FESTIVAL D’AVIGNON : RENCONTRE AVEC MADELEINE LOUARN A LA FABRICA

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Madeleine Louarn : Rencontres de la FabricA / Festival d’Avignon 2016 / Mardi 19 avril 2016.

Pour tous ceux qui doutaient de la sincérité de la démarche de Madeleine Louarn, metteur en scène installée à Morlaix, ils ont du être rassurés lors de la rencontre organisée par le Festival d’Avignon qui préfigure sa venue lors du prochain festival avec sa nouvelle création Ludwig, un roi sur la lune, une pièce de Frédéric Vossier.

Madeleine Louran parle bien et simplement de choses néanmoins compliquées et qui ont intrigué – et intrigueront – les spectateurs présents hier à la FabricA.

Comment diriger des comédiens handicapés mentaux ? Sont-ils emplis de sentiments lorsqu’ils jouent ? Certains de demander « s’ils comprennent ce qu’ils jouent » ?

A toutes ces questions, Madeleine Louarn a des réponses simples mais fortes. Elle décrit avec des mots justes qui convoquent immédiatement dans notre esprit des images nous rendant perceptible l’expérience qu’elle traverse depuis de nombreuses années avec sa compagnie.

Ludwig II de Bavière est au cœur d’une période fameuse dans l’histoire de l’art et de l’Histoire tout court. On est en plein « romantisme allemand ». C’est même l’apogée des passions, du sentiment. On veut vivre cela pleinement, sans entrave… Ce que fera ce Roi à travers des constructions ruineuses et des choix qui trahissent ses passions.

Tout le travail de Madeleine Louarn va donc consister à transcrire cela dans un spectacle qu’elle décrit très musical, sans être « Wagnerien », et nous dit déjà que les comédiens seront sonorisés. Il était aussi nécessaire de faire appel au chorégraphe et danseur Loïc Touzé non pas pour « régler des danses » mais pour aider les artistes à ce que leurs gestes aient de l’ampleur. On est dans un monde de Rois…

Elle décrit aussi les artifices qu’elle emploi pour que les comédiens, parfois entravés par leur déficience, qui ne savent ni lire ni écrire, ne soient pas perdus sur scène en cas de trou de mémoire… Elle dit comment elle met en scène les souffleurs, à la manière des manipulateurs de marionnettes Bunraku. Elle aime jusqu’à l’idée que quelqu’un « vienne souffler le texte » comme si les comédiens le redécouvrait dans l’instant.

Madeleine Louarn a une confiance totale dans le théâtre. Elle dit que pour elle « c’est l’art absolu de la liberté, de l’émancipation même ». Et si le théâtre peut soigner – ce qui n’est pas le sens de sa démarche – il peut rendre fou ! Elle aime voir les comédiens s’emparer de la langue de l’autre et reste fascinée par leur « capacité de métamorphose ». Sur scène, on ne voit plus un être différent mais un personnage, un Roi, une Reine… tout semble aboli…

Alors oui, malgré les obstacles de la mémoire, Madeleine Louarn dirige les comédiens de sa troupe. Elle travaille longuement en amont. Prend le soin d’amener les sujets du texte par de longues séances où elle projette des films. Elle a relu avec eux tous les carnets intimes du Roi de Bavière. Elle échange avec les comédiens, retient des situations, des mots clés pour stimuler leur imaginaire. C’est ainsi qu’elle les prépare à la base textuelle. Elle travaille à partir d’improvisations sur des sujets qu’elle fixe dans le but de s’en servir pour le spectacle et, évidemment, les comédiens, parfois inconscients du sens de ce qui peut nous toucher, inventent des choses auxquelles elle ne s’attendait pas. Elle les fixe avec eux pour les retrouver plus tard. « On est sur des bordures », des endroits où l’on n’a pas été et où seuls ces comédiens-là peuvent aller, dans une totale liberté d’interprétation, sans nos références, juste avec les leurs, à partir de ce qu’ils perçoivent de notre monde.

Ce Ludwig, dernier des Rois d’Europe comme on a coutume de dire, dont le règne annonce la fin du monde, d’un monde en tous les cas ; on est dans les années 1860 -1870 qui annoncent le conflit entre la France et la Prusse et les premières modifications de frontières, toutes les institutions vont être remises en cause. Pour traduire cela il fallait une « pièce paysage », en opposition à une « pièce narrative ». Celle qui sera présentée en juillet à Avignon est formée de petits morceaux qui s’assemblent. La langue de Frédéric Voisier est très dense. Elle ose à la fois les mots et les situations. Il faut faire comprendre aux comédiens les enjeux de ces actions à jouer en intégrant leur propre perception des choses, leur envie aussi de le faire – ou pas – et s’ils ne veulent pas, on ne leur fait pas faire ! C’est aussi une autre contrainte…

Comme on l’a compris dans cette rencontre, ce Ludwig sera un grand moment de révélation d’une démarche artistique singulière portée par des comédiens qui apporteront leur étrangeté dans un festival qui peut parfois en manquer…

E. Spaé

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