« BARBARIANS », HOFESH SHECHTER, THEÂTRE DE LA VILLE, PARIS

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BARBARIANS, Hofesh SHECHTER, Théâtre de la ville à Paris du 30 mai au 4 juin, Maison de la danse à Lyon du 7 au 11 juin 2016.

Créé sur commande pour le Festival d’Avignon 2015 par le chorégraphe israélien Hofesh Shechter, Barbarians fonctionne à la manière d’une bombe. Le spectacle dégage une énergie primaire atomique par le déchainement en chaîne des corps libres. Il perd aussi, au fil de la représentation de sa puissance par l’alliage détonnant de styles bariolés, l’éclatement formel en trilogie puis surtout son ambition – celle, fatigante, de vouloir cerner la notion de « barbares ».

La scène inaugurale emprunte à la Guerre des étoiles un esthétisme post-apocalptique. Des faisceaux de lumières blanchâtres sculptent les cinq corps pâles qui surgissent d’un trou noir comme des hologrammes. Sur fond d’explosions sonores, de mélodies de cour dix-septièmiste ou de rythmes trans-électro, les barbares commencent une danse tripale. Ils impriment à leurs corps des mouvements cohérents et primaires. A la fois ancestrale, historique et actuelle, la chorégraphie se veut cosmique. Elle transcende les genres, les postures, les impostures.
Puis, entracte. A la première partie lunaire, succède une deuxième séquence solaire. Des danseurs électrisés comme s’ils étaient sous acides portent des combinaisons en latex citron qui jaunissent de sueur. Ici, le chorégraphe joue sur les contrastes, chaque nouvelle scène faisant office de contrepoint à la précédente jusqu’à la troisième séquence proprement illisible. C’est ainsi qu’un étrange duo (un homme en culotte de peau et une femme en pantalon de tailleur et chemise) entame une chorégraphique pseudo–sensuel devant la horde des autres barbares. Et la beauté brutale des premières images s’évanouit comme si à force de vouloir tout dire, la chorégraphie ne signifiait plus rien.

Pire encore, elle devient inaudible. La succession de transes est régulièrement coupée par deux voix, une première robotique qui questionne, une deuxième, celle d’Hofesh Shechter qui répond. La démarche se veut intimiste. On aurait pu voir une allusion au poème de Verlaine, Langueur : « Je suis l’empire à la fin de la décadence qui regarde passer les grands barbares blancs, en composant des acrostiches indolents, d’un style d’or où la langueur du soleil danse ». Pourtant, cette première impression est rapidement effacée par Hofesh Shechter lui-même qui claironne, pour justifier sa création, « je suis un cliché ».

En ce sens, la danse atteint véritablement son but. Elle est barbare – ceci au sens étymologique du terme, étant précisé que ce mot était employé par les grecs pour désigner ceux dont le langage leur paraissait inintelligible.

Lou Villand

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