TROIS JOURS AU FESTIVAL DES ARTS DE HONG-KONG

Baie de HK

Correspondance depuis Hong-Kong.
CARNETS DU MONDE par Audrey Chazelle
3 jours au Festival des Arts de Hong-Kong : 22, 23, 24 mars 2013 / Hong-Kong / 41ème édition / du 21 février au 24 mars 2013.

Tous les ans depuis 1973, prolongeant les festivités du nouvel an chinois qui se déroulent, selon le calendrier lunaire, entre le 21 janvier et le 21 février, l’une des plus importantes manifestations culturelles d’Asie se déroule ici, à Hong-Kong.

La région de Hong-Kong, colonie britannique jusqu’en 1997, cédée alors à la Chine, conserve à ce jour une autonomie dans son système légal et politique, où les libertés fondamentales sont respectées. Anglo-saxonne dans ses pratiques commerciales, et chinoise dans ses us et coutumes, cette région administrative spéciale de la République populaire de Chine jouit de cette double influence de l’Orient et de l’Occident. Bouillante d’une énergie exponentielle, elle est aussi la ville la plus libérale au monde et héberge une densité record de population. Le territoire comprend l’île principale de Hong-Kong, deux enclaves sur le continent chinois et quelques 235 îles. Les deux langues officielles de Hong-Kong sont le cantonais, parlé par 97% de la population, et l’anglais.

Son Festival des arts, à l’image de sa politique, est absolument ouvert sur le monde, et propose une programmation à la fois pluridisciplinaire et internationale. Mettant à l’honneur les arts de la scène, le festival garde le titre général de « festival des arts » car pour beaucoup ici, comme me le précise Mr So Kwok Wan, producteur du festival que je rencontre à cette occasion, les arts de la scène sont associés à l’Entertainment, autrement dit à l’industrie du divertissement. Sans pour autant se revendiquer comme « un festival pointu », Mr So Kwok Wan et son équipe, dans les choix qu’ils font, cherchent à satisfaire le public qui souhaite découvrir ou redécouvrir une œuvre, un artiste, au certain prestige. Mr So Kwok Wan reconnaît la valeur sûre des œuvres présentées dans le cadre de ce festival historique. Le public, avoue-t-il, se déplace pour des noms. Près de 150 000 personnes poussent ainsi les portes des théâtres chaque année à cette occasion. Les ressources financières du festival proviennent à 45% des recettes, 30 % des fonds publics, et 25% du mécénat.

C’est ainsi que le spectateur du festival des arts de Hong-Kong eût pu apprécier, cette année, Les Musiciens du Louvre de Grenoble, l’American Ballet Theatre, la Traviata par l’Opéra de Naples, Einstein on the Beach de Wilson et Glass, l’Opéra de Pékin, la compagnie Momix, le Théâtre National de Grande Bretagne, le jazz d’Esperanza Spalding, l’orchestre gipsy de Goran Bregovic, la compagnie lyonnaise d’Abou Lagraa etc. Bref, il y a en avait pour tous les goûts, du classique au contemporain, de l’opéra, au chant, à la musique, à la danse, au théâtre, et de quoi faire en plus un bon tour du monde artistique traversant les interrogations en même temps que les traditions des divers pays représentés.

Rencontre avec le producteur du festival Mr So Kwok Wan.

photo producteur

Mr So Kwok Wan a étudié le cinéma à Paris 3. Il a aussi pratiqué la danse et la musique. Il travaille sur ce festival depuis 25 ans et assure en étroite collaboration avec les artistes qu’il soutient la production de 5 spectacles, dont 2 théâtres, 2 de danse contemporaine, et 1 de chambre. Car outre les productions internationales présentées, il s’agit pour lui d’offrir, grâce au festival et à sa renommée, une plateforme à de jeunes artistes de Hong-Kong et de créer un pont entre oeuvres locales et internationales.

