FESTIVAL DES ARTS BORDEAUX : UNE PREMIERE SEMAINE « PEPITANTE »

FAB du 5 au 25 octobre 2017; « Hémistiche et Diérèse » de la Cie Thomas Visonneau, les 6 et 7 octobre, Molière-Scène d’Aquitaine ; « A String Section » de Reckless Sleepers, les 7 et 8 octobre, Jardin Public, Miroir d’eau, et CAPC de Bordeaux.

FAB : Une première semaine « pépitante » (épisode 1)
Si l’intérêt d’un festival se mesure – entre autres – à sa capacité d’animer un territoire en essaimant dans une quarantaine de lieux différents de la métropole bordelaise des spectacles mêlant des artistes internationaux à des compagnies nationales ou régionales, FAB remplit à coup sûr ce cahier des charges. Scènes et espaces, publics ou privés, à jauge importante ou plus confidentielle, sont ainsi investis, trois semaines durant, comme lieux de représentations festives, souvent passionnantes, offrant à côté de créations à budget conséquent des découvertes qui pour être plus modestes n’en sont pas moins des identités remarquables. Certaines d’entre elles étant même « carrément » offertes gratuitement au public.

Ainsi « Hémistiche et Diérèse », présenté dans la petite salle de conférence Molière -Scène d’Aquitaine, s’est révélé une trouvaille des plus réjouissantes. Thomas Visonneau, son metteur en scène en préparation d’« Horace », donné début 2018 à la Scène Nationale d’Aubusson, a conçu là une forme rudimentaire (une table, un tableau de conférencier) dont les effets sont des plus bluffants. Jouant à l’envi avec les ressorts dramatiques du théâtre de tréteaux, pas loin de la farce des bonimenteurs, deux jeunes comédiens nommés pour l’un Hémistiche (Erwan Mozet), pour l’autre Diérèse (Lorine Wolff), se livrent à une (fausse) conférence désopilante. Son enjeu est une sorte de remake de la Querelle des Anciens et des Modernes ayant opposé au XVIIème les partisans du retour aux règles originelles à ceux qui voulaient assouplir les préceptes antiques.

Une demi-heure menée tambour battant pour faire entendre haut et fort la diction du « chant du bouc » (là où trouve sa source le mot tragédie « qui par la terreur et la pitié purge des passions » Cf. Aristote), décliner la règle des trois unités, livrer l’origine de l’alexandrin que l’on doit à un certain poète Lambert Le Tort, auteur moyenâgeux d’une version du « Roman d’Alexandre » (ce fou sanguinaire et violeur dont l’Histoire a magnifié la « boucherie héroïque »), ou encore scander avec délectation le mètre enrichi de sa fabuleuse di-é-rèse.
Mais les conférenciers ne font pas que conter facétieusement la grande et petite histoire de la versification classique, ils en délivrent corporellement la substantifique moelle en se lançant littéralement à la figure des tirades épiques. Ainsi celle où Horace, retrouvant sa sœur Camille dont il vient de tuer l’amant (l’un des trois Curiaces), tranche la gorge de cette dernière qui a osé dans ses imprécations attenter à l’honneur de Rome, « unique objet de son ressentiment ». De ce corps à corps sanglant, couverts d’hémoglobine (de théâtre) et faisant face au public, Hémistiche et Diérèse se relèvent pour déclamer chacun une chute hautement racinienne et cornélienne, apothéose flamboyante de cette traversée jubilatoire en terres de tragédies classiques dépoussiérées à jamais des scories des tirades scolaires ânonnées.

Quant à « A String Section » réunissant – pour sa première française – dans l’espace public bordelais (Jardin Public et Miroir d’eau) ou encore entre les murs du prestigieux CAPC (Musée d’Art Contemporain) cinq performeuses des Reckless Sleepers, il a étonné brillamment le public jusqu’à créer une symbiose empathique avec les cinq jeunes femmes en « petite robe noire » et escarpins, usant chacune de leur instrument – une scie égoïne très affutée – pour scier les chaises sur lesquelles elles avaient sagement pris place. Face à un public médusé par tant d’expertise équilibriste, en gardant une posture toujours digne malgré les contorsions improbables de leurs exploits physiques aux limites de l’impossible, elles ont fait corps triomphalement avec l’objet de leur désir (la chaise qui leur sert d’assise) tout en le massacrant religieusement de leurs traits de scie appliqués.
Quarante minutes d’extase énergétique pour réduire à sa portion congrue chaque chaise castrée ainsi de ses pieds et dossiers et gisant dans un océan de sciure. Avec un humour subtil et une dignité qui leur sied à merveille, ces charmeuses tigresses aux allures bcbg ont démontré de manière subliminale qu’il fallait toujours, en la femme séduisante, se méfier du feu ravageur qui dort.
A suivre…

Yves Kafka

STRING SECTION photo Sven Becker

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