SYLVIE FLEURY, « PALETTES OF SHADOWS », THADDAEUS ROPAC PARIS

Sylvie Fleury – Palettes of Shadows – Galerie Thaddaeus Ropac, Paris – du 27 novembre 2018 au 5 janvier 2019.

La Galerie Thaddaeus Ropac présente une exposition de nouvelles œuvres de Sylvie Fleury. Empruntant aussi bien à la tradition du ready-made qu’au vocabulaire formel du pop art et de l’art minima, cette nouvelle série explore les codes du féminin et du masculin, de l’art et de la mode, à l’aune du consumérisme contemporain. Avec ses palettes de maquillage agrandie à une échelle monumentale, Fleury interroge les structures de désir et de pouvoir attachées à ces objets cosmétiques et explore les zones d’ombres d’un genre pictural considéré comme hybride, entre peinture et sculpture: le shaped canvas.

Féministe affirmée, ses nouvelles toiles entendent écrire le contrepoint féministe du paradigme défini en 1964 dans l’exposition organisée par Lawrence Alloway au Guggenheim Museum de New York. Sobrement intitulée The Shaped Canvas, celle-ci présentait des œuvres des principaux tenants — tous masculins — de cette nouvelle tendance : Paul Feeley, Sven Lukin, Richard Smith, Frank Stella, Neil Williams.

Le langage minimal, qui se traduit ici par la répétition des mêmes éléments, la réduction des formes et l’utilisation de matières industrielles, s’inscrit dans la perspective initiée par ses prédécesseurs, celle d’une peinture qui célèbre les tensions en jeu dans la perception de la structure interne et de la forme générale, entre l’aspect pictural et la tridimensionnalité, entre la dimension littérale de la représentation et les jeux d’illusion. Les différentes couleurs contenues dans des zones délimitées à l’épaisseur variable contrastent fortement avec l’arrière-plan d’une manière qui n’est pas sans rappeler les techniques du Colour Field painting. Elles expriment également un sens de la dualité et un équilibre qui les relie aux principes taoïstes. “Pour mes œuvres (et mes expositions), je me suis davantage inspirée de certaines pratiques taoïstes qui visent à équilibrer le Yin et le Yang, le masculin et le féminin, que d’éléments issus de ma propre vie. […] Ainsi, si j’ai souvent eu recours aux formes de l’art minimal américain, c’est que ces objets sont emprunts de masculinité et d’emblèmes du bon goût.

Depuis ses premières installation de Shopping Bags (1991-présent), série de sculptures readymade dans laquelle elle déplaçait de leur contexte des sacs de marques de luxe, son intérêt pour l’appropriation a toujours constitué un trait marquant de sa pratique artistique. Sylvie Fleury explique : “J’ai toujours voulu transformer la réalité, transformer les objets de tous les jours. C’est peut-être aussi pour cela que la mode m’intéresse. Elle se nourrit de l’air du temps, mais produit aussi des codes que j’ai toujours voulu détourner. C’est cette énergie d’appropriation qui m’amuse.

Accrochés au mur comme des tableaux abstraits, les œuvres portent aussi d’un regard critique sur l’histoire de l’art et sur les systèmes de reconnaissance et de légitimité mis en place au sein du monde l’art. “Quand j’utilisais des sacs provenant d’endroits où il était cool de faire du shopping à l’époque, je faisais aussi référence aux galeries et au fait qu’elles ne montraient que les artistes dont les noms apparaissaient dans Artforum”, se remémore Fleury.

À cette dimension, Fleury ajoute une réflexion critique sur notre relation à la « customisation » de nos modes de vie : « Tout est custom aujourd’hui. Faire des expositions, c’est en quelque sorte customiser des espaces; s’habiller, se maquiller, se tatouer, se coiffer etc…, c’est une forme de customisation de soi. […] Aujourd’hui la mode est une couleur dans ma palette et je l’utilise volontiers pour parler de féminisme, de politique, de fétichisme ou pour ajouter une note de frivolité presque machiste dans le vocabulaire d’une œuvre. »

Ces nouvelles peintures embrassent pleinement leur statut hybride, entre objets frivoles et art sérieux. Soigneusement dessinées, leurs surfaces lisses, à la fois sensuelles et parfois scintillantes, mettent finalement à nu des stratégies de séduction, tout en laissant en suspens la question irrésolue de savoir pour quelle raison nous trouvons un objet attirant.

« J’ai toujours voulu transformer la réalité, transformer les objets de tous les jours. C’est peut-être aussi pour cela que la mode m’intéresse. Elle se nourrit de l’air du temps, mais produit aussi des codes que j’ai toujours voulu détourner. C’est cette énergie d’appropriation qui m’amuse« . -Sylvie Fleury

Image: Sylvie Fleury, Playdate Collection (Water Slide Blue), 2018 – copyright the artist

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