VENISE. MÉMOIRE, VIOLENCE, RÉSISTANCE : MICHAEL ARMITAGE ET AMAR KANWAR S’EMPARENT DU PALAZZO GRASSI

Venise, envoyé spécial.
MICHAEL ARMITAGE – The Promise of Change / AMAR KANWAR – Co-travellers – Two exhibitions at Palazzo Grassi, Pinault Collection, Venezia – Until 10-01-2027.
LUBUGO
C’est toujours une émotion forte de pénétrer dans cet hôtel particulier du XVIIIᵉ siècle – le dernier palais noble édifié sur le Grand Canal avant la chute de la République de Venise – pour y admirer ses marbres et ses fresques restaurés. Le lieu accueille cette année la Collection Pinault avec deux expositions majeures : The Promise of Change de Michael Armitage et Co-travellers d’Amar Kanwar.
Michael Armitage occupe le premier niveau et une bonne partie du second. Né en 1984 à Nairobi, au Kenya, il est l’un des artistes les plus singuliers de la peinture contemporaine actuelle. D’origine kényane et britannique, il a étudié à la Slade School of Fine Art puis à la Royal Academy Schools de Londres. Il se fait remarquer par une peinture figurative, poétique et politique qui s’inspire notamment des réalités de l’Afrique de l’Est. La Collection Pinault présente ici un ensemble de 45 peintures, dont certaines nouvellement créées, ainsi que plus d’une centaine d’études qui permettent de mieux comprendre son langage pictural.
Il prend notamment plaisir à utiliser des toiles en lubugo, une étoffe traditionnelle ougandaise fabriquée à partir d’écorce de figuier. Il les coud grossièrement, laissant apparaître des cicatrices sur ses œuvres, voire des trous qui les rendent encore plus émouvantes, notamment en raison des sujets qu’il aborde. Cette matière participe pleinement à l’identité de ses peintures : loin d’être un simple support, elle devient presque une peau, une surface fragile et accidentée sur laquelle viennent s’inscrire les histoires racontées par l’artiste.
La première toile d’une exposition est souvent décisive. Celle qui ouvre la rétrospective de Michael Armitage est de celles qui marquent. Il s’agit de Conjestina, qui évoque la boxeuse kényane Conjestina Achieng. Elle est au centre de la toile, nue, des gants de boxe aux mains, entourée de figures féroces et de singes au loin. Le jaune, en bas à droite, attire immédiatement l’œil, alors que la dominante est verte. On pense à Gauguin, notamment à sa période des îles Marquises. C’est à la fois doux et d’une violence extrême, notamment avec ces deux figures renfrognées derrière elle. Commencer une exposition par une femme en gants de boxe donne immédiatement une idée du message ! L’œuvre, réalisée en 2017, prend ainsi une résonance particulière : derrière la figure presque héroïque de la boxeuse se devinent aussi la fragilité et les difficultés d’une existence.
Viennent ensuite des toiles comme Curfew (Likoni March 27 2020), ou « couvre-feu », à dominante rose au premier plan, verte au loin, avec ce jaune qui persiste. On y devine comme un stade. Au centre, un visage d’homme est entouré d’un halo rose. Ces fanions rouges surgissant en haut à gauche inquiètent. Si la toile ne montre aucune violence explicite, aucun corps mutilé, on sent pourtant que l’atmosphère n’est pas sereine. Le titre renvoie à une situation très concrète, celle du couvre-feu instauré au Kenya pendant la pandémie de Covid-19, ce qui donne à cette scène apparemment énigmatique une dimension politique supplémentaire.
