77e FESTIVAL D’AVIGNON. « EXIT ABOVE », LET’S GO FOR A WALK

77e FESTIVAL D’AVIGNON. EXIT ABOVE – After the tempest – Anne Teresa de Keersmaecker, Meskerem Mees, Jean-Marie Aerts et Calos Garbin – La FabricA – Du 7 au 12 juillet à 18h. le 13 juillet à 16h.
LET’S GO FOR A WALK
La Compagnie Rosas est de retour au 77ème Festival d’Avignon avec « Exit Above », une pièce pour onze danseurs, une chanteuse et un guitariste.
Sur le plateau de la Fabrica, à jardin, sont posées quatre guitares sur leurs supports. Sur une perche, au lointain, on distingue un polyane. Le sol est couvert de traces de couleur circulaires et d’une série de traits jaune en pointillé, comme sur un terrain de sport en salle. Il est d’ailleurs plaisant de constater que les sols bariolés comme dans les gymnases – dans la Cour d’Honneur – ou façon Mandala dans cette énergique pièce d’Anne Teresa de Keersmaecker reviennent dans les décors des pièces du festival…
Deux hommes, un grand au crâne rasé, un plus frêle aux cheveux bouclés et une jeune femme fluette font leur entrée. Le danseur commence à frapper dans ses mains et la réverbération des micros sert de base musicale à un solo, rapide, exécuté avec quelques figures venues du hip-hop.
Un moment passe avant que le polyane ne s’envole grâce au puissant souffle d’un ventilateur de chantier. On voit au loin les dix autres danseurs dans un savant contre-jour. Ce moment de magie flottant ne dure pas longtemps puisque la toile tombe d’un coup et fini au fond de la scène, en boule…
Tous les danseurs sont pris de secousses brèves dans le corps et le son de la guitare électrique se fait entendre… Vont suivre des marches en cadence, des sourires figés comme sur les selfis qui inondent les réseaux sociaux. Un magnifique solo d’un danseur portant une robe noire subjugue avec ce mouvement des bras, de déboulés et battements qui font prendre de l’ampleur à cette jupe. Une nouvelle partie commence, plus country.
Dos au sol, jambes liées, quasi sur les pieds des spectateurs du premier rangs, les danseurs jouent à se frotter qui les mollets, qui les talons… Des bruits d’oiseaux surgissent, certains interprètes ont quitté leurs costumes pour laisser un duo se dérouler. Les autres sont autour, protecteurs.
Il faudra attendre tout ce temps, finalement pas si désagréable, pour que la géniale chorégraphe sorte le grand jeu et démontre tout son talent d’écriture qui est ici circulaire, centrifuge… Les jupes noires ont – presque – laissé la place à deux ou trois robes blanches amples et retroussées… Un noir profond s’empare de la salle un rond similaire à celui d’une poursuite inonde la scène… Les feux follets apparaissent, le tempo s’agite et la reprise des marches au pas cadencé reprennent… La fumée asphyxie les danseurs qui toussent et finissent par s’effondrer. Les torses nus, bras tendus sont – encore – une fausse fin qui, elle, prendra la forme d’une petite danse indienne en arc de cercle.
Les costumes de Aouatif Boulaich, entre vêtements de sport siglés et robes amples de capoeira apportent à l’univers de cette pièce qui repose aussi sur l’implication du guitariste Carlos Garbin, hypnotique parfois, et la voix juste et fragile de l’émouvante Meskerem Mees qui, comme une somnambule, arpente l’espace et se laisse porter en triomphe…
Avec Exit Above, Anne Teresa de Keersmaecker signe une pièce tendre, country à souhait, avec des danseuses et danseurs d’une agilité de chats, placés très à la face, quasiment aux pieds des spectateurs, laissant derrière eux toute l’ampleur du plateau de la Fabrica qui absorbe le temps et les gestes. Un moment à savourer avec gourmandise…
Emmanuel Serafini
Photo C. Raynaud de Lage / Festival d’Avignon






















