ans, que nous entendons parler d’ « émergence migratoire ». Mais ce phénomène a existé de tout temps. En étudiant la Bible, j’ai lu qu’Abraham, le patriarche monothéiste, est choisi par Dieu qui lui demande de rejoindre « la Terre promise ». Donc en la lisant d’un œil laïque et notamment pour la transposer au Théâtre, j’ai dû remplacer Dieu par la métaphore de l’aspiration à partir. Action qui n’est ainsi nullement la conséquence des guerres, de la pauvreté, de la crise internationale…C’est comme si quelque chose disait à quelqu’un : « Ici n’est pas ton endroit, pars et cherche un ailleurs ». New York a été créée par les migrants, aujourd’hui intégrés et new-yorkais, dont la tendance est de plus en plus raciste…Cette réécriture de l’histoire d’Abraham s’est voulue sans référence temporelle ni géographique exceptée lorsque les personnages atteignent ce New-York des années soixante-dix (époque de référence en terme de flux migratoire pour moi).

Vos recherches vous ont-elles amené jusqu’à Umberto Eco et Georges Steiner ?

J’ai lu Eco, oui, car nous sommes partis de l’idée de Babel pour plusieurs raisons. La géographie, réinventée par Dieu, a commencé à se construire à ce moment là ; les peuples s’éparpillent et deviennent ainsi des étrangers aux langues multiples. La seconde raison est que « La ballata de Johnny e Gill » est une coproduction de pays différents et que je ne savais quelle langue choisir sans mettre éventuellement un public mal à l’aise. C’est alors que j’ai recherché cette langue parfaite. Une langue qui serait compréhensible, non pas par le monde entier (un peu trop ambitieux !), mais par une Europe occidentale à travers des formes théâtrales telles que la danse, la pantomime etc. Enfin, parce que la langue des migrants n’est autre qu’un mélange de langues. Phénomène repris par l’expression « broken english » qui devient la langue la plus parlée de fait ! (rires) . Ainsi, la langue parfaite d’Eco n’existe plus, nous l’avons perdue. C’était une malédiction autant qu’un cadeau car cela a créé de la différence. La langue s’est liée à des choses personnelles, familières. Une distance subjective entre l’objet et la parole a amené de la poésie. La langue universelle s’apparente à une langue qui se parle dans une ville comme New-York où les gens, provenant d’endroits différents, doivent s’accorder pour réaliser des choses ensemble.

Ces médiums (danse, pantomime etc.) apportent-ils du sensible à votre pièce ?

Oui, ils soulèvent d’autres émotions. Parfois, mes personnages ne se comprennent pas. Leur incompréhensible conversation n’est pourtant pas dénuée d’émotion. Le public peut alors s’interroger sur leurs provenances : résident-elles dans les mots (souvent sans signification) ou dans l’action des personnages ? Deux extrêmes dans un théâtre réaliste…

Et le message du masque ?

Il sert à évoquer le monde primitif dans la première partie. Puis, peu à peu, le masque tombe ou devient plus réaliste. Je l’utilise comme une sorte de transfiguration onirique. Il me permet de retranscrire la relation particulière entre le protagoniste, rêveur, et Dieu pour ainsi flotter dans un univers entre objectivité et subjectivité.

Propos recueillis par Audrey Scotto

Photos Vincent Berenger

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