COLLECTION LAMBERT : MONDES ET MERVEILLES !

Collection Lambert Avignon – Le fonds de la Collection/Eva Jospin/Pascale Marthine Tayou – 1er juillet – 19 novembre 2023.
Mondes et merveilles !
Au moment où Alain Lombard quitte la direction de la Collection Lambert d’Avignon pour laisser la place à François Quintin, actuellement délégué aux Arts visuels au ministère de la Culture à Paris, Stéphane Ibars signe un accrochage brillant et audacieux qui fait redécouvrir des œuvres pourtant maintes fois exposées ici…
La visite commence par un passage initiatique dans un corridor de contamination – vous avez bien lu ! – imaginé par Thomas Hirschhorn. Moment rituel indispensable pour s’inoculer le virus Lambert et finir par tomber sur les yeux brûlés de Douglas Gordon et réentendre le piano mécanique posé comme un écho sous l’écran d’un film muet, véritable hommage à l’épopée du cinéma… Back from the real dit le maître… allons-y !
L’exposition se poursuit dans une salle où sont accrochées des œuvres à la manière des Madeleines de Proust et où trône la subjuguante installation aérienne de Mircéa Cantor. Marcel Dzama côtoie Adam Pendelton. Andrès Serano fait face au message de Babara Kruger : who do you think you are ? Bonne question. Au fond, gigantesque photo de Candice Breitz qui immortalise un Marylyn Manson moment…
Il nous faut quitter ces classiques de la collection pour tomber sur l’exposition de Louise Lawler magnifique avec ces verres où est inscrit un « je vous ai écrit »… terriblement poétique.
On se régale de descendre par l’escalier en colimaçon où est revenue l’émouvante – toujours – installation de Christian Boltanski, faite d’ampoules et de cadres noirs de différentes tailles mais vides d’images, souvenir des morts de la Shoah… On finit par tomber sur quelques Combas, Barceló et Blais et le puissant tableau bleu Klein de Enzo Cucchi. C’est dans ces salles du bas de la Collection que l’on prend la mesure de notre chance de pouvoir admirer des œuvres majeures de Anselm Kieffer, Jean-Charles Blais, Julian Schnable, Jean-Michel Basquiat, Sean Scully et Niele Toroni… Edda Renouf arrive à tirer son épingle du jeu dans ce dédale de chefs d’œuvres et c’est astucieux de l’avoir placée à cet endroit…
Le clou de cette nouvelle exposition est sans nul doute l’exposition d’Eva Jospin, faite de cartons récupérés, fils de soie qui donnent des splendeurs comme cette Forêt de soie, cette fresque « Stratification », ces Alcôves – grottes-folies dignes des dômes antiques – et ce « Capricio » fait de bois et de carton, une splendeur !
Il faut aussi passer un temps dans les salles consacrées à Pascale Marthine Tayou intitulée « Petits riens » et qui bien plus que cela ! Ces dominos assemblés de drapeaux, cette pièce intitulée « Step by step » faite d’une multitude de cannes, font sourire et montrent tout l’humour du plasticien… Le moment le plus émouvant étant ce long couloir jaune citron où est installé « Colonial Ghost » fait de figurines en verre et de clous… intéressante métaphore des faits de la colonisation… Immense moment d’émotion que cette pièce monumentale intitulée « Oxygène » constituée de bouteilles en plastiques collées sur des branches d’arbres elles-mêmes suspendues dans le vide… époustouflant !
Vous l’avez compris, ne ratez pas ce sublime Musée d’art contemporain à Avignon qui offre à vos yeux mondes et merveilles !
Emmanuel Serafini
Image: « Eventail », Eva Jospin – Copyright l’artiste.
























