VERTICAL ROAD : AKRAM KHAN COMPANY EN TOURNEE INTERNATIONALE

DANSE : Vertical Road / Akram khan Company.

Akram Khan et sa compagnie sont aujourd’hui reconnus par la critique internationale comme faisant partie des chefs de file de la danse contemporaine. Ce qu’ils nous offrent est plus qu’un spectacle, c’est un emportement, un voyage qui touche à l’essence même du voyage, une vision qui ne s’effacera pas facilement de nos mémoires.

Un corps trace des signes dans l’espace. Entre nous et lui, un voile palpite aux vibrations de ses mains. Plus tard, une pulsation : cœur qui bat ou machine qui broie ? Un peu des deux sans doute. Une énergie intense qui émane des danseurs. Provient-elle d’un rythme intérieur ou les corps sont-ils mus par la musique ?

Vertical Road nous parle autant de combat que de transe, d’extase mystique autant que de l’ivresse d’une vie vécue à une vitesse suffocante. C’est viscéral et pourtant mécanique. Ils sont côte à côte mais semblent reliés par l’en-haut. Les gestes sont spasmodiques, les bras lancent des appels vers l’au-delà, et tous luttent contre une douleur intérieure. La poudre blanche qui essaime sur leur passage prolonge leurs actes, mais pour un temps tellement éphémère. Les danseurs sont des derviches tourneurs violentés par la vie, qui vibrent ensemble vers un but précis. Leurs corps sont des formules pour accéder à cet autre lieu. La danse est rituelle. D’ailleurs, ils ne nous voient pas, ou en tout cas ne nous regardent pas. Il faudra attendre les salutations pour découvrir vraiment leurs visages. Dans ses conditions, le spectateur ne peut que désirer danser avec eux cette vie, comme une échappée, sur ce rythme qui, au cours du temps, se fait plus hypnotique.

Les quelques moments de sérénité –un couple amoureux, une ronde, un danseur fait marionnette sous les doigts d’un autre- sont autant de soulagements : le spectateur, comme le danseur, reprend son souffle avant d’être à nouveau emporté.

Dans cet ensemble, un être se détache, qui était d’abord de l’autre côté du voile. Présence mystique, il agit sur le groupe pour le tirer le long de cette route verticale –Vertical Road-. Le chemin à suivre, envers et contre toutes les secousses de la vie ? Finalement, cet être reste seul devant. Les autres ont atteint cette dimension qui nous est cachée, derrière le voile. Il y a bien eu passage entre un ici et un ailleurs.

Le Kathak, danse classique indienne qu’Akram Khan a pratiquée dès l’enfance, est ici, comme dans toute l’œuvre du chorégraphe, la base à partir de laquelle il construit, en la réinterprétant, son langage contemporain. C’est cette base traditionnelle, qui allie en un calcul complexe deux rythmes opposés, l’un très rapide et l’autre qui tend vers l’immobilité, qu’il tire cette dynamique si particulière qui donne vie au corps et à ses duels intérieurs. Mais ici, Akram Khan s’est également attaché à traduire l’empreinte culturelle de chaque danseur, en particulier dans sa dimension spirituelle. Akram Khan Dance Company réunit des danseurs issus de cultures très différentes les unes des autres : Asie, Maghreb, Moyen-Orient, Europe, et le chorégraphe crée autour de chacun d’eux un monde dans lequel ils créent leurs propres mouvements, issus de l’histoire, collective et personnelle, dont ils sont les porteurs. Ainsi, dans ce spectacle, Akram Khan ne « raconte » pas. C’est à celui qui regarde d’inventer l’histoire, s’il le souhaite. Lui se contente de faire parler les corps, de faire sentir les émotions, dans cette danse tellement énergique qu’elle en devient spectaculaire. A travers les gestes, il interroge, il mène une réflexion non-verbale sur l’existence d’une force qui connecterait les individus entre eux. Il s’inspire en cela de la philosophie soufie, et de Roumi, poète persan qui médite sur le voyage de la gravité à la grâce :

« I died from minerality and became vegetable ;
And from vegetativeness I died and became animal.
I died from animality and became man.
Then why fear disepearance through death ?
Next time I shall die
Bringing forth wings and feathers like angels ;
After that, soaring higher than angels,
What you cannot imagine,
I shall be that.”*

Maya Miquel Garcia

En tournée : France : 25 avril, Annemasse, Château Rouge (Vertical Road) ; 10-11 mai, Châlons-en-Champagne, La Comète – scène nationale (DESH) / Suisse (Vertical Road) : 19 avril, Chur, Theater Chur ; 21 avril, Zurich, Theater 11 ; 23 avril, Pully, Théâtre de L’Octogone ; 27 avril, Bern, Dampfzentrale ; 29 avril, Thun, KKThun. Les dates des représentations hors d’Europe sont disponibles sur le site : http://www.akramkhancompany.net

*« Je suis mort à l’état minéral et me suis fait végétal ;
Et au végétal je suis mort pour devenir animal.
Je suis mort à l’animalité et suis devenu homme.
Ainsi, pourquoi redouter la disparition par la mort ?
Je mourrai encore
Pour donner naissance aux plumes et aux ailes semblables à celles des anges.
Après cela, m’élançant plus haut que les anges,
Ce que vous ne pouvez imaginer,
Je le deviendrai. »

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