GEORGES APPAIX, « VERS UN PROTOCOLE DE CONVERSATION ? »

appaix

Georges Appaix, « Vers un protocole de conversation ? », théâtre Benoît XII. / LES HIVERNALES d’Avignon 2016 – 38e édition / 3-20 février 2016.

Georges Appaix danse encore, danse toujours et fichtrement bien ! Dans cette proposition présentée à Benoît XII, il offre une chorégraphie si ce n’est une mise en scène d’une rare intelligence. C’est très simple, « Vers un protocole de conversation ? » : c’est une main tendue et ouverte dans laquelle flotte trois interprètes. Mélanie Venino et Alessandro Bernardeschi ont chacun leur ligne de vie, leur langage, Georges Appaix les observe puis les rejoins pour une douce folie…Extatique, subtil, infiniment drôle, la danse et le théâtre en symbiose pour une conversation lumineuse !

Une découpe blanche sur Mélanie Venino à cour, une autre sur Alessandro Bernardeschi à jardin, le noir au centre plateau, silence… L’homme explose de paroles, la femme s’enflamme de mouvements : il lui parle, elle lui répond. L’intelligence de ce travail réside aussi dans cette prouesse, celle de donner au public tout le propos et ce dès la première seconde : « voilà tout est là, je vous montre tout et maintenant nous allons triturer cette matière ». Et d’ailleurs, de triturage de matière il en est aussi question avec l’aide de quelques serviettes en papier « cernées » par une batterie de ventilateurs actionnés par un Georges Appaix, enfantin, alors âgé de cinq ou six ans, pas plus ! Temps qui s’évapore, euphorie printanière d’une histoire qui naît, peu importe… le plateau devient terrain de jeu, « des billes plein les poches, j’ai dix ans… ». Elle s’approche, il se resserre, il continue d’interroger façon mitraillette à question et la sono vous balance la magie d’une mythique rencontre musicale entre Ray Charles et Betty Carter : là on ne joue plus, on arrête de respirer et on se délecte.

Il voudra apprendre le langage du corps qu’elle lui balance, elle acceptera ses mots, parfois, pas toujours, joueuse. Il voudra la fixer, l’immobiliser, la faire parler enfin, rien n’y fera. Ses mots à lui ne seront jamais que la meilleure « traduction » de sa danse, c’est l’euphorie d’une communication parfaite du moins c’est ce que l’on voudra croire.

On sait la condition toute particulière réservée à la littérature par Georges Appaix, ce pilier fondateur et porteur de son travail reste un des meilleurs gages d’une proposition construite, équilibrée et cohérente. D’un thème sans grande nouveauté mais pas sans risque, Appaix vous modèle un jouet, beau et bon pour ce que vous avez ! « Vers un protocole de conversation » va, en 55 mn, vous régler le problème avec brio, brillance et drôlerie. Et puis « protocole », on l’utilise aussi en médecine.

Vincent Marin

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