INTERVIEW. PATRICE BARTHÈS, X ROTONDA : QUAND LA DANSE ÉPOUSE L’ARCHITECTURE

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X ROTONDA, création / 10 décembre 19H15 et jeudi 11 décembre 20H30 / théâtre La Vignette, Montpellier.

Inferno  : Votre rencontre avec l’architecture
Patrice Barthès : J’ai aujourd’hui 52 ans et pourtant j’ai la vive sensation d’être au début du travail et je le mène avec sérénité. Artiste en résidence à l’École nationale supérieure d’architecture de Montpellier depuis déjà six ans, j’ai créé dans ce cadre Rendez-Vous, convergence chorégraphique pour cent danseurs au Festival Montpellier Danse, et j’ai été associé aux trois premières éditions de la ZAT, zone artistique temporaire à Montpellier. Dans toutes ces propositions s’articule une recherche entre le corps en mouvement et l’espace architecturé qu’il soit public, privé, intérieur, extérieur. C’est que je suis nourri par ça, par l’espace. Parce que je crois au rapport nécessaire entre l’espace intérieur et l’environnement. Je pense que si on n’est pas poreux on ne danse pas.

Pourquoi X Rotonda ?
X Rotonda est une expérience encore jamais tentée. D’abord c’est une pièce pour plateau, ce que je n’ai pas fait depuis 2008 car j’ai privilégié ces derniers temps les espaces in situ et extérieurs. Ensuite avec cette création je voulais répondre à comment traduire le vocabulaire architectural en écriture chorégraphique et musicale. Cette question de la cohabitation des arts me semble essentielle. C’est une relation à mettre en lumière entre le concret d’une architecture et l’immatériel, le non figé du chorégraphique et du musical. Puis lors d’une conférence j’ai découvert des images de la villa ”La Rotonda“, une des réalisations majeures de l’architecte Andrea Palladio (1508-1580) classée au patrimoine de l’UNESCO. J’ai alors fait une visite à Vicence en Italie et j’ai eu la chance de découvrir la villa sous la neige. Ce fut un moment très intense, puissant. L’architecture m’a paru tout à la fois massive et aérienne, comme si c’était une personne. J’ai décidé d’y organiser un workshop in situ avec des étudiants de Montpellier et de l’Université de Venise , travail qui a donné lieu à une publication “2010 Palladio”. Puis pendant trois ans, j’ai mené un workshop international dans différents sites toujours sur le même thème danse-architecture. Je n’ai donc pas cessé mon questionnement sur la confrontation de ces disciplines avec en creux un coup de cœur pour la Villa. J’y suis retourné avec Didier Aschour qui à partir du lieu a réalisé une composition originale pour 4 violoncelles. Il est allé très loin dans le rapport arithmétique avec la villa, soutenant ainsi l’idée de spatialisation du son, un son mobile comme le seront d’ailleurs les musiciens sur scène.

Pourquoi ce choix binaire de 4 danseurs et 4 musiciens ?
La villa Rotonda est l’exemple de l’équilibre propre à la Renaissance. Elle est écrite autour d’un plan centré, c’est pourquoi le carré de deux, 4 et 4, formé par les danseurs et musiciens. Mais comment transposer la rigueur de l’édifice au sein même de la chorégraphie ? J’ai alors créé une partition écrite des corps, ce qui dès le début offrait aux danseurs un cadre clair et contraint. Au final chaque interprète est comme une entrée dans la villa mais il peut aussi représenter toutes les pièces mise à part la rotonde. Il tient à la fois le rôle d’édifice et celui de visiteurs d’où un décor scénique très simple, épuré ; l’idée étant de formaliser le propos plastique plus via le travail sur le mouvement que par les objets ou la scénographie.

Votre place dans la danse contemporaine ?
La singularité de mon travail repose sur la volonté de sortir la danse de son espace de représentation car pour moi la danse n’est justement pas de l’ordre de la représentation. Elle a sa place dans le quotidien. En effet, il y a un réel enjeu du corps dans la Cité. La danse a une puissance politique énorme ! Et c’est une puissance autonome. Bien qu’ici la danse est révélatrice sensible d’un lieu, elle reste au service d’elle-même ; elle crée sa propre architecture, éphémère.

Entretien réalisé par Aude Courtiel

X Rotonda, spectacle co-accueilli par La Vignette et Montpellier Danse 2014-2015 Équipe artistique Chorégraphe : Patrice Barthès – Compositeur : Didier Aschour – 4 Danseurs : Olivia Caillaud, Iliana Coiquaud, Laura Boudou et Sylvain Beauchamps – 4 Violoncellistes : Félicie Bazelaire, Deborah Walker, Julie Läderach et Gaelle Costil – Dramaturge : Frédérique Villemur Création lumières : Hervé Duvel

Rencontre avec Patrice Barthès et son équipe artistique à l’issue de la représentation du mercredi 10 décembre. Patrice Barthès poursuit ses collaborations comme interprète puisqu’il participe également à la création de Striptease Forain de la Cie U Structure Nouvelle et à la reprise de Postural de Fabrice Ramalingom. patricebarthès&Cie a créé Jardins Enfouis au Domaine Départemental de Chamarande (91) en juin 2012, pièce qui a été reprise au Festival Uzès danse 2013.

photo Redouane Anfoussi

Photos Redouane Anfoussi, Alexis Lauthi

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