FESTIVAL D’AVIGNON : « DEVOTION », UN PEU, BEAUCOUP, PASSIONNEMENT… A LA FOLIE ?

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FESTIVAL D’AVIGNON. « DEVOTION, dernière offrande aux dieux morts » – Clément Bondu – Gymnase du Lycée St Joseph – les 5,6,7 et 8 juillet à 15h.

C’était une bonne idée de Serge Tranvouez, l’actuel directeur de l’Ecole Supérieure d’art dramatique de Paris, de confier à Clément Bondu, nouveau venu sur la planète théâtre, le travail de fin d’étude de la promotion 2019. Une bonne idée parce que Clément Bondu est jeune, il a à peine dépassé la trentaine et qu’à cet âge, au moment de son parcours, on veut tenter des choses et, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il ne se gêne pas ici.

Moins que dans « L’avenir », son récent monologue musico-poétique assez branché et très désespéré, Clément Bondu livre un texte – un peu long, un peu touffu, mais n’en faut-il pas pour tout le monde dans ce genre d’exercice ? – qui traite du rituel théâtral ; parfait pour une école d’art dramatique. Il va traiter dans les 2h30, plus entre-acte, le politique, l’intime et le dramatique… Et les quatorze comédiens de l’ESAD vont s’en donner à cœur joie et se complaire – parfois trop – dans l’esthétique Bondu qui tente d’affirmer ici sur scène son univers, laissant voir de plus en plus ses topics comme metteur en scène mais aussi comme auteur – ne laisse-t-il pas dire dans la bible du spectacle qu’il est « poète » ; allons donc, va pour poète…

Evidemment, parler du rituel théâtral, c’est recourir aux Chœurs et on y coupe pas, avec un monologue devant le rideau noir, joué avec la délectation d’un chat devant un bol de lait par Tom Pezier qui plante le décor et annonce une histoire passionnelle et situationniste…

Donc, rituel égale grands héros du théâtre avec d’un côté un certain H dont les similitudes avec Hamlet ne sont pas cachées – et je dirais, avec le comédien choisi une sorte de double de Clément Bondu lui-même – joué avec brio par Baptiste Faivre. H, qui ne cesse de s’occuper d’une certaine Ophélia, jouée par Claire Bosse-Platière qui s’en sort moins bien dans le côté déjanté de l’œuvre de Bondu, même si elle offre des pensées au public… cela ne fait pas tout…

Bien entendu, après les Grecs et les Anglais, on croise les grands auteurs russes et un Idiot joué sans forcer par Angie Mercier très juste et très touchant qui se fait bien rembarrer par une dame pour qui il en pince et Mona Chaïbi joue là le rôle d’une maîtresse-femme assez tendre, parfois trop ; elle aurait pu accentuer son jeu.

Il faudra attendre la partie qui traite du Mouvement – sorte de parti politique… suivez mon regard – pour que des comédiens comme Alexandre Hamadouche se distingue en un affreux personnage dans lequel on peut reconnaître des similitudes avec Arturo Ui, Brecht, donc…

Dans ce Mouvement, qui sent fortement l’odeur de brun et parfois de macronisme un peu poussé, Jospéhine Palmieri excelle – même si elle force beaucoup sa voix – sur la nécessité d’un exposé de son rapport en plusieurs points qui permet à Clément Bondu de s’essayer à la géo-théatralité en poussant quelques concepts qu’il place dans son travail.

Beaucoup de choses dans ce texte, certainement un peu trop long – d’autant que démarré en retard ! – La pièce se termine dans un cimetière – c’est dire si Clément Bondu à le sens de la fête ! – où la référence au Mexique et à ses traditions mi-religieuses mi-païennes permet au reste de la troupe de se faire remarquer : Thomas Christin et Babissiry Ouattara après avoir fait des sortes de Men in Black du Mouvement ont un tout autre destin. Salomé Benchimol, qui endosse le costume du chœur, nous sert un beau monologue. Comme sans doute pendant longtemps les trans-genres auront une place dans l’observation de notre société que fait Clément Bondu, c’est Antoine Forconi qui s’y colle avec le rôle du trans/travelo sans lequel un bar louche ne le serait pas. Margot Viala n’est pas contente vu qu’elle n’aime pas faire la fête, elle ne boit ni ne fume… pas du tout faite pour être dans une pièce de Clément Bondu, on l’aura compris ! Olivia Mabounga intervient souvent et avec justesse. Il faut qu’à 24 ans elle se donne la mort car malade, ça tombe bien elle est déjà dans le cimetière. Un univers traversé par Fanny Kervarec qui tire, elle aussi, son épingle du jeu.

Travail d’école sur texte contemporain du metteur en scène n’aide pas forcément à Avignon surtout que dans le projet du Festival de faire venir des écoles d’art dramatique, on avait eu l’année dernière celle du Théâtre du Nord, menée d’une main de maître par Christophe Rauck, plaçant du coup la barre un peu haut…

Ne boudons cependant pas notre plaisir de découvrir à la fois ce jeune auteur et ces jeunes comédiens prometteurs… On peut bien leur consacrer deux heures trente, même si en bon maître de cérémonie, Clément Bondu aurait dû couper pour resserrer son propos et le rendre ainsi plus incisif et moins diffus.

Dévotion reste une ode au théâtre même si elle se voulait une dernière offrande aux Dieux morts !

Emmanuel Serafini

Photo © Baptiste Muzard

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