REGINE CHOPINOT, « PIECETTE », HÔTEL DES ARTS TOULON

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« Piécette » : Quand l’art de l’écoute et de la discussion devient terrain de jeu.

« Des fenêtres sur cour » et sur extérieur algérien: telle fut l’exposition photographique en cours de l’Hôtel des arts de Toulon, dédié aux arts contemporains. C’est dans cette salle que Régine Chopinot, née en Algérie; tiens donc!, pose danseurs et musicien. Face aux compositions de Marie Bovo propices à l’évasion et dos à une jauge très intimiste, les trois protagonistes de « Piécette » se préparent. Que le jeu commence !

Ici, pas de place à l’introspection: nos trois individus se retournent et commencent à faire entendre leurs voix et leur corps…Dans une époque équivoque régit par les télécommunications, les discours s’éparpillent et s’appauvrissent. Avec « Piécette », ils reprennent force et profondeur, portés par deux danseurs, interprètes ici et chorégraphes ailleurs, et un percussionniste, tous de chair et d’os, aux langages verbaux et corporels bien distincts.

La délicieuse Simonne Rizzo commence à s’exprimer. Arborant un sourire extatique qui ne la quittera pas, des « Oui » jaillissent de sa bouche et modèlent sa gestuelle, tout en rondeur. Sous fond de percussion du jeune virtuose espagnol Curro Escalante Vargas, Simonne Rizzo s’amuse à occuper l’espace de manière circulaire – cercle: élément chorégraphique réunificateur – et le marque de son empreinte légère et volubile. Les percussions rythment son mouvement de manière animale et instinctive, tel un retour aux sources du langage. Elle hypnotise, John Bateman l’écoute assis dans un coin de la salle. Puis arrive son tour…L’énergie très découpé de son solo contraste avec celui de Simonne. John Bateman semble angoissé, chercher son chemin par des gestes multidirectionnels proches d’un Art Martial. Son expressivité plus fermée répond à celle de sa compagne de jeu par des « Non ». Curro Escalante Vargas souligne sa gestuelle non plus de ses percussions mais de castagnettes à la sonorité plus stridente, agressive. Comme pour mieux les écouter, leur tenue vestimentaire est d’une sobriété éclatante, loin des collaborations antérieurs de Régine Chopinot avec Jean Paul Gauthier et Chantal Rousseau. Seul accessoire commun aux trois protagonistes: des lunettes rondes de bois et sans verre, du sur mesure façonné par Grégory Grañados, que la chorégraphe désigne comme étant des « objets regard » faisant « partie intégrante du jeu ». Ils se les échangent, donc, comme une tentative d’imposer à l’autre son point de vue? Puis advient la réunion de ces deux corps et donc, de leur esprit. Hymne à l’Argentine où fut créée « Piécette », un « Si » unificateur est crié par les danseurs. Leurs lunettes levées des yeux, l’harmonie surgit, ils s’enlacent, apaisés.

« Piécette » la mal nommée! Sauf si elle fait référence à son format: trop court ! Car que les yeux et les oreilles se délectent de cette partition rythmique d’une grande intelligence et sensibilité. Que ceux qui ne l’auraient pas encore vue se rassurent; Régine Chopinot continue de la porter, notamment à Châteauvallon le 3 octobre 2017.

Audrey Scotto

« Piecette », Photo Joao Garcia

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