FESTIVAL D’AVIGNON : « IBSEN HUIS », LA MAISON DE TOUS LES SECRETS

71e FESTIVAL D’AVIGNON : « Ibsen huis » Texte et mise en scène Simon Stone d’après Henrik Ibsen – Festival d’Avignon 2017 – Cour du Lycée St Joseph du 15 au 20 juillet à 21h00.

La maison de tous les secrets

Pour sa première venue au Festival d’Avignon, Simon Stone met en scène « Ibsen huis » comme il sait si bien le faire, c’est à dire en retravaillant les textes à force d’improvisations et de réécriture. Il en résulte un texte fortement familier et contemporain qui s’attache à faire entrer chaque spectateur au cœur de cette histoire d’une famille en pleine implosion.

Epicentre de ce spectacle, la maison d’Ibsen trône au milieu de la cour du lycée Saint-Joseph. Construite d’une ossature de bois, elle laisse apparaitre son apparente intimité au travers de larges baies vitrées. D’emblée le public découvre un instant de vie en train de prendre forme, une comédienne jouant l’intimité du matin d’un couple. On s’habitue au fur et à mesure à observer ces moments de vie des membres d’une famille en plein déchirement. Basculant à différentes époques des années 60 à nos jours avec des déplacements incessants dans le temps, Simon Stone parvient à ne pas lâcher le public dans cette multiplicité des allers-retours dans le temps.

Simon Stone détricote les fils de cette tragédie familiale où chacun tente de survivre à son passé et de faire face à son avenir incertain. Tous les ingrédients de la tragédie sont présents dans cette descente aux enfers. Au centre de la famille, « Cees », ce chef de famille autoritaire et colérique au travers de qui chaque destin va se courber et finir par se briser. Autour de lui, telle une cour autour d’un tyran ou d’un démon, le reste de la famille se déchire. Tout n’est que secrets et non-dits dans ce petit monde, comme empêtré dans cette fange familiale.

L’apparente légèreté de quelques scènes est systématiquement mise à mal par une tension extrême de chaque moment, comme des prémices à l’explosion à venir. Cette maison d’Ibsen à quelque chose d’un volcan satanique transmettant sa fureur et sa folie à tous ses habitants au travers d’un destin funeste. La maison tourne et tous s’enfoncent happées par ce vortex funèbre et leurs vies ne peuvent résister à ces sables mouvants dans lesquels ils s’enfoncent inexorablement tout au long de la pièce et dans lesquels ils se débattent pour respirer, soigner leurs blessures et tenter de vivre.

Les comédiens néerlandais du Toneelgroep Amsterdam jouent avec un réalisme constamment sous-tendu par une tension dramatique laissant les spectateurs au bord de l’asphyxie. Chacun de nous se sent lui aussi hanté par cette maison construite plus de fantômes et d’âmes damnées que de bois et de verre. On ne peut sortir que bouleversé de cette pièce tant Simon Stone nous plonge subtilement dans l’intimité mortifère de cette famille au-delà du temps qui passe, car le temps n’a pas de prise sur la maison d’Ibsen, seuls les secrets en ont.

Pierre Salles

Photo : Ibsen huis © Jan Versweyveld.

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