FESTIVAL D’AVIGNON : « ITEM », OVNI POETIQUE POUR PUBLIC AVERTI

79e FES

79e FESTIVAL D’AVIGNON. « Item » – Mise en scène et scénographie François Tanguy – Gymnase du Lycée Mistral – du 6 au 8 juillet 2025, à 12h – durée 1h30

Comment définir le travail du Théâtre du Radeau et du metteur en scène François Tanguy disparu en 2022 ? Difficile de cataloguer ce type de spectacle tant la forme et le fond vont bien au-delà de ce que le Festival nous réserve cette année. Sur scène, une multitude de tableaux. Certains ne sont que des esquisses de tableaux, même la forme du cadre ne semble pas clairement définie, d’autres sont transparents, laissant les comédiens dans un rôle de modèle. Un vaste bric à brac qui ne donnera quasiment jamais de sens mais appuiera parfois l’essence lunaire de ce spectacle.
Le texte et la musique s’entremêlent sans se chevaucher pour donner vie à cet ovni poétique qui devient vite un objet difficilement accessible si on ne parvient pas à se faire happer par la proposition. Car c’est bien là le problème, ce spectacle ne sera pas de ceux qui divisent dans l’extrême le public avec ceux qui vont crier d’un côté au génie et de l’autre à l’arnaque artistique. On ne peut ressentir ici qu’une évidente sincérité de l’auteur et des comédiens sur scène mais qu’il est difficile de participer à cet acte poétique quand on reste au bord du chemin ! Une partie du public applaudit sans excès, une autre reste un peu sonnée, quelques-uns énervés, peut-être par cette agaçante sensation que ce spectacle n’est pas fait pour vous et que c’est assumé. Cette proposition ne charme pas, ne fait pas du « rentre dedans », elle s’assume dans ses non-dits.

Nonobstant qu’une bonne moitié du public n’adhère pas à ce spectacle on ne peut néanmoins qu’être touché par ces actes qui restent toujours comme en suspens. Rien ne semble prémédité et pourtant tout est toujours sous contrôle. Ici rien de linéaire, les comédiens voguent et tanguent au gré d’un vent littéraire et musical, de façon légère et aérienne. Les textes s’enchainent sans logique, les musiques de Bach, Tchaïkovski ou Berlioz répondent aux émotions poétiques suscitées par les comédiens qui avec un humour certain et une craquante absurdité entrainent avec eux ceux qui le veulent bien. Les éclairages en clair-obscur et cette sensation de pouvoir sentir le bois d’un vieil atelier de peinture plongent encore un peu plus les spectateurs dans une sorte de moment hors du temps durant lequel on peut rêver dans une sorte de « saute-mouton artistique » multidisciplinaire. Le regard va de l’un à l’autre des comédiens, chacun jouant à son propre rythme mais dans une seule partition, à l’unisson.

Certains sortiront groggy et parfois un peu perplexes face à cette proposition, n’est pas Tanguy qui veut. D’autres en sortiront heureux d’avoir fait ce bout de chemin de recherche artistique, par petites touches, lentement, de constructions en déconstructions, de questionnements en évidences.

Pierre Salles

Photo C. Raynaud De Lage / Festival d’Avignon

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