LA RIBOT, MONNIER, WAMPACH : LE CORPS, QUEL ENGIN !

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« Gustavia » : Mathilde Monnier et La Ribot / « Tour » : David Wampach / CDC Montpellier / Les 8 et 9 novembre 2013 dans le cadre de « Le corps, quel engin ! ».

En partenariat avec MontpellierDanse, le journal Libération organisait à Montpellier les 8 et 9 Novembre dernier un forum « Le corps, quel engin ! ». Deux jours de débats autour du corps dans notre société, du point de vue du sexe, de la science, du sport, de l’art ou de la politique. Le vendredi soir, deux spectacles étaient présentés : Tour de David Wampach et Gustavia de Mathilde Monnier et La Ribot.

Le décor de Gustavia nous convie à une veillée mortuaire : beaux tapis noirs, tentures murales noires, fauteuil noir et grand silence. Deux pleureuses (les deux créatrices) s’en donnent à cœur-joie. Petit à petit, cette longue plainte gémissante et continue se drape de second degré et vire au clown. Ce sera là tout le spectacle : une oscillation corporelle bougrement intelligente entre tragique et burlesque. On sent chez ces deux-là un plaisir de la posture, une drôlerie dans les pleurs, une envie d’en découdre avec les émotions fortes. Elles utiliseront tous les topoï du jeu clownesque (je me prends une planche que transporte l’autre dans la tronche, je tombe du fauteuil, jeux de rivalités féminines, travail du déséquilibre, rideaux qui tombent…) en les poussant à l’excès et en détournant ces codes vers la tragédie. Cette envie de procurer du rire au spectateur n’empêchera jamais la poésie, comme cette phrase sublime susurrée dans un micro : « quand toutes ces larmes seront versées, tout ce qu’il y a de féminin en moi m’aura quitté. »

Il y a dans ce spectacle une force évidente de l’image qui crée du signifiant sans pour autant créer de l’évidence. On tisse petit à petit les idées et les propos au fil du spectacle qui prend toute sa cohérence. Toutes les conversations tenues lors des débats de la journée résonnent au plus fort dans les corps fermes et matures des deux danseuses. Même si certaines images mériteraient un développement un peu plus long (deux solos dansés en même temps, un jeu de mains étourdissant de Mathilde Monnier) le format court de cette pièce (une petite heure) convient parfaitement au genre choisi. La pièce s’achève par une litanie verbale : les deux artistes mettent sur la scène du théâtre toutes les femmes du monde : celle qui ouvre la porte, celle qui a des poils, celle qui… C’est beau et con à la fois. Le spectacle tient ses promesses, on en redemande.

Après les corps de femmes, ce n’est pas tout à fait un corps d’homme que l’on aperçoit sur les tréteaux de Tour, c’est un tronc. Un buste qui vit et donc sa respiration, sonorisée et éclairée à merveille par Mikko Hynninen et Benjamin Boiffier. Le spectacle est un tour d’horizon, une gigantesque variation autour du cri : râle de peur ou de joie, étouffement, souffle bestial ou jouissant, beuglement scatophile ou cri du malade etc.

A l’inverse de Gustavia, on va du tragique vers le burlesque, avec intelligence certes (heureusement) mais sans danse avec si peu de chorégraphie. Dans les deux spectacles, on s’accroche aux rideaux comme des singes à un arbre, comme si l’inspection du statut de la femme ou de l’homme contemporain passait obligatoirement par un retour aux origines. Autant Gustavia apporte au burlesque ce que les danseurs ont à en dire autant Tour serait certainement mieux fait et mieux pensé par un performer de la poésie sonore.

Bruno Paternot

Tour :
chorégraphie et interprétation • David Wampach
assistant à la chorégraphie • Christian Ubl
costume et scénographie • Rachel Garcia
son • Mikko Hynninen
régie • Gaëtan Lebret
lumières • Benjamin Boiffier
travail vocal • Dalila Khatir
conseiller dramaturgique • Maxime de Bruyn
regard extérieur • Mark Tompkins, Marie Orts

un extrait : http://www.youtube.com/watch?v=wYLWWILjvOI (Aperçu)

– dates de tournée :
21 novembre 2013 • Le Périscope, Nîmes
10 janvier 2014 • Le Cratère, Scène nationale d’Alès
2 mai 2014 • MIFA / Massachusetts International Festival of the Arts • Holyoke, Etats-Unis
6, 7 et 8 mai 2014 • DANSE – A French-American Festival of Performances and Ideas • Abrons Arts Center • New York, Etats-Unis

Gustavia :
spectacle de et avec mathilde monnier & la ribot
lumière éric wurtz
réalisation sonore olivier renouf
collaboration scénique annie tolleter
costumes dominique fabrègue assistée de laurence alquier

un extrait : http://www.youtube.com/watch?v=fjH4K4aBLMU (Aperçu)

– dates de tournée :
26 février 2014 tanzbiennal

Visuel : « Gustavia », Mathilde Monnier, La Ribot / photo DR

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