Ce qui est particulièrement touchant dans ce travail, c’est que Michael Armitage semble parfois reprendre certains canons de la peinture antérieure à la découverte de la perspective. Les personnages sont plusieurs sur un même plan, sans véritable respect de l’ordre des grandeurs. De ce fait, le personnage principal est souvent très grand et très massif, mais les autres ne semblent pas moins importants. L’histoire nous apparaît alors comme dans une bande dessinée : une véritable narration sur la toile devient possible. C’est le cas dans Three Fates, où l’homme est au centre. Il semble dormir pendant que des femmes travaillent en épluchant des légumes. Sur le même plan, avec très peu de perspective, on aperçoit à droite un cimetière, comme si l’ensemble était collé à la même hauteur. À l’inverse, lorsqu’il n’y a qu’un seul personnage, comme dans Necklacing, l’homme au pneu est bien proportionné et répond davantage aux codes modernes de la peinture.
Dans Nyali Beach Boys, une toile de 2016, quatre hommes nus occupent le premier plan, avec des pubis jaunes et des sexes proéminents. Un cinquième personnage apparaît plus en retrait, à gauche de la toile. Les tons déclinent en différents verts, entre feuillages et végétation. Un chat, placé au centre, apporte encore un autre élément à la composition. Là encore, on pense fortement à Gauguin, même si l’univers d’Armitage reste profondément personnel. La référence à la peinture occidentale n’efface jamais l’ancrage kényan de son travail : elle vient au contraire se mêler à des récits, des images et des expériences qui lui sont propres.
Dans Holding Cell, une toile de 2021, le travail de Michael Armitage semble évoluer vers une forme plus abstraite. Une ligne médiane faite de formes où l’on reconnaît des visages de femmes s’enchevêtre dans des aplats de couleurs, un peu comme dans une aquarelle. On pense à des nuages dans le ciel… mais il s’agit d’un trompe-l’œil, forcément, au regard du titre donné par l’artiste à cette toile. Là encore, la peinture n’est pas agressive ou ouvertement violente. Elle semble plutôt décrire des faits, une situation, une vision. On retrouve cette veine dans Strange Fruit, une toile de 2016 dominée par un orange soutenu, ou dans Three Boys at Dawn, une œuvre de 2022, elle aussi très colorée et abstraite, où des formes et des visages apparaissent à force d’attention. On pense tout de même un peu aux dessins de Matisse.
La salle consacrée à Migrazione, avec ces hommes noirs nus aux corps orangés dans un ciel bleu de traîne, s’inscrit dans la réflexion de l’artiste sur les migrations et les tragédies contemporaines. À travers ces toiles, l’artiste explore l’odyssée des migrants traversant le Sahara et la Méditerranée. C’est sans doute l’une des salles les plus politiques de l’exposition. La crise migratoire fait d’ailleurs partie des grands thèmes mis en avant par la Collection Pinault pour présenter le travail d’Armitage.
Avec Bound et ses cinq femmes aux vêtements colorés sur un fond jaune évoquant sans doute le désert, derrière un mouton placé au premier plan, Armitage évoque la violence politique, la répression ou encore les corps entravés. Des chaînes retiennent ici les femmes entre elles. La beauté presque éclatante des couleurs contraste une nouvelle fois avec le sentiment d’oppression qui se dégage de la scène.
Comme souvent dans les œuvres de Michael Armitage, les toiles sont colorées, les couleurs chatoyantes, mais elles dérangent. Le climat n’est ni calme ni rassurant. Cette contradiction entre la beauté apparente des couleurs et la violence des situations représentées est sans doute l’une des grandes forces de son travail. Chez lui, la couleur ne sert donc pas simplement à embellir : elle peut séduire le regard tout en rendant plus troublante encore la scène représentée. La beauté attire le regard avant que le sujet ne le dérange.
Dans Mangrove Dip, l’artiste représente deux corps, tête-bêche. L’un est noir et son corps est visible de face, tandis que l’autre, placé sur le côté, au teint plus clair, nous apparaît la tête à l’envers. Comme dans Bound, le jaune paille rehausse les noirs et les bleus de la toile. On retrouve ici ce mélange entre figuration, avec des formes très reconnaissables comme ces corps humains et ce geste, abstraction, avec un paysage qui n’est pas particulièrement défini, et évocation du quotidien. La scène peut notamment faire penser aux rapports entre femmes occidentales et hommes africains dans le contexte du tourisme et de la recherche d’expériences ou de relations.
