FESTIVAL D’AVIGNON : « BLANCHE NEIGE, HISTOIRE D’UN PRINCE », LA BELLE OUVRAGE DE MICHEL RASKINE

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FESTIVAL D’AVIGNON. « Blanche Neige, histoire d’un prince » – Texte : Marie Dilasser – Mise en scène : Michel Raskine – Chapelle des Pénitents blancs, du 6 au 12 juillet à 11h et 15h – relâche le 9.

Voilà bien une fois de plus que ces formats courts proposés dans le cadre du Festival d’Avignon créent le buzz tant les metteurs en scène, peut-être moins écrasés que dans une Cour d’Honneur au plateau démesuré, débrider leur imagination et prendre tous les risques. Et c’est bien le cas ici où le metteur en scène Michel Raskine propose une revisite déjantée du célèbre conte des frères Grimm « Blanche Neige ».

Exit le pitch du conte ! Pour le coup, l’action se situe au-delà de la fameuse phrase. « Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants … », une phrase que chaque enfant entend à la fin de nombreux contes, mais est-ce vraiment ce qu’il se passe ? Ont-ils été heureux des siècles et des siècles avec une princesse dévouée à tenir son intérieur et à faire des enfants à un prince ne faisant pas grand-chose si ce n’est aller à la chasse ? Tel est le point de départ de ce bonbon acidulé. Le prince est vieux et la belle Blanche Neige n’est plus amoureuse de lui, pire… elle est folle de Monsieur Seguin. Dans les forêts les 101 nains sont las de ce qu’est devenue la forêt et finiront par vouloir faire la peau à Blanche Neige et son Prince.

Inutile d’aller plus loin pour comprendre que l’auteure et le metteur en scène ont complètement fait exploser le texte des Grimm. Fini la belle écervelée et le royaume idyllique, ici les grands ont détruit la terre par d’incessantes fêtes et Banche Neige en a plus qu’assez d’être prise pour une gourde et une bonniche. Elle espère juste s’émanciper ! Pour mieux brouiller les cartes le rôle de Blanche Neige est tenu par le comédien Tibor Ockenfels et le rôle du prince par la comédienne « Marief Guittier », tous deux excellents dans cette composition de deux déglingués de la vie de château. Aux commandes d’une scénographie proche d’un théâtre de tréteaux, « La souillon », interprétée par Alexandre Bazan, tire les cordes à vu, passe avec drôlerie d’un tableau à l’autre ou donne vie à « Lèche Botte », l’un des 101 nains, le chouchou du prince, sous la forme d’une marionnette d’acier assez proche d’un robot.

Toujours à la limite d’une imagerie loufoque quasi glauque, aux accents faits d’un mélange de Tim Burton, de Tex Avery ou des dessins du magazine Mad, la mise en scène entraîne le public, jeune et moins jeune, dans cette revisite décapante et jouissive aux multiples degrés de lecture.

Le metteur en scène Michel Raskine offre ici un très beau moment de théâtre en construction qui réinvente les contes pour ces enfants du XXIème siècle qui prennent de plus en plus conscience que les nouveaux enjeux pour la planète et pour nos sociétés ne sont plus ceux de ces contes d’antan et que le féminisme, mais surtout l’égalité et l’écologie, doivent maintenant faire partie de l’éducation au travers de ces textes formateurs. Reste à convaincre davantage les parents, souvent frileux pour faire découvrir ces nouvelles relectures à leur progéniture et pour faire confiance à leur intelligence et leur imagination.

Assurément une des révélations de Festival d’Avignon pour laquelle on en vient presque à se dire qu’un format un peu plus long n’aurait pas été superflu.

Pierre Salles

Photo © Christophe Raynaud de Lage

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