EXPOSITION DES COLLECTIONNEURS DE BANKSY A ROME

bansky

Rome, correspondance.
Exposition des collectionneurs de Banksy à Rome

Guerre, Capitalisme & Liberté, la rétrospective organisée au Palazzo Cipolla à Rome par le galeriste Grec basé à Londres Acoris Andipa tente une nouvelle formule d’institutionnalisation du Street Art en rassemblant uniquement les œuvres collectionnées de Banksy. Une opération qui ne nécessite pas le consentement de l’artiste voire même le contourne.

On y apprend que Banksy participe activement à son marché en vendant les reliques de ses interventions urbaines ou des sérigraphies de ses graffitis les plus connus. L’exposition dérangera-t-elle Banksy? Doit-on s’attendre à voir surgir un graffiti sur les murs de Rome? Le président de la Fondation Terzo Pilastro qui soutient l’exposition invoque un coup de théâtre.

Grâce à son anonymat, l’enjeu créé par Banksy, star internationale du Street Art, est particulièrement propice à la spéculation, d’autant plus qu’il est muable et sans visage. Un privilège exceptionnel – propre aux collectionneurs plutôt qu’aux artistes – qui laisse perplexe d’autant plus que Banksy multiplie les messages politiques. À tel point que la question n’est plus de savoir comment fait Banksy pour préserver son anonymat mais pourquoi jusqu’ici les autorités (anglaises) le lui ont concédé.

L’anonymat, probablement la clé du succès de Banksy, n’est pas un problème que se pose le galeriste Andipa qui déclare se concentrer uniquement sur la qualité et la force de ses œuvres. Qu’est-ce qui fait que l’art de Banksy soit un art de qualité? Selon Andipa, l’intelligence de ses œuvres au même titre que Picasso.

Qu’est-ce que le Street Art? Andipa me répond qu’à son avis le Street Art doit rester dans la rue mais peut rentrer dans un musée dès lors qu’il est commercialisé ou en tant que label. Son exposition à Rome est-elle un moyen légal de faire des expositions de Street Art? Andipa répond que son exposition n’a rien à voir avec le Street Art mais est le fruit d’une collaboration entre curateurs, le résultat de la vision d’une fondation, de prêts de collectionneurs.

Au-delà de l’intention héroïque et sociale du geste de Blu, le street-artist aspire de plus en plus à garder le contrôle de ses œuvres alors qu’elles sont peintes la plupart du temps illégalement sur des murs de propriété publique

Mais comment institutionnaliser le Street Art? C’est le problème qui fait polémique en Italie depuis l’appel lancé en Mars par le street-artist Blu contre l’exposition « Street Art, Banksy & Co » voulue par le grand patron Fabio Roversi Monaco au Palazzo Pepoli à Bologne jusqu’au 26 Juin. Les fans de Blu étaient venus en masse effacer tous ses graffitis des murs de Bologne.

Au-delà de l’intention héroïque et sociale de son geste, le street-artist aspire de plus en plus à garder le contrôle de ses œuvres alors qu’elles sont peintes la plupart du temps illégalement sur des murs de propriété publique. Blu a donc agi deux fois de manière illégale : en peignant d’abord sans autorisation sur un espace public, puis dans un deuxième temps, fort d’une certaine popularité, en détruisant une œuvre avec le temps devenue de fait affaire publique et, qui plus est, en cours d’institutionnalisation, procédure inévitable à un certain niveau de popularité.

Le statut indéfini du Street Art crée un terrain ambigu et alternatif où fleurissent les récupérations politiques, mais l’autodestruction de Blu prouve que le street-artiste aujourd’hui ne peut plus se revendiquer comme figure marginale. Au contraire, en recourant au Street Art, l’artiste veut précisément prendre part aux négociations générées par son geste en sautant simplement les étapes.

Pour finir, l’intérêt esthétique du Street Art est rarement supérieur à l’intérêt politique, il s’agit le plus souvent d’un fait accompli administratif offert à l’exploitation. Mais pour s’opposer à l’exploitation comme l’a symboliquement tenté Blu, il ne suffit pas de créer une pression sociale autour d’une œuvre dont l’exécution illicite a été réhabilitée par sa popularité.

Raja El Fani

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