MONTPELLIER DANSE 2015 : LUIS GARAY , CHOREGRAPHE DE « COCOONING », ŒUVRE DU FUTUR

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INTERVIEW :  LUIS GARAY, chorégraphe colombien, artiste invité pour le Festival Montpellier Danse 2015 en collaboration avec le Centre dramatique national de Montpellier

Inferno : Vous êtes chorégraphe et performer colombien, vous vivez actuellement en Argentine, et voyagez beaucoup du fait des nombreux festivals auxquels vous participez. Néanmoins la France vous connaît peu ou pas assez, parlez-moi de votre parcours, de vos expériences.
Luis Garay : À 15 ans je suis arrivé en Finlande avec l’envie de chanter mais finalement et aussi parce que c’était plus facile pour moi qui ne parlait pas la langue, j’ai commencé à danser, à prendre des cours de danse contemporaine. Puis je suis retourné en Colombie et j’ai voyagé en Amérique du Sud pour finalement m’installer à Buenos Aires. Je suis devenu danseur professionnel avec également une formation en théâtre. À 21 ans après avoir travaillé avec différents chorégraphes j’ai présenté ma première pièce et j’ai réalisé que je préférais créer, mettre en scène qu’être moi-même sur les planches. J’ai eu de la chance je crois et tout s’est enchaîné très vite. J’étais invité à beaucoup de festivals. Très tôt j’ai eu l’impression d’avoir vécu tellement de choses et pourtant ce n’était que le début. À 34 ans je suis encore un jeune chorégraphe.

Comment s’est faite votre rencontre avec Rodrigo Garcia, nouveau directeur du CND de Montpellier, et qui vous a permis de faire le lien avec Montpellier Danse ?
Rodrigo Garcia a vu et apprécié mon travail lors du festival “Malta Poznan” en Pologne. Il m’a donné champ libre et ensemble on a programmé deux spectacles. C’était avant qu’il ne soit nommé directeur du CND. Puis l’idée et l’envie est venue pour Montpellier Danse. C’est une première pour moi ici mais l’année dernière j’ai fait une tournée en France avec le spectacle Maneries, une tournée organisée par ONDA, l’office national de diffusion artistique. Tout s’est très bien passé. Mais en vérité j’ai rencontré la France plus jeune à l’occasion de workshop avec Carolyn Carlson et Felix Ruckert.

Cocooning avant d’être une pièce est un concept exprimé par Faith Popcorn auteur américaine et que vous mettez en scène. Quel est ce concept, de quoi parle-t-il ?
Je voulais créer une réalité possible qui met en relation les hommes, la nature et les objets modernes. Et sur scène vous verrez ce mélange, avec du bois, de la pierre, de l’argile, des corps et des objets de technologie avancée Cette relation entre eux je la pousse à l’extrême, un extrême de catastrophe même. L’idée de cette réalité possible mais qui en soi n’existe pas je l’ai tirée du livre Extrañamiento del Mundo (L’exil du monde) du philosophe Peter Sloterdijk. En fait ce texte est le point de départ de ma création. Entre autres il dit “ l’histoire de l’être humain pourrait se résumer à une histoire de la dissimulation”. J’aime particulièrement cette phrase qui exprime que l’histoire de l’homme n’existe pas parce qu’au fond l’homme se cache de tout, de lui-même, derrière les autres, derrière les choses. Or le cocooning c’est ça : c’est l’acte ou l’action de se cacher. C’est aussi un espace qui laisse énormément d’ouverture, de possibilité. En effet si l’histoire n’existe pas alors elle est à faire. Et c’est ce que j’ai voulu créer, une fiction contemporaine. Mais attention la science-fiction ce n’est pas l’image réduite que nous en donne Hollywood Pour moi une science-fiction c’est une espèce d’exagération de la réalité, ce n’est ni un mensonge, ni une fantaisie.

Nous sommes dans votre salle de répétition, et il y a plein de choses partout posées ici et là, un décor à la fois simple et omniprésent.
Comme c’était le cas dans mes trois derniers spectacles, avec Cocooning je travaille essentiellement avec et autour de l’objet. Ici je mêle intimement objets animés, nous, les corps, et êtres inanimés. Par exemple, je trouve que le téléphone portable qui nous accompagne partout est un objet absolument incroyable, il m’inspire beaucoup. Je le trouve beau par sa matière, sa forme au-delà de ses fonctionnalités. J’essaie de pousser le lien entre l’homme physique et cet objet matériel à un haut niveau ; la relation étant déjà là, tactile. Moi je vais faire en sorte de la rendre encore plus forte, sexuelle. Ainsi je renvoie le corps et l’objet dans d’autres lieux, dans une autre conversation. L’objet devient une continuité de l’homme et il devient à son tour comme biologique, vivant. On ne peut plus vivre sans lui, on fait attention à lui, à son corps. Il devient un être qui nous affecte et qui parfois nous manque. En revanche la conversation entre les hommes, avec le langage ou l’écriture, devient quant à elle une œuvre archéologique, une œuvre du passé. C’est donc une réalité autre que je crée et que je donne à voir. Mais il ne s’agit pas d’une critique, je ne juge pas le monde d’aujourd’hui tel qu’il fonctionne et tel qu’il pourrait s’exagérer, j’y pose juste mon regard et mes idées.

Pour cette création vous travaillez avec trois comédiens espagnols de la compagnie de Rodrigo Garcia, ce ne sont pas des danseurs, alors en tant que chorégraphe quel est votre rapport au corps et plus généralement à la danse ?
Les corps sont tous des performers en puissance. C’est pourquoi avec Cocooning il n’y aura pas de rapport frontal entre les artistes et les spectateurs. Les spectateurs feront partie intégrante de la représentation, ils seront sur le plateau, ils seront eux aussi des performers, des sculptures à intégrer, à inventer, à moduler. Le but étant avec cette pièce d’habiter une fiction et d’y vivre une expérience de danse, autrement dit d’éprouver au fur et à mesure des modifications d’états, d’ambiances, de corps…

Interview réalisée en espagnol et traduite par Aude Courtiel

COCOONING, une création de Luis Garay avec HTH&CO le lundi 6 et mardi 7 juillet 18H théâtre de la Vignette, Montpellier durée 1h30 environ

Comments
One Response to “MONTPELLIER DANSE 2015 : LUIS GARAY , CHOREGRAPHE DE « COCOONING », ŒUVRE DU FUTUR”
  1. Romy Rolland dit :

    J’ai vu le spectacle hier au théâtre hTh de Grammont, j’en suis repartie affligée par tant de désolation, de mises en scène gores qui laisse un sentiment de désolation angoissante. J’ai vraiment regretté d’avoir fait 75km aller-retour et payé 20 euros pour un tel spectacle de performances, pour ma part inintéressantes qui ne font ni rêver, ni avancer le schmilblick. Pas besoin de ça pour comprendre que le monde d’aujourd’hui est assujetti à l’électronique jusqu’à une dépendance délétère…en bref très déçue

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