RETOUR SUR UNE PERFORMANCE DE CLAUDE CATTELAIN AU CRAC ALSACE

Une performance de Claude Cattelain / dans le cadre de l’exposition « Coquilles Mecaniques » / CRAC Alsace – AltKirch / le 7 octobre 2012.

Parfois, la vie peut sembler absurde. Des challenges on nous en lance, on se défie nous-mêmes aussi. Mais pourquoi ? Cela nous permet d’avancer, de réfléchir, de nous remettre en question, de vivre aussi tout simplement. Mais si on poursuit une entreprise qui semble perdue d’avance n’est-ce pas absurde ? Claude Cattelain, artiste performer, a réalisé une performance au Crac à Altkirch lors du vernissage de l’exposition « Coquilles mécaniques » visible en ce moment. Retour sur un moment intense.

Claude Cattelain se dit performer mais il n’est pas que cela, il est aussi dessinateur, photographe, sculpteur aussi ou encore fait des vidéos, entre autres choses. Mais ici, nous allons nous intéresser à l’une de ses performances : « Colonne empirique en ligne ». 12h30 : il n’est pas l’heure de déjeuner, mais d’observer la performance de Claude Cattelain. Au sol, disposée en ligne, il y a une colonne de parpaings en plâtre : elle semble démesurément grande. L’artiste est debout, il attend, observe les parpaings, les touche, modifie l’ordre, les change de sens. Cela n’a même pas commencé mais on s’interroge déjà : que va-t-il se passer ? Enfin, ça commence. Claude Cattelain monte sur le premier parpaing, avance sur le second puis on entre dans le vif du sujet. Un parpaing au-dessus de l’autre, l’artiste au sommet de ces deux parallélépipèdes. De là, il tente de récupérer celui qui est derrière lui.

Claude Cattelain : « Au sol, un alignement serré d’une quarantaine de blocs. j’avance sur cette ligne, de bloc en bloc, m’obligeant à ne jamais poser les pieds au sol. Me coupant toute possibilité de retour en arrière, chaque bloc passé est retiré et posé devant moi sur la ligne encore à parcourir, créant ainsi une colonne grandissante et instable, que je peine de plus en plus à maîtriser. » [Frac Alsace – mai 2012 – Festival Nouvelles – Pôle Sud]. Pour ses performances, l’artiste définit un protocole en amont que ce soit dans « Colonne inversée » dans laquelle il édifie une colonne en partant du plafond ou encore dans « Pick Up », performance pendant laquelle il ramasse des planches en bois, se les scotche, ce qui, progressivement, l’empêche d’avancer et bien entendu avec Colonne empirique. Claude Cattelain s’impose des restrictions, une démarche, des limites et un but qui semble impossible à atteindre.

Je ne sais plus combien de temps a duré la performance au Crac, j’ai vu et pas vu le temps passer. Tout est brouillé. Chaque parpaing de plâtre se retrouve sur un autre pour construire une colonne. Claude Cattelain se trouve au sommet. Elle est de plus en plus haute et il lui est de plus en plus difficile de se saisir des morceaux de plâtre. Comment pourra-t-il poursuivre et arriver jusqu’au bout ? Ce n’est pas pour rien si cela s’appelle une performance : Claude Cattelain se met vraiment en scène et en danger, il s’investit physiquement, tend son corps pour se saisir des parpaings, change de position, manque de tomber, cherche des solutions. À un moment, la colonne sur laquelle il se trouve s’est mise à bouger brutalement, mais non, elle ne s’est pas effondrée, Claude Cattelain est toujours dessus. Le public est en suspens, observant l’artiste qui se dépasse pour essayer d’aller au bout des règles qu’il s’est imposé, voyant la tension dans ses muscles et la sueur qui coule de son front et tombe au sol. Le plâtre s’effrite et une poudre blanche tombe sur le parquet du Crac, mémoire et dessin de cette performance.

Claude Cattelain a fini par tomber, la colonne par choir, démontrant par cela même le fait que, à force de se restreindre, sans possibilité de faire évoluer les règles, on finit par échouer. Mais peut-être a-t-il réussi ? En allant au bout des règles, il dépasse ses limites, dans la souffrance certes, l’échec est prévu dans le protocole, l’artiste sait qu’il ne pourra pas aller au bout, il ne sait juste pas quand cela se produira. Jusqu’à la fin de l’exposition, vous pourrez voir les fragments épars de cette performance et vous rendre compte de ce qu’il lui restait à faire… Claude Cattelain est un peu un Sisyphe moderne, il se contraint, continue, recommence les mêmes gestes d’une performance à l’autre comme si il allait finir par arriver au bout, à bout peut-être aussi.

Cécile R.

« Coquilles mécaniques » au CRAC Alsace / 18, ru du Château – 68130 Altkirch / du 7 octobre 2012 au 13 janvier 2013 / du mardi au vendredi de 10h à 18h, le week-end de 14h30 à 19h. Entrée libre.

Légende de tous les visuels : Claude Cattelain, performance « Colonne empirique en ligne » au Crac à Altkirch le 7 octobre 2012. Photo: CR

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