A MONTPELLIER, RIZZO ET CHARMATZ SONT DANS UN BATEAU

Boris Charmatz « Danse de nuit » et Christian Rizzo « d’à côté », HTH et Montpellier Danse – 6 et 7 octobre 2017

D’à côté, la dernière création du directeur du CCN de Montpellier (Christian Rizzo), est présentée pour la première fois depuis bien longtemps hors de la programmation de Montpellier Danse. Ce spectacle ouvre même le bal d’une programmation parallèle, au sein du CCN. La public n’est, à vue d’œil, pas le même: plus bigarré et jeune mais beaucoup plus bourgeois, donc sage. La création de Rizzo est un spectacle pour tous à partir de 6 ans et il y a fort à parier que l’ambiance dans la salle n’a rien à voir à 19h et en scolaire…

Dans une scénographie de blanc, pleine de silence, une plante. Il s’agira bien de pousser, de quête, de grandir : on s’adresse à du jeune public tout de même. On s’adresse surtout aux garçons, puisque le héros et ses comparses (adjuvants et opposants) sont tous des garçons. On évolue dans tous les codes dû jeux vidéo : costumes, décors, masques, musiques s’inspirent à la fois des dessins animés des années 70 (la Linea, Cocoshaker…) et des jeux vidéos d’aujourd’hui. Le chorégraphe contemporain cherche à séduire la jeunesse par des codes qu’il connaît et qu’il maîtrise déjà. Il s’agit de contemporanéiser Mario et consorts, de déplacer le regard sans le perturber.

Heureusement, la danse est là. Elle est à la fois antique et inouïe : une danse jamais entendue. Les trois interprètes sont superbes car il mangent le plateau sans goinfrerie, ils s’investissent sans le montrer, il sont performants sans performer. C’est une danse généreuse, pour le public, pas nombriliste pour un sous. Cette danse s’inscrit complétement dans le parcours de Christian Rizzo tout en évoluant ailleurs, sans aucune redite. Les trois danseurs, Nicolas Fayol en tête sont méconnaissable tant il ne s’agit pas de se mettre en avant mais de porter une chorégraphie, un espace, une narration. Il est suffisamment rare pour être précisé que d’à côté est un spectacle sans ego mais avec du désir. On considère tout le monde et en premier lieu la danse.

Pendant un petit temps, les enfants cherchent à attraper la fumer. Ils placent l’invisible et le magique au bon endroit.

La soirée se continue à 21h par Danse de Nuit de Boris Charmatz présenté par HTH dans le cadre de la splendide dernière programmation de Rodrigo Garcia, accompagné par MontpellierDanse.

La fashionweek que représente le public de ce soir se dirige avec élégance vers le spectacle. On est sur une place (celle de l’Europe en l’occurrence, cela aura sa signifiance), mélangé aux danseurs tout de fluo vêtus et aux badaud qui zieutent ces hurluberlus gesticulants.

Les danseurs et l’espace sont éclairés par d’autres humains et le public forme l’espace de jeu. Tout le monde à sa place, son rôle, son utilité : le porteur de lumières, le porteur de sens, le porteur de scénographie… Chacun devient rentable et pendant ce temps là, Charb est mort.

La Danse est très illustrative mais, de facto, accessible et fascinante. Il y a quelque chose des danses dans les dessins animés de la Warner des années 60. On joue avec les mainstream chez les chorégraphes de maintenant. Le propos du spectacle ne dépassera pas d’ailleurs la pensée des mass médias : le terrorisme est terrible, les attentat attentent, la mort est morbide. A peu de chose près, c’est le niveau de non-intelligence du spectacle, la sincérité en plus. Heureusement, elle sauve tout.

Un homme passe et fait la roue, pour faire comme les danseurs ou pour se faire remarquer lui aussi. Ces irruption de la réalité (mais pas pour autant du réel) place le spectacle du côté du spectaculaire : il ne se fonde pas dans la ville, il la rend plus concrète.

Aussi parce qu’il y a un investissement, une conviction, un plaisir chez tous les interprètes qui rend le spectacle extra-ordinaire et qui donne envie de se réfugier dans leur espace, dans leurs têtes (si on laisse de côté les jeux plus ou moins intelligents sur les archétypes identitaires que le chorégraphe n’arrive pas à mettre réellement en perspective).

Le spectacle alterne les idées, les flashs, d’une chanson enfantine à la maraude des militaires dans les transports publics, de la farce grotesque au réel tragique -ou au tragique du réel-. Le texte de Tim Etchells est aussi brillant que l’interprétation de Julien Gallée-Ferré parce que c’est à la fois lourd, dense mais complètement dégingandé et farfelu. Farfelourd.

Deux jeunes passent et s’arrêtent. « C’est d’la merde » dit le premier, « Non, c’est d’la danse » répond le second. Tout est dit.

Bruno Paternot

« d’à côté » de Christian Rizzo, prochaine date : 22 au 23 novembre 2017 au TANDEM – Scène nationale, Douai

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