SWAN LAKE : DADA MASILO, L’ENERGIE SOLAIRE DE LA DANSE SUD-AFRICAINE

L-D-C-Rond-Point_

Swan Lake : Dada Masilo / d’après Le lac des cygnes de Piotr Llitch Tchaïkovski, chorégraphie et interprétation de Dada Masilo / Théâtre du Rond Point / du 10 septembre au 06 octobre 2013.

Quel est l’intérêt de voir et revoir une pièce aussi connue et ancrée dans la culture occidentale que Le lac des cygnes de Piotr Llitch Tchaïkovski ? La chorégraphie remonte à 1875, comment peut-elle encore nous parler? Il y a nécessairement une beauté, une esthétique propre à ces grands classiques qui nous les fait aimer encore et encore. Il ne s’agit pas de mettre en question cette valeur ni leur pouvoir émotionnel, mais de se demander si sur le plan du contenu, les personnages peuvent encore être actuels. Cette question on se la pose toutes les fois que théâtres et lieux culturels affichent des repropositions classiques. Pourquoi serait-il intéressant de voir aujourd’hui une pièce datée d’il y a plusieurs décennies, voire plusieurs siècles ? Comment faire pour qu’elle puisse encore raconter quelque chose à nos contemporains ?

Nous avons l’impression que la chorégraphe et danseuse sud africaine Dada Masilo a su se poser ces questions, en obtenant la bonne réponse. Dada Masilo a le don de trouver une nouvelle expression, un souffle frais pour les grands classiques de l’histoire du théâtre et de la danse. Elle y parvient avec une parfaite harmonie, en glissant le répertoire occidentale vers l’énergie solaire de la culture sud-africaine. Sa relecture du Lac des cygnes de Tchaïkovski est profondément intéressante pour le spectateur d’aujourd’hui tant sur le plan esthétique que sur le plan du contenu.

Sur le plateau douze danseurs et danseuses interprètent l’histoire du prince Siegfried, contraint d’épouser le cygne Odette. Elle, le cygne blanc, représente la pureté, la beauté immaculée, qui s’oppose au malicieux et maléfique cygne noir, Odile. L’affrontement est inévitable. Le prince Siegfried se laissé fasciner par l’irrésistible cygne noir, semant la discorde et le doute dans la famille. Qui écoutera le prince? A sa famille, soutenant la belle Odette ou à son cœur?

Si l’histoire reste plus au mois fidèle à la version Tchaïkovskienne, Dada Masilo réinvente la populaire chorégraphie en une création aux couleurs sud-africaines.

Ce qui nous a merveilleusement surpris sont les accents comiques que la chorégraphe a réussi à intégrer à sa version. Sans rien enlever à la solennité du sujet tchaïkovskien, la pièce regorge de moments cocasses, notamment grâces aux interprétations des parents du prince Siegfried, dont Dada Masilo est la mère (entre autre le seul cygne blanc du plateau). C’est un sincère plaisir de contempler des danseurs afficher constamment le sourire. A maintes reprises nous avons l’impression qu’ils se divertissent sur scène, nous invitant à partager leur plaisir pour danser. Un vrai bonheur de les regarder vivre sur scène jusqu’à éprouver toute la chaleur humaine que nous font ressentir les cultures du sud. Les danseurs dégagent une grande énergie, qui est certainement l’avantage que Swan Lake gagne sur les diverses interprétations classiques du Lac des cygnes.

Les danseurs et danseuses aux torses d’ébène (ils sont tous sud africains) s’animent sous le rythme du sud, mêlant mouvements issues de la danse africaine à la musique du compositeur russe. Les spectateurs sont totalement capturés d’une part par les sons des percussions et de l’autre par les cygnes mêmes, émettant à plusieurs reprises des cris, des chants, des bruits: tout à coup nous avons l’impression d’assister à une rituel au cœur du territoire africain.

L’actualité de Swan Lake est également dans la réflexion que la chorégraphe mène autour de l’homosexualité et de la question du genre. Le cygne noir Tchaikovskien s’incarne dans un beau danseur africain, capable d’enchanter le prince. Odile et Odette entament alors une guerre qui va au delà de la simple conquête amoureuse. Les doutes du prince semblent alors refléter les difficultés d’un tel choix, partagé entre les impositions sociales et sa propre identité.

L’africanisation de la pièce n’est pas seulement une valeur ajoutée à son esthétique, elle est aussi le point de départ pour aborder des chaudes thématiques sociales telles que le mariage forcé ou le sida. Il s’agit des problématiques africaines toujours d’actualité que Dada Masilo ne néglige pas, accordant à son Swan Lake autant de profondeur que de beauté. Sous la magie de l’histoire Tchaikovskienne, en passant par les rires et les blagues, les rythmes et la musique contagieuse, il est question de traiter les libertés de l’homme, trop souvent mises en danger.

Cristina Catalano

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