« UNE CEREMONIE » : UNE OEUVRE ENGAGEE ET TELLEMENT JUBILATOIRE

UNE SEMAINE D’ART EN AVIGNON : « Une Cérémonie » Conception, écriture et mise en scène par le collectif « Raoul collectif » – Théâtre Benoît XII du 28 au 31 octobre 2020.

Une scène encombrée de chaises, d’instruments de musiques, un bar, des costumes, des projecteurs et autres objets hétéroclites. Un étrange capharnaüm dans lequel débarque une bande de gais lurons un peu déconcertés, rêveurs, facétieux. Le ton est donné ! On prépare une cérémonie, un évènement solennel, très important paraît-il mais qui échappe à la perception. De quoi s’agit-il ? Comment s’habiller ? Que doit-on faire ?

Cette fine équipe paraît mise au placard par ses mystérieux commanditaires. Ce sont des « héros de papier », des chevaliers errants qui voudraient refaire le Monde. On va de conversations de comptoir en digressions intellectuelles absconses que l’un d’eux déclame non sans une certaine autosatisfaction. On voudrait chevaucher un ptérodactyle pour partir loin de cette Europe de profiteurs, de la finance, des fachos, des médaillés, des cravatés. Bref, on philosophe, on boit et on porte des toasts à l’imprévisible, à l’ingouvernable.

Un étrange mobile cornu constitué de branchages, peut-être de bois de cerf, surmonte la scène tel un totem, est actionné de temps en temps dans un lent balancement et semble un dieu mystérieux qui veille sur ce microcosme d’un autre monde.

Ces sympathiques palabres anarchisantes sombrent progressivement dans l’irrationnel avec l’apparition de créatures oniriques comme une chouette vaudou ou un centaure déjanté qui nous offre un instant de pure comédie. Citons encore ce dialogue épique entre Antigone et Créon dans une parodie surréaliste de la pièce de Sophocle.

Ce délire visuel et verbal est soutenu en partie par un accompagnement musical inspiré des rythmes vaudous et par un remarquable intermède musical de jazz — ils ont décidément tous les talents – sur des thèmes que le Collectif est allé travailler au Bénin, du fait que « la genèse du jazz est en Afrique ».

Cet extraordinaire moment de théâtre est issu du travail original de Raoul Collectif, un collectif fertile dont les membres sont à la fois auteurs, metteurs en scène et acteurs. Tour à tour désopilants, pince-sans-rire, poétiques, jubilatoires, chimériques, ces huit comédiens et cette comédienne — ce qui met à mal la parité chère à certains — nous offrent un travail collectif d’une créativité débordante et bourré d’imagination et de talents. Un travail de lutte, sans doute un peu dérisoire mais aux solides convictions, contre les absurdités de ce monde que l’on tourne en dérision au travers de leurs armes que sont « le théâtre, la parole, les mots, les corps, les voix, la musique, l’ivresse poétique et l’intelligence collective ».

Ce spectacle dure presque deux heures qui se dégustent avec délectation d’une surprise à l’autre et l’on ressent cette petite crispation des lèvres, caractéristique d’un sourire complice qui ne nous quitte pas du début à la fin. Le temps se raccourcit tant cette atmosphère surréaliste et cette errance des esprits sont jubilatoires.

Une belle création collective et un superbe moment de théâtre !

Jean-Louis Blanc

LIRE AUSSI NOTRE INTERVIEW DU RAOUL COLLECTIF : https://inferno-magazine.com/2020/10/19/la-semaine-dart-en-avignon-entretien-avec-raoul-collectif/

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