Séries de danse contemporaine, Studio Théâtre, Centre culturel de Hong Kong, 22 mars 2013

C’est l’objectif fixé notamment avec le programme de danse du soir de notre rencontre auquel j’assiste. Financé par le Club de jockey de Hong-Kong, l’un des leaders mondiaux en matière de course de chevaux, mais aussi l’un des plus importants contribuables pour les fonds publics, le projet ouvre la scène à onze chorégraphes et danseurs indépendants de la région. Ils sortent pour la plupart de l’Académie de Hong-Kong pour les arts de la performance, où ils ont suivi des cursus diplômant et professionnalisant. Les arts de la scène y sont étudiés et pratiqués dans la transversalité. Le festival offre à ses jeunes talents l’occasion de présenter leurs créations. Certains même renouvellent leur présence sur la scène festivalière approfondissant leur travail précédent. L’objectif de Monsieur So Kwok Wan est d’introduire ceux-là en les soutenant sur de long terme car la danse contemporaine n’en ait encore qu’à ses balbutiements à Hong-Kong et la place qui lui est accordée encore très restreinte. Les artistes chorégraphiques mis en avant lors de ce programme spécial du festival ont ainsi tout le champ libre. Pourtant, les courtes formes chorégraphiées auxquelles j’ai pu assister le 22 mars sont encore très timides dans leur intention.

The Voice, (La voix), duo dansé par Wong Tan-ki et Rock Fang, s’inscrit dans un univers hip-hop à la fois graphique, sonore, et dansé. Les deux danseurs explorent leurs capacités d’expression et de dialogue dans un espace confiné aux allures de classe d’écolier. Du geste dessiné du bout de la craie sur le tableau noir qui occupe le fond de scène, le mouvement se poursuit dans l’espace avec une grande qualité et précision. Fusionnant les techniques de danse hip-hop, de danse moderne, de mime, de claquettes, jusqu’à une ingénieuse session de beat box, en relation avec la lumière comme symbole de la connaissance, la création de ces deux artistes fait montre des multi-talents qu’ils possèdent. Les différentes voies qu’ils saisissent sont autant de matériaux combinés pour enrichir leur réflexion sur le mouvement, la danse, leur rapport à l’autre, leur rapport au monde. Quelques symboles de la culture asiatique surgissent dans la danse. Focus fait sur les chaussures, sagement déposées au pied de la table, avant que le danseur ne monte dessus, ou encore la position d’attente, genoux pliés, bassin entre les jambes.

Quelques minutes de pose et c’est au tour de Jo Leung de présenter son travail de recherche qui se poursuit dans sa deuxième phase. Répétant une variation chorégraphique, elle interrompt sa danse à chaque bug d’une vidéo cassette, qu’elle a pris soin au préalable d’insérer dans le téléviseur installé à même le sol. Le mouvement dansé reprend lorsque les images captées dans le métro se remettent en état de marche. Avec Re-Rewind the reverse Jo questionne l’interaction du mouvement présent et du mouvement enregistré, ou encore l’incidence technique sur l’action en cours. Mais elle ne semble qu’au début de sa réflexion car celle-ci ne lui permet pas encore de révéler l’énergie de sa danse. De ce qu’elle présentait ce soir-là, me reste cette douce mélodie qui accompagnait sa présentation.

Elaine Kwok Melting Solitude II

Pour la dernière de cette série, il faudra patienter plus longtemps avant de voir la lumière se rallumer sur le plateau. En effet, le travail d’Elaine Kwok se confronte, dans sa troisième étape, à l’élément glace. Il se présente sur le plateau sous la forme d’un conséquent bloc suspendu au-dessus de la scène, elle-même recouverte d’un papier épais blanc. La danseuse évolue allongée entre le dessus et le dessous de cette couche, déplaçant son corps sur la surface bruyante de son support, reproduisant le son de la glace qui se fissure, ou encore élevant l’étendue plate jusqu’à recréer une forme montagneuse. Une exploration dansée qui se réclame, tout comme chez Jo Leung, de plus d’élan intentionnel pour réellement entraîner le spectateur dans le mouvement créé.

Finalement, ce programme donne un aperçu de l’état de la danse contemporaine à Hong Kong encore largement tenue par les techniques de la danse moderne au détriment de l’expressivité. Les moyens que leur octroie le festival et la liberté d’expression qui leur est permise devraient permettre à ces artistes de prendre davantage de risque. L’impact sur le spectateur est encore loin mais l’avenir leur appartient pour éveiller les consciences des corps et les libérer à la face du public.

