I APOLOGIZE : JEAN-LUC VERNA AU CENTRE POMPIDOU

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Jean-Luc Verna / I Apologize / Centre Pompidou / le 24 janvier 2013

Personnalité hors normes de la scène artistique contemporaine, plasticien, performeur, chanteur avec son groupe I Apologize, Jean-Luc Verna fascine et séduit, finit par mettre le feu aux poudres dans la Grande Salle du Centre Pompidou. Chose rare pour le lieu, les spectateurs quittent leurs places, approchent la scène et se mettent à danser.

Une énorme boule à facettes surplombe les gradins. Sa rotation va bientôt entrainer le public dans un joyeux tourbillon de scintillements, comme autant de petites étoiles qui parsèment le corps et les dessins de Jean Luc Verna. Une vague rumeur de cris d’animaux monte par moments de la scène, réveille la surprise, enclenche le dépaysement, présage des possibles dangers ou au contraire, l’émerveillement.

Les musiciens s’emparent de leurs instruments et machines et il faut préciser que la configuration habituelle du groupe– Pascal Marius à la guitare, Gauthier Tassart, en charge des bruits, claviers et programmation – est étoffée par la présence de Julien Tibéri, jeune artiste plasticien qui commence à s’imposer dans le monde de l’art. Jean Luc Verna fait son entrée porté par un rayon de lumière : silhouette massive et pourtant étrangement fragile, gainée dans une robe noire qui arbore un col romain. La sobriété est de mise, une certaine façon de se tenir en retrait aussi. Sa voix, quant à elle, est profonde et ample, avec des inflexions tantôt caverneuses et cinglantes, tantôt d’une grande tendresse. Enveloppante, elle distille un énorme charisme.

Les chansons s’enchainent, empruntées aux registres du post-punk et de la new wave : Siouxsie (and the Banshees) dont Jean Luc Verna avoue qu’elle a eu un réel impact sur sa vie*, Bauhaus, à plusieurs reprises, T-Rex encore. Parfois des titres disco viennent s’y ajouter, tel cet invraisemblable Supernature de Cerrone, au tempo ralenti, étiré, lancinant, grave, chargé de pathos, qui finit par émouvoir. Le soliste et ses comparses s’approprient les tubes en s’octroyant une totale liberté d’interprétation. Nouveaux arrangements, rifs de guitare imprévisibles, irruption de bruits qui soutiennent et enrichissent une tessiture vocale qui flirte de manière assumée avec la séduction spécifique aux crooneurs, I Apologize excelle dans l’art du glissement sensoriel et sémantique. Ainsi le cri de rage martelé furieusement par les Sex Pistols nous parvient dissimulé dans des nappes et autres fioritures. Pourtant la violence de son propos nous touche de manière insidieuse : Anarchy in the UK, chanté lentement, appuyé, nous apparait d’autant plus subversif. That was the only way s’impose avec la force d’une évidence, fait éclater la vérité de toute une époque.  

Prélassé langoureusement sur un canapé, chuchotant sur le ton de la confidence et nous intimant la confiance : Trust in me ! ou menant avec une terrible fugue le standard de Donna Summer I feel love qui fait littéralement danser l’audience, Jean Luc Verna visite une à une des postures célèbres de le la pop culture qui lui vont comme autant de paires de gants qu’il enlève nonchalamment, parfois en minaudant.

Son plaisir est communicatif et ses propositions d’une grande générosité. Il travaille sur la brèche entre le familier, avec son cortège de souvenirs, phantasmes et émotions, et ses déclinaisons à la limite du reconnaissable. Le tube de Velvet Underground en sort un peu écorché, mais ces glissements plus ou moins heureux ne font que raviver et magnifier le plaisir pressenti de toutes ces fêtes à venir.

Smaranda Olcèse

* interview pour INFERNO accordée à Julie Crenn : https://inferno-magazine.com/2012/12/10/sous-le-maquillage-rencontre-avec-jean-luc-verna/

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