MARION MOTIN, LA CHOREGRAPHE QUI SUBLIME LA VIE

marion motin

ENTRETIEN : Marion Motin, chorégraphe invitée des « Lundis au soleil » du CDC Les Hivernales, Avignon.

Marion Motin – la chorégraphe qui sublime la vie et les corps !

Marion Motin, à peine 34 ans, connaît une ascension fulgurante, même si elle se refuse à le dire : « Je n’ai pas encore décollé, je suis tellement focalisée sur la qualité du travail à fournir que cela m’aide à me maintenir dans la réalité ». Obsessionnelle et exigeante envers elle–même, des artistes tels que Madonna, Stromae, Christine and the Queen, France Gall etc….l’ont bien compris en la sollicitant dans la réalisation de leur projet, et dont les univers, très différents les uns des autres, permirent à Marion d’exprimer toutes les facettes de son art.

Marion commença ces premiers pas de danseuse, comme souvent, par le classique. Elle bifurqua très vite vers le contemporain puis le Hip-Hop. Sa carrière naissante et déjà très substantielle, elle ne le doit qu’à sa persévérance, la multiplication des auditions, jusqu’à être repérée par Madonna (entre autres donc..) qui la choisit pour sa tournée MDNA en 2012. C’est alors que, de sa rencontre en 2013 avec Stromae, naît une envie de collaboration commune entre les deux artistes. Marion Motin démarre ainsi sa carrière de chorégraphe en réalisant certains clips du jeune chanteur. Le génie de sublimation s’opéra : « Quand je travaille avec des interprètes, ce sont eux qui m’inspirent, leur personnalité, leur gestuelle, leur univers musical. Je suis partie de son corps, de lui. Il a un type de morphologie qui amène à un style de danse. » Marion Motin observe les interprètes et les écoute ! : « Pour Christine and the Queen, nous avons eu plus d’échanges verbaux, elle a un « univers mental » très développé. Je me suis aussi nourrie de ses chansons et nous en avons fait un visuel de danse. Pour France Gall (« Résiste », 2016), ce fut pareil, elle sait ce qu’elle aime et n’aime pas ! Créer sur ses musiques fut un régal ».

La jeune danseuse ne compte pas limiter son art à la danse ni à la chorégraphie. C’est une approche globale qu’elle souhaiterait dorénavant installer dans ses spectacles personnels. Travailler aux côtés d’artistes qui se sont façonnés un univers, une image qui leur est propre, a fait prendre conscience à Marion qu’elle pouvait « sortir du cadre » et « multiplier les casquettes » (scénographie, lumière, costumes, accompagnée bien évidemment de professionnels pour le côté technique) afin de sublimer (dans son sens physique) au mieux sa créativité, son univers imaginé : « cela me permet de développer ce que je veux développer, d’aller puiser dans mes capacités ». Et des capacités, elle n’en manque pas ! Preuve à l’appui avec son groupe « Swagger Crew » (formé en 2009) qui se compose de sept danseuses et décroche le titre de vice-championnes de France du concours international de danse Hip-hop en 2010 et remporte Le Dance Delight 2010.

Aussi avec deux pièces, dont le succès (sans aucune communication) fut indéniable. La première, « In the middle » vit le jour en 2014. « Les retours que j’en ai eu, parle de Hip-hop « alternatif » car je sors du cadre habituel notamment en utilisant des musiques comme celles de « The Door », de « Lhasa » etc. qui sont inhabituelles pour ce style de danse. C’est donc un Hip-Hop instinctif et spontané qui ne se cantonne pas aux techniques enseignées. Ainsi, la danse devient de l’expression corporelle. Et je pense d’ailleurs mes spectacles comme des films qui se matérialiseraient en 3D. »

Sortir du cadre, la jeune chorégraphe sait faire et le pratique à merveille dans sa deuxième pièce de novembre 2015 : « Dharani », où deux danseurs hip-hop s’entremêlent à un contemporain. Tous trois sont sur scène pour exprimer la fragilité et la complexité des liens entre les jeunes adultes de notre époque. « J’ai voulu évoquer, ici, la vulgarisation des rapports sexuels et leurs dommages émotionnels, tant au plan corporel que physique. Mon parti pris chorégraphique fut de m’inspirer de contes fantastiques pour sublimer un état d’âme/physique difficile à aborder. »

Sa troisième création n’en est pas moins intimiste puisque qu’elle s’inspire de sa propre vie. De ce processus de création qui la happe sans cesse et l’amène à traverser des états très différents. « Je passe de l’intériorisation, à l’excitation, au plein état, puis à l’accouchement et au baby blues. Le cycle se termine souvent sur l’impression de ne plus pouvoir ou avoir l’envie de recréer. Puis la vie reprend son cours et ce processus de création ressurgit ». Sa recherche autour du cycle créatif, Marion Motin le dansera, bien évidemment, en solo et le prépare pour le printemps 2017.

Après la sublimation des corps, des genres et des rapports humains, Marion se prépare à celle de son processus de création. Qui, n’en doutez-pas, sublimera votre vie durant l’heure de représentation.

Audrey Scotto
Entretien du 15/03/2016

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