Smear, Théâtre, Hong Kong City Hall, 23 mars 2013

Autre production du festival, cette fois-ci, en théâtre, le spectacle Smear (que l’on peut traduire en français par « bavure »), mené par quatre comédiens, trois hommes et une femme, issus eux aussi de l’Académie des arts de la performance de Hong-Kong. L’auteur Wong Wing-sze est également diplômée de l’Ecole et remporta déjà plusieurs succès avec ses précédentes pièces. Le public de Hong-Kong est ce soir au rendez-vous, absolument enthousiaste et réceptif tout au long de la pièce, tandis que je dois être la seule, au milieu d’une audience exclusivement cantonaise, à m’accrocher au texte anglais qui défile au-dessus du plateau. Il faut dire que le débit de parole ne décélère pas et que les mots d’humour s’enchaînent. Une écriture savamment construite, où tous les ingrédients de la comédie dramatique sont réunis. Une composition de l’espace ordonnée et pensée à chaque déplacement des acteurs en jeu, réalisée par le metteur en scène Lee Chun-chow.

Tout commence avec le récit d’un acteur de théâtre, sans le sou, qui décide de s’expatrier à Londres. Là-bas, il nous dit s’incruster régulièrement à des funérailles pour profiter des buffets servis après les cérémonies. Et puis, le parallélisme entre le théâtre et la mort lui apparaît clairement quand il réfléchit à la mise en lumière faite sur le défunt à un moment donné où ce dernier est alors le sujet de toutes les conversations avant d’être mis en boîte pour le reste des temps, malgré tout le mal qu’il se sera donné à exister.

On entre très vite dans le vif du sujet, quand quelques années plus tard, l’acteur et metteur en scène en question, nous raconte que son dernier spectacle à succès a essuyé une très mauvaise critique. Offensé par l’article, il décide d’intenter un procès à son auteur. S’ouvre alors le combat de deux points de vue sur le théâtre, celui de la réussite au box-office contre celui de la valeur artistique. Nous sommes alors au cœur des préoccupations de l’artiste contemporain de Hong-Kong.

Un plateau fourni uniquement d’une longue table et de quelques chaises pour assister à ce huis clos qui met en scène deux avocats et deux plaignants sur la route du compromis. Ce simple décor s’oriente différemment sur le plateau, entre les épisodes, offrant au spectateur différentes fenêtres sur l’affaire. Le cabinet d’avocats est alors forcé de s’intéresser aux origines du théâtre, depuis les grecs, pour comprendre ce qui est ici en jeu. Mais dans le monde de la justice, « le temps c’est de l’argent, au théâtre, le temps c’est du temps ». Le sujet est traité avec humour mais aussi avec une certaine gravité. L’auteur de la critique, Mia, elle-même actrice et metteur en scène de théâtre, se bat pour défendre sa vérité sur la pièce en question. Mais nous apprenons bientôt qu’elle se bat aussi contre le cancer, et que l’homme qu’elle accuse de blasphème à l’égard du théâtre « propre », est son ancien amant. Ainsi, des sentiments personnels viennent pénétrer la grande affaire augmentant un peu plus la dimension cruciale de l’issue. Vendetta ou lutte philosophique ? Mia a fait du théâtre toute sa vie mais est toujours restée méconnue du grand public. Son ancien amant, lui, a choisi de créer selon les principes de l’industrie et connaît depuis un franc succès.

Une pièce qui incite le spectateur à se questionner lui-même sur ses choix, et sur son propre rôle de consommateur d’art. En tant que critique, il est certain que la réflexion m’a posée question quant à mon propre jugement sur l’Entertainement. Car la pièce ne prend pas parti pour l’un ou l’autre, elle soulève uniquement des interrogations autour de la pièce d’Harold, le metteur en scène, qui finalement ne prétend pas faire dans « l’intellectuel ». Il divertit son audience qui se déplace en quantité dans les « théâtre-building » que Mia a en horreur.

L’épilogue, comme le prologue, opère dans la métaphore. Mia, dans un dernier souffle, remémore l’ambition originelle d’Harold qu’elle a connu alors qu’il était encore un « chat sauvage ». Elle lui tend un miroir dans lequel elle le fait apparaître comme un chat aujourd’hui « domestiqué », qui, au contact des hommes, s’est finalement laissé apprivoiser, et ait entré dans un système dont les agissements sont déterminés par l’appât de la gamelle pleine.