C’est sans doute avec Antigone que l’influence de Gauguin est la plus manifeste, puisque Armitage semble emprunter directement à Nevermore cette idée d’une femme nue, assise dans un intérieur décoré, fixant avec insolence et sans gêne le spectateur, avec une assurance troublante. Le sexe visible de la femme et ses jambes repliées attirent le regard vers la partie gauche de la toile, où des visages observent la scène derrière une fenêtre grillagée. On pense aux maisons closes, à l’exploitation et à l’exposition du corps des femmes. Le rapprochement avec Gauguin est ici particulièrement intéressant, car Armitage ne se contente pas de citer l’histoire de l’art : il la réinterprète depuis une perspective contemporaine, en faisant surgir d’autres questions autour du regard, du corps et du pouvoir.
La femme et sa condition sont très présentes dans les œuvres de Michael Armitage, notamment dans Warigia, où l’on voit une femme vêtue d’une robe rose, avec un grand varan surgissant d’une végétation luxuriante. On peut lire au sujet de ce tableau que le peintre s’inspire de The Perfect Nine, le récit en vers de l’écrivain kényan Ngũgĩ wa Thiong’o, qui réinterprète le mythe fondateur du peuple kikuyu. Warigia est la dixième fille de Kikuyu et Mumbi. Contrairement aux neuf autres filles, considérées comme les « Perfect Nine », elle naît avec un handicap. Armitage choisit précisément le moment où elle sort de l’eau et parvient à se redresser en prenant appui sur un rocher : c’est donc une scène de transformation et de renaissance. Comme dans les autres toiles, les couleurs de Michael Armitage ne sont pas réalistes au sens classique du terme. Elles sont très intenses, presque irréelles, et contribuent à donner à la scène une atmosphère de rêve ou de vision. Le visage est également très prégnant et l’on ne sait pas vraiment s’il s’agit d’une adulte ou d’une enfant, ce qui ajoute encore à l’étrangeté de la scène.
À travers cette rétrospective vénitienne, The Promise of Change, Michael Armitage attire notre attention sur les traditions de l’Afrique, sur les croyances, les récits fondateurs et la vie quotidienne des populations du continent, mais aussi sur les bouleversements politiques et sociaux qui le traversent. On le voit tout au long de ce parcours : Michael Armitage renouvelle la peinture figurative contemporaine. Ses tableaux questionnent la mémoire, le pouvoir, la violence et les contradictions du monde contemporain, avec une grande richesse narrative et picturale. Son travail peut évoquer les grands peintres d’histoire, mais il transpose cette tradition aux enjeux du XXIᵉ siècle. L’exposition, qui rassemble 45 peintures et plus d’une centaine d’études, permet aussi de mesurer l’importance du dessin et du travail préparatoire dans cette œuvre. The Promise of Change — La promesse du changement — est donc bien en marche, portée par un travail singulier, puissant et profondément touchant.
AMAR KANWAR : L’ART DE LA MEMOIRE VIVE
En quittant l’univers de Michael Armitage au second niveau du Palazzo Grassi, on nous propose six salles consacrées aux installations et aux œuvres de l’artiste et cinéaste indien Amar Kanwar. Né en 1964 à New Delhi, il développe depuis les années 1990 une œuvre à la frontière entre cinéma documentaire, art contemporain, poésie et activisme politique. Il s’intéresse particulièrement à l’histoire contemporaine de l’Asie du Sud, aux rapports de pouvoir, aux violences politiques, aux injustices, mais aussi aux formes de résistance individuelle et collective. Il ne fait pourtant pas du « documentaire » au sens classique. Il ne cherche pas simplement à montrer ou à dénoncer. Il collecte des témoignages, des archives, des images et des textes, puis les assemble dans des installations qui demandent au spectateur de prendre son temps.
Dans l’exposition Co-travellers, la Collection Pinault met en dialogue deux installations réalisées à environ vingt ans d’intervalle : The Torn First Pages (2004-2008) et The Peacock’s Graveyard (2023).
