LE MAÎTRE ET MARGUERITE AU FESTIVAL D’AVIGNON : UN FORMIDABLE MCBURNEY DANS LA COUR D’HONNEUR

66e FESTIVAL D’AVIGNON : Le Maître et Marguerite / mise en scène Simon McBurney / d’après le texte de Boulgakov / Du 7 au 16 juillet 2012 dans la Cour d’Honneur à 22 h.

Formidable, oui, c’est bien le mot pour résumer cette oeuvre puissante de Boulgakov montée par le maître de Complicite sur le plateau majestueux de la Cour d’Honneur. Formidable car l’énergie déployée par les comédiens de Complicite est contagieuse, et leur talent à faire exister le chef-d’oeuvre du maestro russe tout à fait remarquable. Une mise en scène complexe et intelligente de Simon McBurney qui exploite à merveille le tumulte shakespearien du roman.

D’autant qu’avec ses comédiens dont on croirait qu’ils officient tous dans la Royal Shakespeare Company, McBurney s’est doté d’une équipe bien montée, avec du corps et de la race, comme l’on disait jadis. Une distribution remarquable, faisant montre d’un véritable esprit de troupe.

Le Maître et Marguerite est le chef-d’oeuvre de Mikhaël Boulgakov. Ecrit en 1928, puis détruit pour être réécrit plusieurs fois en 1931, 1936, et enfin être achevé en 1941 jusqu’à sa publication complète en 1973, l’oeuvre est un maelström vertigineux, à plusieurs niveaux de lecture. C’est cette version définitive qu’a utilisé Simon McBurney, et qu’il a complètement réadaptée. Un corpus complexe, tout à la fois une histoire d’amour et un pamphlet politique, qui prend souvent l’aspect d’une rêverie à la frontière du conte fantastique, évoquant en cela ceux de Shakespeare.

Mais il y a dans Boulgakov une puissance comique -tout comme chez le grand William, tiens…- qu’il ne faudrait pas sous-estimer, et que McBurney parvient parfaitement à restituer. Cette qualité humoristique, cette distance caustique font beaucoup pour la poésie du texte et sa grande force d’attraction. Le metteur en scène l’a bien compris qui en utilise tous les ressorts, avec brio, aidé en cela il est vrai par une distribution exemplaire.

Ponce Pilate, Jésus Christ, ou encore la dictature soviétique, la théorie de récits et de personnages qui s’enchevêtrent dans le texte de Boulgakov est stupéfiante. Une épopée aux accents politiques profonds, que le maître Woland en diable facétieux parcours comme il traverse le temps, sans y toucher. Simon McBurney traite  l’oeuvre de Boulgakov à la manière d’une fable philosophique, qui nous interroge sur la dichotomie fiction/réalité et les glissements que celle-ci induit dans notre perception du monde.

McBurney a tiré de la matière même de Boulgakov une chair ductile, un va et vient fluide plein de bruit et de fureur, qui sonne comme une polyphonie explosive sur les murailles de la Cour. Un travail du son par ailleurs très soigné, qui avec une scénographie sobre mais efficace et la création vidéo plutôt exceptionnelle, confèrent à ce Maître toute l’ampleur qu’il mérite. Quant à la création lumière de Paul Anderson, elle est tout simplement époustouflante de beauté et de précision.

On regrettera cependant que McBurney n’ait pas souhaité utiliser la totalité du remarquable plateau de la Cour, préférant recentrer l’essentiel de la pièce sur le coeur de scène. Une légère réserve, parmi quelques autres -un surtitrage un peu chiche, quelques longueurs aussi- qui pour autant ne nuit pas -ou si peu- à la dramaturgie, ni à la puissance réelle de ce Maître parfaitement ajusté à l’ampleur de la Cour d’honneur.

Une Cour que McBurney exploite de manière particulièrement judicieuse, avec un vrai talent d’artiste : le déploiement des images numériques de Finn Ross sur les façades minérales est étonnant de beauté et de justesse. Et plein de surprises, comme pour le sublime final.

McBurney signe avec ce Maître et Marguerite de la plus belle eau une oeuvre profonde, intemporelle, au retentissement infini. Un coup de maître pour un théâtre en totale complicité.

Marc Roudier

Du 7 au 16 juillet 2012 dans la Cour d’Honneur à 22 h.

Visuels : 1 et 2 / Le Maître et Marguerite au 66e Festival d’Avignon 3/ répétitions dans la Cour d’Honneur / Copyright Simon McBurney / Complicite et Festival d’Avignon

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