JOSETTE BAÏZ, « SPECTRES », VOYAGE DANS UN MONDE PARALLELE

Josette Baïz

JOSETTE BAÏZ – « SPECTRES » / L’Autre Scène, Vedène / festival Les Hivernales d’Avignon 2016.

Pour les Hivernales 2016, Josette Baïz et sa Compagnie Grenade, accompagnés du Quatuor Béla, proposent une heure de rêve, ou de cauchemar, avec cette création 2015. La Compagnie Grenade d’Aix en Provence fut créée en 1998 par Josette Baïz. Elle se compose de douze danseurs professionnels dont le métissage mêlé aux chorégraphies contemporaines en font sa signature.

« Nous contemplons l’obscur, l’inconnu, l’invisible. Nous sondons le réel, l’idéal, le possible, l’Etre, spectre toujours présent. Nous regardons trembler l’ombre indéterminée. Nous sommes accoudés sur notre destinée, l’œil fixe et l’esprit frémissant. Ô gouffre ! L’âme plonge et rapporte le doute ». Cette citation de Victor Hugo pourrait, à elle seule, résumer la dernière création de Josette Baïz car c’est précisément dans cette allégorie du chaos que plonge la chorégraphe aixoise.

Pour cette proposition « Spectres », Baïz explore ce monde fantasmagorique, fantastique et fantomatique qu’est celui des esprits, des revenants. Une chorégraphie aérienne pour un voyage dans un univers féerique, mystérieux et mélancolique où l’âme apparait indéniablement détachée du corps. Celui-ci ne serait qu’une enveloppe permettant la mobilité, la transmission d’un message via un monde parallèle. L’atmosphère floue et flouée s’opère, notamment, grâce à sept danseurs et au Quatuor Béla (deux violonistes, un alto et un violoncelliste interprétant des œuvres de Crumb, Oswald, Kurtàg, Alfred Schnittke et Britten NDLR). Danse et musique sont étroitement imbriquées dans une écriture chorégraphique originale et astucieuse : «Corps et instruments créent des souffles glacés, des rythmes boitillants et des chants suspendus… », accentuant cette sensation de flou artistique. Qui est qui, qui fait quoi, qui entraîne et/ou interrompt l’autre dans son mouvement ? Ramenant encore à cette notion de corps, enveloppe charnelle, qui n’est qu’un vecteur de diffusion (spectre dans son autre définition), tout comme peut également l’être la musique. Un fantôme n’est-il pas une apparition vaporeuse ou tangible d’un esprit ? N’est-il pas dématérialisé ? N’y a-t-il pas dédoublement ? Puis, de cette symbiose des interprètes naît le propos : les «Spectres» sont les danseurs et donc les cauchemars du Quatuor Béla. Tous évoluent dans un espace clos, circulaire, sans grande envolée comme prisonniers de leur rêve, de leur cauchemar et/ou de leur conscience ?

Par une scénographie d’une infinie justesse, Josette Baïz s’appuie, uniquement, sur des effets lumineux, mélange de jeux de clair-obscur et d’ombres portées façonnant ces univers spectraux et hypnotiques: danseurs, musiciens et spectateurs dans un état transcendantal. Le voyage dans les tréfonds de notre être est immédiat et total.

Audrey Scotto

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

  • INFERNO RECRUTE SES CORRESPONDANTS EN MEDITERRANEE :

  • Allez :

  • HOMMAGE A MIKE KELLEY

  • UNTITLED FEMINIST SHOW / Young Jean Lee

  • PORTRAIT : STEVEN COHEN

  • SOPHIE CALLE : RACHEL, MONIQUE

  • ISTANBUL MODERN : VAPURS, BOSPHORE ET ART CONTEMPORAIN