KAT VALASTUR, « AH, OH ! A CONTEMPORARY RITUAL ! », JUNE EVENTS 2015

Kat Valastur Ah ! Oh ! A contemporary ritual -®Dorothea Tuch 1

Kat Válastur, Ah ! Oh ! A Contemporary Ritual ! > A l’Atelier de Paris – Carolyn Carlson dans le cadre du festival June Events, le 20 juin 2015.

Kat Válastur est une chorégraphe d’origine grecque basée à Berlin. Après quatre pièces tournant autour de l’Odyssée d’Homère, dont la troisième partie a été présentée en 2014 par les Rencontres chorégraphiques de Seine-Saint-Denis, elle a entrepris un travail sur les paysages utopiques. Par l’utilisation qu’elle fait du cercle et de la répétition, elle s’inspire ici de la structure chorégraphique traditionnelle des rituels. Néanmoins, elle replace ces derniers dans un univers apocalyptique qui penche plutôt vers une dystopie inquiétante.

Ultra-moderne solitude

La scène est vide et noire. Un grand cercle est suspendu au plafond. Les différents tubes de néons qui y sont accrochés s’allument par intermittence, créant des effets d’ombre et de lumière minimalistes. La bande son, quant à elle, nous emmène dans des territoires larvés où les rythmes se dilatent en sourdine. On croit y déceler les éclatements d’une matière en fusion à travers les parois d’une poche lymphatique. Dans le fond du plateau, on entrevoit les danseurs, repliés sur eux-mêmes, les mains dans les poches. Ils portent des habits sombres qui rappellent un peu la communauté techno berlinoise que l’on croise à la sortie du Berghain les soirs de fête.

Ici, nous n’assistons nullement à une fête électro sous acide. Le climat est plutôt pesant. Les danseurs s’animent en-dessous du cercle lumineux. Les joues gonflées, les épaules et les coudes mobiles, ils évoluent dans un cercle où cependant, on ne peut pas dire qu’ils font groupe. S’ils exécutent des mouvements qui se ressemblent, chacun reste dans sa bulle. L’image d’une ultra-moderne solitude déjà chantée par Alain Souchon en 1988. La nouveauté de ce spectacle ne repose donc pas tant dans le thème, mais dans la matière que la chorégraphe grecque a choisie d’exploiter.

Les interprètes sont comme liés à leur propre corps. Les mains qu’ils conservent dans leurs poches quasiment tout le long du spectacle les confinent à leur propre espace personnel. Cependant, leur colonne vertébrale est souple. Ils jouent des coudes pour se glisser dans l’espace à la manière de reptiles pusillanimes. On ressent une grande angoisse à la vue de ces corps sans volonté. On les sens emprisonnés dans leur propre enveloppe charnelle, sans le pouvoir de s’y libérer pour aller vers l’autre, cet objet lointain.

Un univers vénéneux

Cette angoisse est aussi celle d’un monde contaminé. Car comme nous l’avons mentionné auparavant, les danseurs gardent les joues gonflées, comme s’ils portaient quelque chose qu’il ne leur était pas possible de lâcher. Leurs visages se déforment, leurs traits sont tirés, leurs corps ne vont pas bien. Ce volume d’air qu’ils portent en eux, ils se l’échangent, se le passent de bouches en bouches et de bouches en poches. Le cercle communautaire incréé est alors remplacé par un cercle vicieux, pour un rite contemporain effrayant.

Ce rite ne promeut ni la solidarité, ni l’union, ni l’équilibre d’une communauté liée par des intérêts communs. Il est à l’image de notre monde, regardé à travers un filtre particulièrement négatif. A un moment donné, les danseurs ôtent leurs vestes et leurs chaussures et glissent leurs mains dans un sac accroché au plafond. Ils en retirent un petit objet que l’on a du mal à identifier. Il s’agit en fait d’un morceau de pomme qu’ils mangent hagards, assis sur le sol. Loin de les soigner, cette matière organique les entraine dans une contorsion plus grande de leurs corps.

Ce rite ne va jamais jusqu’à la transe. Il ne décolle jamais vers quelque chose qui pourrait embarquer danseurs et spectateurs dans un moment à partager. Et sans doute est-ce là l’une des raisons pour laquelle cette pièce, malgré la beauté vénéneuse de l’univers qu’elle nous montre, nous reste un peu distante.

Quentin Guisgand

Ah! Oh! A contemporary ritual! sera présenté les 17 et 18 novembre au Théâtre de Nîmes.

Kat Valastur Ah ! Oh ! A contemporary ritual -®Dorothea Tuch

Visuels : Kat Valastur Ah ! Oh ! A contemporary ritual / Photos ®Dorothea Tuch

Advertisements

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

  • INFERNO RECRUTE SES CORRESPONDANTS EN MEDITERRANEE :

  • Allez :

  • HOMMAGE A MIKE KELLEY

  • UNTITLED FEMINIST SHOW / Young Jean Lee

  • PORTRAIT : STEVEN COHEN

  • SOPHIE CALLE : RACHEL, MONIQUE

  • ISTANBUL MODERN : VAPURS, BOSPHORE ET ART CONTEMPORAIN