Une composition scénique classique « au carré » qui ne s’embarrasse d’aucun artifice et se joue dans une quasi totale obscurité. Un sujet important pour une audience toujours prête à rire, dont on réclame ici toute l’attention, à l’heure où l’art doit lutter contre une industrie puissante, où le résultat économique détermine le succès d’une œuvre, au détriment parfois de sa valeur artistique. Quoi que l’attribution de sa valeur artistique soit encore parfaitement subjective tandis que son succès au box-office, se chiffrant lui, est tout à fait palpable.

Green Snake, Théâtre Lyrique, Académie des arts de la performance de Hong-Kong, 24 mars 2013

Green Snake - Yuan Quan, le serpent blanc a_ gauche, Qin Hailu, le serpent vert a_ droite, Xin Baiqing, Fahai le moineau milieu

Tandis que l’Asie entrait récemment dans l’année du serpent, le festival des Arts de Hong-Kong s’offrait la première mondiale de Green Snake (serpent vert). Un spectacle produit par le Théâtre National de Chine, et créé en collaboration avec le Théâtre National d’Ecosse qui apporte une touche européenne à la légende chinoise revisitée. La metteur en scène Tian Qinxin est l’une des artistes les plus reconnue et influente d’Asie. Son travail est particulièrement apprécié pour son exploration contemporaine des grandes thématiques classiques de la culture chinoise, et la fusion qu’elle opère entre l’esthétique orientale traditionnelle et les arts contemporains. Les dix acteurs en scène sont pour la majorité diplômés de l’Académie centrale d’art dramatique de Pékin. Une troupe jeune et pleine d’entrain qui ranime l’épopée durant trois heures de spectacle, composé en deux parties, avec entracte.

Adaptation du roman de Lilian Lee, écrivain originaire de Hong-Kong, l’histoire de Green Snake est avant tout une histoire légendaire de la Chine ancienne, qui se serait passée il y a environ 600 ans, sous la dynastie Song. Celle-ci se réfère à l’histoire d’amour entre un esprit et un mortel. L’ossature du spectacle, basée sur ce conte populaire, raconte l’aventure extraordinaire de deux esprits serpents, deux sœurs, incarnées par deux stars du théâtre chinois, qui décident de prendre forme humaine et d’infiltrer la vie sur terre dans le corps de femmes. Yuan Quan interprète le serpent blanc, elle rêve de se marier, d’avoir des enfants, d’avoir une maison avec une cheminée et de vivre la routine humaine. Quin Hailu interprète le serpent vert, plus frivole, elle veut jouir de tous les plaisirs de l’espèce humaine. La dame blanche rencontre un humain, et se marie avec lui. Ensemble ils ouvrent une herboristerie et soigneront les pauvres. Un jour, le mari, fit boire du vin de realgar (une herbe qui a le pouvoir de chasser les esprits) à sa femme qui était en fait un esprit. Elle tombe alors malade, et reprend sa forme originelle. Lorsque son mari le découvre, il meurt sur le champ. Quelques temps après, les effets du vin disparaissent et le serpent retrouve forme humaine. Désespérée face à la mort de son mari, la veuve finit par trouver la plante qui le ramènera à la vie.

En parallèle, se joue une autre histoire d’amour, celle du serpent vert qui, tel un démon, joue de tous ses charmes et avec la plus grande volonté pour séduire le moine Fa Hai. La complexité de la nature humaine s’appréhende dans le dilemme de ces deux protagonistes dont les intentions s’opposent aussi fortement qu’elles s’embrassent. Les corps parlent d’eux-mêmes. L’interprète de Fa Hai, Xin Baiqing, s’est d’ailleurs immergé quelques semaines dans la vie d’un moine pour enfiler le costume de son personnage. Et il faut dire que les acteurs qui jouent le rôle des moines sont plus vrais que nature, à tel point que la confusion s’invite : à savoir si ce sont des moines qui jouent les acteurs, ou des acteurs qui jouent les moines. Et comme Fa Hai le soulève de façon très a propos : « être confus ou ne pas l’être, c’est là la question cruciale ». Evoquant là la célèbre réplique de Shakespeare, le comportement humain est, comme chez l’auteur britannique, étudié à la loupe. Le tour de force de cette pièce est de parvenir justement à faire émerger des sujets de société au cœur d’une légende ancienne, et de mêler dans le discours même, par quelques habiles jeux verbaux ou chorégraphiques, la tradition à la modernité. Sous les ombrelles des hommes ou derrière les éventails des femmes, se découvrent la souffrance et l’impermanence du sentiment humain.

