« ANNABELLA », JOHN FORD-FREDERIC JESSUA, THEÂTRE DE LA TEMPÊTE

annabella

ANNABELLA (Dommage que ce soit une putain) de John Ford (1633) / mise en scène Frédéric Jessua / traduction et adaptation Frédéric Jessua et Vincent Thépaut / Théâtre de la Tempête / Du 18 mars au 17 avril 2016.

Jubilatoire sera le mot juste pour décrire la mise en scène de Frédéric Jessua, mot souvent utilisé mais pas usé pour un sou. C’est en effet un état de jubilation que « subit » le spectateur pendant les deux heures de spectacle.

L’Annabella de John Ford est l’outil parfait pour jubiler : intrigue folle et à rebondissements, où tous les coups sont permis et tous les interdits brisés. Pas de jugement mais une liberté absolue de la dramaturgie interne à la pièce, mais aussi du metteur en scène dans son adaptation du texte, et des acteurs dans leur jeu. La scénographie « à tiroir » permet aux acteurs d’entamer une véritable course d’un étage à l’autre, d’une porte à une fenêtre, et d’emporter le spectateur avec lui. Les personnages défilent en ribambelle et se débattent avec les affres de leurs émotions contradictoires. Ça tire et ça ferme le rideau de scène avec fougue, tous les ressorts des conventions théâtrales sont mis à l’honneur. On est parfois personnage, parfois acteur, grandiloquent ou sincère, ça joue sans cesse et c’est bien ce qui est le plus plaisant.

Ici, les tabous sont soulevés. Un frère aime sa sœur jumelle et ensemble ils transgressent l’interdit ultime de notre culture judéo-chrétienne. Ensemble, ils aiment passionnément, l’inceste perdant à leurs yeux tout attribut d’immoralité. Dans le monde baroque et mouvementé mis en scène par John Ford, la question manichéenne du bien et du mal perd de son sens. Ici l’homme se débat face à ses propres désirs et face à un libre arbitre souvent difficile à assumer.

Les mots de l’auteur élisabéthain, modernisés par la traduction de Fréderic Jessua et Vincent Thépaut, résonnent comme les cris étouffés de nos révolutions quotidiennes. La langue crue raconte sans fard l’histoire de nos âmes perfides et rancunières, et les tragédies (extra)ordinaires de nos solitudes inéluctables. Cherchant à troubler l’ordre établi sans tout à fait y parvenir, mais jetant malgré tout le trouble. Tout est alors envisageable. Les époques et les styles s’interpénètrent, l’Angleterre élisabéthaine se marie à celle des années 60 à 90, et défilent à nos pieds des costumes et des personnalités dépareillées et savoureusement hautes en couleurs.

Moïra Dalant

Publicités

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

  • INFERNO RECRUTE SES CORRESPONDANTS EN MEDITERRANEE :

  • Allez :

  • HOMMAGE A MIKE KELLEY

  • UNTITLED FEMINIST SHOW / Young Jean Lee

  • PORTRAIT : STEVEN COHEN

  • SOPHIE CALLE : RACHEL, MONIQUE

  • ISTANBUL MODERN : VAPURS, BOSPHORE ET ART CONTEMPORAIN