La structure des installations est très intéressante. Ce sont des dispositifs sobres, presque fragiles, qui mêlent projections, textes, images et supports matériels. Les vidéos et les images construisent peu à peu un récit qui se déploie dans l’espace. C’est à la fois très original, presque dérisoire par certains aspects, mais terriblement efficace, et cela crée immédiatement une atmosphère particulière.
Avec The Torn First Pages, Amar Kanwar aborde la lutte pour la démocratie en Birmanie/Myanmar. L’œuvre est construite à partir d’archives et de documents liés à la résistance au régime militaire. Le titre fait référence au geste de protestation d’un libraire, Ko Than Htay, qui arrachait la première page des livres qu’il vendait : cette page devait obligatoirement reproduire les déclarations politiques de la dictature militaire. La matière utilisée par Amar Kanwar est brute. Il s’appuie sur des faits, des témoignages et des documents, mais il les organise et les met en relation pour construire son récit. Notre réflexion est donc stimulée, sans que l’artiste cherche à nous imposer une lecture unique ou une conclusion toute faite.
Dans l’installation The Peacock’s Graveyard — « Le cimetière des paons » — datant de 2023, le spectateur est plongé dans une salle noire où apparaissent sept écrans presque invisibles. Il n’y a pas de personnages filmés et il n’y a pas de voix off. À la place, Kanwar utilise des textes, des images métaphoriques et abstraites, accompagnés par la musique du pianiste indien Utsav Lal, qui interprète un raga. L’expérience dure environ 28 minutes. Il y raconte cinq petites fables, avec un prêtre furieux, un bourreau auquel un arbre donne une leçon, un propriétaire qui trahit une promesse, un président réincarné ou encore deux amis que leurs disputes vont paradoxalement sauver. Ces histoires parlent de la mort, du pouvoir, de la morale, du territoire, de l’eau, de la mémoire, du karma et de la responsabilité humaine. Kanwar plonge ainsi le spectateur dans l’obscurité, ralentit le temps, utilise le silence, le texte, la musique et des images parfois énigmatiques. Il ne cherche pas à provoquer une réaction immédiate, mais à installer une réflexion, à laisser les images et les histoires continuer leur chemin dans l’esprit du spectateur.
S’il est difficile, au premier regard, de faire le lien entre les deux artistes exposés par la Collection Pinault, il est pourtant manifeste qu’ils parlent tous deux de violence, de pouvoir, de mémoire, de domination, de déplacement et de résistance. Deux artistes qui utilisent des langages radicalement différents pour interroger le monde contemporain : Michael Armitage par la couleur, la peinture et la narration, Amar Kanwar par le film, le texte, le silence et la lenteur. Et c’est sans doute cette confrontation qui rend particulièrement intéressante la présence de leurs deux univers au sein du même Palazzo Grassi.
Emmanuel Serafini, envoyé spécial à Venise
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MEMORY, VIOLENCE, RESISTANCE: MICHAEL ARMITAGE AND AMAR KANWAR TAKE OVER THE PALAZZO GRASSI
MICHAEL ARMITAGE – The Promise of Change / AMAR KANWAR – Co-travellers – Two exhibitions at Palazzo Grassi, Pinault Collection, Venezia – Until 10-01-2027.
LUBUGO
It is always a powerful experience to enter this 18th-century mansion—the last noble palace built on the Grand Canal before the fall of the Venetian Republic—and admire its restored marbles and frescoes. This year, the venue hosts the Pinault Collection with two major exhibitions: Michael Armitage’s The Promise of Change and Amar Kanwar’s Co-travellers .
Michael Armitage occupies the first floor and a significant portion of the second. Born in 1984 in Nairobi, Kenya, he is one of the most singular artists in contemporary painting. Of Kenyan and British descent, he studied at the Slade School of Fine Art and then at the Royal Academy Schools in London. He is known for his figurative, poetic, and political paintings, inspired in particular by the realities of East Africa. The Pinault Collection presents here a group of 45 paintings, some of which are newly created, as well as more than one hundred studies that offer a deeper understanding of his pictorial language.
