« LA NOTTE », LA NUIT DENSE DE PIPPO DELBONO

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La Notte de Pippo Delbono, d’après La Nuit juste avant les forêts de Bernard-Marie Koltès, aux Bouffes du Nord du 1er au 2 avril 2016

Le théâtre des Bouffes du Nord présente un voyage à travers le monde musical de Pippo Delbono qui s’est clôturé par La Notte.

C’est au Festival d’Avignon de 1977 que Bernard-Marie Koltès présente pour la première fois La Nuit juste avant les forêts. Sorte de profération viscérale qui métisse poème et théâtre, la pièce originelle met en scène une parole ininterrompue, trouée d’angoisses puis d’espoir, jetée, un soir, au visage d’un inconnu. Avec La Notte, Pippo Delbono remodèle ce matériau étrange. Il l’actualise. Il l’adopte. Il l’absorbe. Il l’accompagne des riffs de guitare de Piero Corso. Mais la rage primaire demeure intacte.

Texte enchâssé entre deux lettres formant un écrin, sa noirceur irradie la scène comme des étés invincibles. La Notte, presque psalmodiée, devient au fil de la représentation plus intense, plus sombre, plus épaisse. Pippo Delbono chuchote lentement, gueule comme une bête des onomatopées insensées puis laisse des silences, alternant tour à tour les soupirs de la sainte et les cris de la fée. Ici, la voix mêlée aux sons électriques du guitariste ouvre un univers mental : on entend la pluie, on sent le froid et la présence de l’étranger.

La lecture devient alors la plus pure des mises en scène. Simplement car elle ne pardonne rien et elle dit tout. Dans ce cadre, chaque geste, aussi minime qu’il soit, est ébauché avec une densité redoutable. Les feuilles que Pippo Delbono tenait fermement dans ses mains s’éparpillent comme des vestiges sur le plateau. L’auteur tangue sur sa chaise avec ce grand corps maladroit presque brutal. Il se lève, s’assoit, nous défie, le sourire en coin. Et sur les murs abîmés du vieux théâtre qui bordent la scène, les surtitres sobres, dansent. Ici, le théâtre fait la peau aux masques, aux mensonges. Il se recentre vers une forme plus abstraite.

Avant de commencer sa lecture, Pippo Delbono avait d’emblée annoncé que « pour rester fidèle au texte de Koltès, il faut le trahir » Malgré le parallèle parfois trop prononcé entre la détresse du narrateur exprimée dans le texte de Koltès et celle des réfugiés ou des travailleurs modernes, la trahison reste encore magnifique.

Lou Villand

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