A MARSEILLE, UN « DO NOT DISTURB » QUI NE DERANGERA PERSONNE

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Envoyé spécial à Marseille
« DO NOT DISTURB »* : Manifestation « performative » organisée par les collectifs Red Plexus et Ornicart – les 4, 5, 6 juillet 2019, Hôtel Le Ryad, Marseille – Avant-premières les 20 & 21 mai 2019.

Comme le dit Olivier Neveux, citant Jacques Rancière, dans son excellent Contre le théâtre politique, récemment paru aux Editions La Fabrique : « Je ne suis pas un artiste. Je ne suis pas là pour dire ce qu’il faut faire. Je viens « après » les soirs de représentation. Je travaille à partir de ce que je vois… J’arrive après et je compose mon propre poème avec les éléments du poème en face de moi »… Et c’est ainsi que ce texte procédera à la scandaleuse équivalence d’une œuvre plébiscitée et d’une proposition de laboratoire, d’une ébauche d’élèves et d’un succès du moment. Les moyens matériels, les expériences ne sont pas les mêmes assurément. Mais pour le spectateur que je suis, c’est bien la même phrase qui s’écrit, les mêmes questions qui insistent. »

Si c’est la position de cet excellent connaisseur du théâtre et celle de son maître, c’est, quoi qu’on en pense, un peu la même position dans laquelle se trouve une personne qui se place devant un spectacle fait de gens vivants qui doit y trouver son compte, y découvrir du sens… et c’est ainsi que nous avons été conviés à rejoindre le collectif Marseillais Ornic’art pour assister à une reprise – finalement – d’une performance qu’ils ont appelée DO NOT DISTURB et qui fut créée dans un hôtel de Marseille, le bien nommé Le Ryad, hier tenu par Abraham Poincheval et repris depuis par l’accueillante et engagée – y compris dans le projet lui-même, nous le verrons – Valérie Bureau.

Or donc, un hôtel situé dans le 1er arrondissement, dans le quartier mal famé de la rue Senac où, collé au Théâtre du Gymnase voisin, quelques dames proposent leurs services tarifés… On nous nous place dehors. Une dizaine ce soir-là. On nous fait entrer par le porche. On nous déleste de nos objets, sacs, vestes, téléphones… et on nous passe un masque blanc, façon Pierrot, qu’on doit mettre sur le visage. On nous convie dans un premier temps à un Dîner d’Odeurs. Là, on va nous faire asseoir à table, retirer les masques blancs pour en mettre un autre… et tout au long du parcours, il nous faudra nous affubler de ceci ou de cela pour être « en immersion », une sorte d’acteur de notre propre représentation… Pas toujours commode pour juger donc de ce que l’on voit mais tout de même assez pour douter de tout ce que ce décorum propose de risques de toute nature, à commencer par celui du sens… Ensuite, dans une estimation « à vue de nez », on va nous séparer en deux groupes pour assister dans des chambres préparées à cet effet à Un Dream Service.

Ah oui ! parce que ce qu’il faut savoir c’est que, qui dit hôtel, dit rêve et que donc cet endroit sympathique, Le Ryad, a servi – et va servir- de réceptacle à des rêves – évidemment ; et donc Rêve Érotique, Larmes Bleues, l’Alambic et la Robe Noire en feront partie.

Tout ceci est censé se finir par une nuit des odeurs – on voit bien le lien avec le rêve ! – on va vous faire macérer entre graisse et cellophane, pour recueillir votre odeur qui vous sera restituée… un jour, le lendemain, plus tard, cela l’histoire ne le dit pas…

Pour en revenir donc à Olivier Neveu du début, tout est sur la table. Les concepts. Les références. Les idées. Même les exemples comme Sleep no more qui sert de base au projet. Il y a même de jeunes personnes – on doit dire « perfomers » mais cela a-t-il du sens ici ? qui sont prêts à tout faire mais qui ne savent sans doute pas bien « pour quoi le faire »… car – et c’est là que je veux en venir – tout semble vide, plaqué, presque prétentieux dans cette proposition qui a l’air trop grande à tous ceux qui l’ont faite, voire même à tous ceux qui la voient…

Il ne peut s’agir que d’un mauvais rêve car, finalement, tout le travail du sens, de la signification n’est pas abordé ni dans le travail en amont, ni dans le travail en aval avec ceux qui s’y rendent… Proposer une immersion demande des consignes encore plus strictes aux interprètes et au public, demande que les conséquences soient entièrement appréhendées pour que la chose soit appréciée voire appréciable…

Donc, dans la proposition de Christine Bouvier et Rochdy Laribi, il y a comme une inconscience de ce qu’ils manipulent, comme une capacité à s’aveugler du geste qui n’aborde pas dans le travail le sens et les références, les citations sont possibles mais au moins pour faire mieux, ou à partir de là, autre chose… Là rien… une sorte de grand vide dans un pourtant si bel endroit.

Emmanuel Serafini
à Marseille

* NDLR : « do not disturb » emprunte de manière détournée et quelque peu trompeuse son titre au festival de performances DO DISTURB !, manifestation d’excellence initiée par le Palais de Tokyo à Paris : trois jours consacrés à l’art performatif dont la dernière édition eut lieu du 12 au 14 avril 2019.

Image:Do not disturb #3 en septembre 2018 (photo DR)

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