He particularly enjoys using lubugo canvases , a traditional Ugandan fabric made from fig tree bark. He roughly sews them, leaving scars and even holes visible on his works, which make them all the more poignant, especially given the subjects he addresses. This material is integral to the identity of his paintings: far from being a mere support, it becomes almost like skin, a fragile and rugged surface onto which the stories told by the artist are inscribed.
The first painting in an exhibition is often decisive. The one that opens Michael Armitage’s retrospective is one of those that makes a lasting impression. It is Conjestina , which evokes the Kenyan boxer Conjestina Achieng . She is at the center of the canvas, nude, wearing boxing gloves, surrounded by fierce figures and monkeys in the distance. The yellow, in the lower right corner, immediately draws the eye, while the dominant color is green. One thinks of Gauguin, particularly his Marquesas Islands period. It is both gentle and extremely violent, especially with the two sullen figures behind her. Beginning an exhibition with a woman in boxing gloves immediately conveys the message! The work, created in 2017, thus takes on a particular resonance: behind the almost heroic figure of the boxer, one can also sense the fragility and hardships of existence.
Next come canvases like Curfew (Likoni, March 27, 2020) , predominantly pink in the foreground, green in the distance, with a persistent yellow. A stadium-like setting is suggested. In the center, a man’s face is surrounded by a pink halo. The red pennants emerging in the upper left are unsettling. While the painting depicts no explicit violence or mutilated bodies, the atmosphere is nonetheless tense. The title refers to a very real situation: the curfew imposed in Kenya during the Covid-19 pandemic, which lends this seemingly enigmatic scene an additional political dimension.
What is particularly striking about this work is that Michael Armitage sometimes seems to draw on certain conventions of pre-perspective painting. Several figures are placed on the same plane, without any real regard for scale. As a result, the main figure is often very large and imposing, but the others seem no less important. The story then unfolds like a comic strip: a true narrative on the canvas becomes possible. This is the case in Three Fates , where the man is at the center. He appears to be sleeping while women work, peeling vegetables. On the same plane, with very little perspective, a cemetery can be seen to the right, as if everything were glued together at the same height. Conversely, when there is only one figure, as in Necklacing , the man with the tire is well-proportioned and adheres more closely to modern painting conventions.
In Nyali Beach Boys , a 2016 painting, four naked men occupy the foreground, their pubic hair yellowed and their genitals prominent. A fifth figure appears further back, to the left of the canvas. The tones range through various shades of green, from foliage to vegetation. A cat, placed in the center, adds another element to the composition. Here again, Gauguin is strongly reminiscent, even though Armitage’s world remains deeply personal. The reference to Western painting never erases the Kenyan roots of his work; on the contrary, it blends with his own unique narratives, images, and experiences.
In Holding Cell , a 2021 canvas, Michael Armitage’s work seems to evolve toward a more abstract form. A central line made of shapes, in which we recognize women’s faces, intertwine within flat areas of color, somewhat like a watercolor. We think of clouds in the sky… but it’s clearly an illusion, given the title the artist gave to this painting. Here again, the painting is not aggressive or overtly violent. It seems rather to describe facts, a situation, a vision. We find this same vein in Strange Fruit , a 2016 canvas dominated by a vibrant orange, or in Three Boys at Dawn , a 2022 work, also very colorful and abstract, where shapes and faces emerge with careful observation. One is nonetheless reminded somewhat of Matisse’s drawings.
The room dedicated to Migrazione , with its nude Black men with orange-tinted bodies against a trailing blue sky, reflects the artist’s exploration of migration and contemporary tragedies. Through these canvases, the artist delves into the odyssey of migrants crossing the Sahara and the Mediterranean. It is undoubtedly one of the most politically charged rooms in the exhibition. The migration crisis is, in fact, one of the major themes highlighted by the Pinault Collection in presenting Armitage’s work.
