ENTRETIEN : A TRAVERS LA PEAU, CLAUDE BRUMACHON ET BENJAMIN LAMARCHE, CCN DE NANTES

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ENTRETIEN : Claude Brumachon et Benjamin Lamarche

Livré à lui même le corps a certainement quelque chose à nous raconter. On l’écoute, attentif, aux aguets, sur le bout des sièges de la Chapelle des capucins, au Centre Chorégraphique National de Nantes, dirigé par Claude Brumachon et Benjamin Lamarche depuis 25 ans.

En Janvier 2016 ils quittent le CCNN, l’occasion pour la maison d’édition Joca Séria de figer leur parcours dans un livre qui retrace 25 ans de rencontre, de danse, d’amour, de chorégraphie, de création. Un départ panaché par une sélection symbolique de leurs pièces notamment  » Folie  » œuvre emblématique créé en 1989, interprété le 5 Décembre 2015 par les danseurs originels. Puis, une répétition publique d’une des premières pièces de Claude Brumachon  » Texane  » créée en 1988, aura lieu le 29 Décembre.

Après avoir assisté à la représentation de  » Folie « , l’émotion me submerge longtemps. Claude Brumachon et Benjamin Lamarche acceptent de me recevoir lors d’une répétition de la pièce  » Témoin « . Leur rencontre laisse une trace, un impact à même la peau, ni un bleu,ni une caresse quelque chose d’autre, de différent… Traversé par une urgence de vivre. Benjamin Lamarche prend le temps de répondre à ces quelques questions.

Inferno : Comment définir la gestuelle de Claude Brumachon et Benjamin Lamarche ?
Benjamin Lamarche : Le doigt parle aux orteils, la tête aux épaules, l’énergie circule. C’est une gestuelle reconnaissable, interprétée par le danseur, dirigée par Claude qui agit sur nous comme Socrate, il fait de la maïeutique, permet à l’individu d’accoucher du geste. Dans le discours on a souvent été taxé de violent, je crois que c’est véhément, passionnel, puissant, naturel dans le sens ou ça vient du corps lui même, de ce que nous sommes profondément.
L’espoir d’échapper aux conventions et en même temps ce n’est pas tant ça qui nous intéresse, c’est plutôt ce qui nous a contredit dans notre humanité. C’est un travail sur les matières du corps qui nous constituent en tant que corps animal et que corps humain, divisé par nos accords et nos désaccords, nos possibles et nos impossibles.
Il y a une recherche de notre profonde humanité, presque archaïque, retrouver le mouvement premier qui est largement identifiable dans la pièce  » Folie « .
Actuellement, nous faisons une recherche de la nature humaine, politiquement, dans le sens noble du terme. Qu’est ce que l’homme au milieu de lui-même, au milieu d’une société ? Qu’est ce qu’il s’apporte à lui-même, aux autres ? Comment un groupe s’associe, se dissocie, s’aime et se déchire ? Qu’elles sont toutes ces relations psychiques, sensibles, sentimentales, affectives et sociales qui nous font et nous défont. Tout ça passe par le geste, en mouvement, nous traverse. La singularité du mouvement par rapport à l’écriture, c’est d’ailleurs ça, le mouvement est éphémère.

Inferno : J’ai pu lire  » humain dites vous  » dont vous êtes l’auteur, publié chez Joca Seria, lié à la pièce de Claude Brumachon ou vous interprété Icare, il y a un rapport à l’écriture omniprésent chez vous ?
Benjamin Lamarche : On ne fait qu’un et donc notre parole, nos gestes, notre corps, nos cheveux, notre sentimentalité, notre sexualité, nous constituent, c’est ce qui est fondamental, on ne peut pas enlever le langage de ça, puisque le langage, c’est un attribut premier de l’homme finalement, donc oui j’aime beaucoup le verbe. On a effectivement relié certains mots à des gestes, faire  » une piscine  » c’est-à-dire que du sol, à plat ventre, on relève la tête brutalement. Quand on était dans le trajet pour l’écrire c’est devenu une évidence, tu lèves la tête de l’eau, tu respires, tu sors chercher l’air, chercher la vie. Il y en a d’autres, ce sont des gestes qui reviennent souvent sur lesquels on a mis des termes qui les résument ou qui illustrent le mouvement. Après dans l’écriture chorégraphique, c’est beaucoup sur l’interprète que Claude va travailler.

Inferno : La fidélité entre vous et envers les différents acteurs qui vous entourent est une sorte de passeport pour arriver à destination ?
Benjamin Lamarche : Il y a une fidélité de la part des danseurs qui sont là depuis deux, trois, dix, quinze ans parfois, pour  » Folie  » que nous avons dansé avec les premiers interprètes, pour certains, on ne les avait pas vu depuis 20 ans. Ils sont arrivés en doutant de ce souvenir de la chorégraphie et en deux heures ça revenait. C’est pour ça que je parle de la mémoire du corps. Et toujours un, deux ou trois nouveaux interprètes qui nous permettent de ré-apprendre ce que nous sommes, de nous ré-approprier ce qu’on a.
Effectivement il y a aussi la fidélité entre Claude et moi, il y a un accord de coeur comme pour la musique composé par Christophe Zurfluh, la lumière pour Olivier Tessier, Jean- Jacques Brumachon pour la photographie. Les chemins se croisent et se séparent, comme avec Christophe, le temps devient un lien qui nous permet cette évolution.

Inferno : Une relation à la chair et à l’os particulière ?
Benjamin Lamarche : Absolument, une relation à la chair entière, permanente, sensuelle, charnelle et l’os comme structure, comme armature dure, mais fragile et cassante.

Inferno : On ne peut pas sortir indemne de  » Folie  » je crois ?
Benjamin Lamarche : On ne devrait jamais sortir indemne de l’art. Effectivement pour les danseurs c’est difficile, on sort de scène et on est plus là. On n’est pas en transe pour autant, on m’a déjà demandé ça, mais je ne suis pas en transe du tout, sur scène je vois les autres, je sais ce que je fais. On n’est dans un autre réel, mais qu’est ce qui est réel ?

Inferno : Etre responsable d’un lieu comme le CCNN c’est ouvrir les portes de la danse, un espace de création… Qu’est ce qui vous a le plus marqué ?
Benjamin Lamarche : Une histoire de corps incroyable en général. Par exemple le travail avec les enfants de l’Institut d’Education Motrice la Marrière et l’école de Port-Boyer, un rapport au monde, au corps complètement différent. Les enfants s’oublient, ouvrent le fauteuil, leur corps, à d’autres perspectives, le regard des enfants sur eux même change, celui du spectateur change…

Inferno : Des projets futurs ?
Benjamin Lamarche Nous travaillerons pour le grand ballet de Genève en Mai une commande pour la création de Carmina Burana, après un détour par Madagascar et à partir de Septembre on s’installe à Limoges avec notre compagnie  » Sous la peau  » en tant qu’artistes associés des Centres culturels municipaux de Limoges.

Propos recueillis par Claire Burban

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Crédits photo : Pièce Folie – Photographe Laurent Philippe / Pièce Texane – Photographe Laurent Philippe

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