L’épopée s’ouvre sur une procession de moines bouddhistes qui depuis la salle montent sur le plateau et s’adonnent aux prières et rituels quotidiens. Ils sont le chœur de la pièce, l’agrémentant de poésie et d’humour, parfois sérieux, parfois complètement déjantés quand ils se mettent à jouer les grandes folles. Le récit juxtapose ainsi allégrement la quête des esprits féminins qui apprennent à s’humaniser dans la chair des corps, et les hommes qui cherchent à atteindre le Bouddha, l’homme spirituel. La question du désir et de la luxure est au centre des préoccupations, accolant la méditation à la distraction, l’instruction à la pulsion, n’hésitant pas à tourner en dérision la vie monastique et ses principes ascétiques. On s’amuse des règles du théâtre comme des mœurs de la société et le public en est ! Le principe de réincarnation est jusqu’à la fin plein de surprise.

Les deux sœurs sont habillées de somptueuses robes brodées qui couvrent leur corps en entier, et sont chaussées confortablement pour courir, sauter, danser, et onduler leurs corps dans une grâce toute serpentine. Avec quelle aisance, mais surtout preuve d’un travail monstre en répétitions, les deux belles intègrent quelques caractéristiques reptiliennes à leur jeu. La pudeur se dévoile parfois lorsque discrètement l’actrice, emportait dans le mouvement, remet en place sa robe qui laissait entrevoir une partie de sa jambe. Les acteurs détiennent une maîtrise complète des arts de la scène, engageant la voix autant que le corps dans cette aventure épique. Le spectacle est à son paroxysme. On pourrait enlever le texte et ne garder que la mise en scène absolument chorégraphiée, que le show fonctionnerait toujours. Et si parfois, particulièrement en deuxième partie, on sent une certaine lourdeur dans cette grande mécanique lyrique, cela ne dure jamais assez longtemps pour s’ennuyer car la blague est toujours prête à surgir au milieu du pathos.

Chaque tableau offre un spectacle féérique, dont les déplacements sont toujours réalisés dans une parfaite géométrie. Pour décor, une création vidéo projetée sur grand écran, avec pour toile de fond le temple, la construction comme symbole masculin, au milieu de cette eau, fluctuante dans son état, symbole féminin, de fluidité, d’adaptation, d’ajustement. C’est ce que l’allemande Merle Hensel, la scénographe, cherchait à représenter au regard de ce qui se joue sur scène, le symbole faisant partie intégrante de la culture asiatique. La bande musicale de l’écossais David Paul Jones épouse, quant à elle, parfaitement les envolées lyriques et la grandiloquence de la mise en scène dans un style très cinématographique. La partition lumière aussi participe généreusement à créer ce rêve éphémère, métaphore de la vie.

La fin s’étire quelque peu sur la dernière heure, mais le rebondissement final réussit à créer la surprise. Le Samsara ou le cycle des vies, de renaissance en renaissance, que les personnages de la pièce traversent au fil de l’œuvre offre un dernier tableau étonnant. L’éclairage se passe de mots. Nous reconnaissons à peine les personnages qui nous font face et pourtant ce sont bien les mêmes, qui ont troqué leurs costumes célestes pour enfiler ceux de parfaits citadins contemporains. La rencontre des amants peut alors nouvellement opérée.

Tous les défis du récit scénique sont parfaitement relevés. Les changements d’espace-temps, et les présences-absences des personnages sur scène sont habilement manipulés tout au long de l’histoire. L’exceptionnelle qualité du travail présenté devrait mener Tian Qinxin et sa joyeuse troupe à se représenter aux quatre coins du monde.

Nathan Road

Elevée au rang de capitale artistique de l’Asie en 2013, la ville de Hong Kong n’a pas fini de faire bouger les foules dans les prochains mois. Notamment avec la French May où Hong Kong accueillera, pour sa 21ème édition, les Arts et la culture française avec la diffusion d’expositions, de spectacles, films, et concerts. En parallèle, se poursuit ce mois-ci le festival international du film qui présente à son tour un éventail de réalisations mondiales.

Audrey Chazelle
correspondante Monde pour Inferno

Crédits : 1,2 & 5 : Audrey Chazelle / 3 : Elaine Kwok, photo KEITH HIRO / 4 : Green Snake, photo XIE FEI

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