With Bound and its five women in colorful clothing against a yellow background, likely evoking the desert, and a sheep in the foreground, Armitage evokes political violence, repression, and the theme of enslaved bodies. Chains bind the women together. The almost dazzling beauty of the colors contrasts once again with the sense of oppression that pervades the scene.
As is often the case in Michael Armitage’s work, the canvases are colorful, the colors shimmering, yet unsettling. The atmosphere is neither calm nor reassuring. This contradiction between the apparent beauty of the colors and the violence of the situations depicted is undoubtedly one of the great strengths of his work. For him, color is not simply used to embellish: it can seduce the eye while simultaneously making the scene even more disturbing. Beauty attracts the gaze before the subject matter disturbs it.
In Mangrove Dip , the artist depicts two bodies, head to toe. One is Black and its body is seen from the front, while the other, positioned to the side, with a lighter complexion, appears upside down. As in Bound , the straw yellow enhances the blacks and blues of the canvas. Here we find this blend of figuration, with highly recognizable forms such as these human bodies and this gesture, abstraction, with a landscape that is not particularly defined, and evocation of everyday life. The scene may, in particular, bring to mind the relationships between Western women and African men in the context of tourism and the search for experiences or relationships.
It is perhaps with Antigone that Gauguin’s influence is most evident, since Armitage seems to borrow directly from Nevermore this idea of a naked woman, seated in a decorated interior, staring insolently and unabashedly at the viewer with a disturbing self-assurance. The woman’s exposed genitals and folded legs draw the eye to the left side of the canvas, where faces observe the scene from behind a barred window. One thinks of brothels, the exploitation and display of women’s bodies. The connection with Gauguin is particularly interesting here, because Armitage does not simply quote art history: he reinterprets it from a contemporary perspective, raising further questions about the gaze, the body, and power.
Women and their condition are very present in the works of Michael Armitage, particularly in Warigia , which depicts a woman dressed in a pink dress, with a large monitor lizard emerging from lush vegetation. It is said that the painter drew inspiration from The Perfect Nine , the verse narrative by Kenyan writer Ngũgĩ wa Thiong’o , which reinterprets the founding myth of the Kikuyu people. Warigia is the tenth daughter of Kikuyu and Mumbi. Unlike the other nine daughters, considered the « Perfect Nine, » she is born with a disability. Armitage precisely chooses the moment when she emerges from the water and manages to stand upright by leaning on a rock: it is therefore a scene of transformation and rebirth . As in his other paintings, Michael Armitage’s colors are not realistic in the classical sense. They are very intense, almost unreal, and contribute to giving the scene a dreamlike or visionary atmosphere . The face is also very prominent and it is not really clear whether it is an adult or a child, which adds further to the strangeness of the scene.
Through this Venetian retrospective, The Promise of Change , Michael Armitage draws our attention to African traditions, beliefs, founding narratives, and the daily lives of the continent’s people, as well as the political and social upheavals that have swept through it. Throughout the exhibition, Armitage is clearly revitalizing contemporary figurative painting. His canvases explore memory, power, violence, and the contradictions of the modern world with great narrative and pictorial richness. His work may evoke the great history painters, but he transposes this tradition to the challenges of the 21st century. The exhibition, which brings together 45 paintings and over a hundred studies, also highlights the importance of drawing and preparatory work in his oeuvre. The Promise of Change is thus well underway, driven by a singular, powerful, and profoundly moving body of work .
AMAR KANBAR: THE ART OF LIVING MEMORY
Leaving the world of Michael Armitage on the second floor of the Palazzo Grassi, we are presented with six rooms dedicated to the installations and works of the Indian artist and filmmaker Amar Kanwar . Born in 1964 in New Delhi, he has been developing a body of work since the 1990s that straddles the line between documentary film, contemporary art, poetry, and political activism. He is particularly interested in the contemporary history of South Asia, power dynamics, political violence, injustices, and also forms of individual and collective resistance. However, he does not make « documentary » in the classical sense. He does not simply seek to show or denounce. He collects testimonies, archives, images, and texts, then assembles them into installations that require the viewer to take their time.
In the Co-travellers exhibition , the Pinault Collection puts into dialogue two installations created approximately twenty years apart: The Torn First Pages (2004-2008) and The Peacock’s Graveyard (2023).
The structure of the installations is very interesting. They are simple, almost fragile devices that combine projections, texts, images, and physical media. The videos and images gradually build a narrative that unfolds in the space. It is at once highly original, almost absurd in some aspects, but terribly effective, and it immediately creates a unique atmosphere.
With *The Torn First Pages* , Amar Kanwar addresses the struggle for democracy in Burma/Myanmar. The work is constructed from archives and documents related to the resistance against the military regime. The title refers to the protest of a bookseller, Ko Than Htay, who tore the first page from the books he sold: this page was required to reproduce the political pronouncements of the military dictatorship. The material used by Amar Kanwar is raw. He relies on facts, testimonies, and documents, but he organizes and connects them to construct his narrative. Our reflection is thus stimulated, without the artist seeking to impose a single interpretation or a ready-made conclusion.
In the 2023 installation * The Peacock’s Graveyard * , the viewer is immersed in a darkened room where seven nearly invisible screens appear. There are no filmed characters and no voice-over narration. Instead, Kanwar uses texts, metaphorical and abstract images, accompanied by music from Indian pianist Utsav Lal , who performs a raga . The experience lasts approximately 28 minutes. It tells five short fables, featuring an angry priest, an executioner who receives a lesson from a tree, a landowner who breaks a promise, a reincarnated president, and two friends whose arguments paradoxically save them. These stories explore themes of death, power, morality, territory, water, memory, karma, and human responsibility. Kanwar thus plunges the viewer into darkness, slows down time, and uses silence, text, music, and sometimes enigmatic images . He does not seek to provoke an immediate reaction, but to instill reflection , to let the images and stories continue their journey in the viewer’s mind.
While it may be difficult at first glance to see a connection between the two artists exhibited by the Pinault Collection, it is nonetheless clear that they both address themes of violence, power, memory, domination, displacement, and resistance . These two artists employ radically different languages to interrogate the contemporary world: Michael Armitage through color, painting, and narrative, and Amar Kanwar through film, text, silence, and slowness. And it is undoubtedly this juxtaposition that makes the presence of their two universes within the same Palazzo Grassi so particularly compelling.
Emmanuel Serafini , special correspondent in Venice





Images: 1- Michael Armitage, exhibition view : (from left to right) Michael Armitage, Nyayo, 2017, Private Collection; Witness, 2022, Courtesy of the artist and White Cube, Strange Fruit, 2016, Private Collection. Installation views, Michael Armitage. The Promise of Change, 2026, Palazzo Grassi, Venezia. Ph. Marco Cappelletti Studio © Palazzo Grassi, Pinault Collection – 2- Amar Karwan, exhibition view: Amar Kanwar, The Peacock’s Graveyard, 2023, Pinault Collection. Installation view Amar Kanwar. Co-travellers, 2026 Ph. Marco Cappelletti Studio © Palazzo Grassi, Pinault Collection – 3 – Amar Kanwar, exhibition view: Amar Kanwar, The Peacock’s Graveyard (détail), 2023, Pinault Collection. Installation view Amar Kanwar. Co-travellers, 2026 Ph. Marco Cappelletti Studio © Palazzo Grassi, Pinault Collection – 4- Amar Kanwar, exhibition view: Amar Kanwar, Installation view (détail) Amar Kanwar. Co-travellers, 2026 Ph. Marco Cappelletti Studio © Palazzo Grassi, Pinault Collection – Michael Armitage, exhibition view: (from left to right) Michael Armitage, Strange Fruit, 2016, Private Collection; Baikoko at the mouth of the Mwachema River, 2016, Private Collection. Installation views, Michael Armitage. The Promise of Change, 2026, Palazzo Grassi, Venezia. Ph. Marco Cappelletti Studio © Palazzo Grassi, Pinault Collection





















