A LA UNE #91

A LA UNE D’INFERNO #91

ART, SCENES, ATTITUDES
il n’y aura pas de miracles i

IN MINOR KEYS, 61e BIENNALE DE VENISE  Retour sur La 61e Biennale d’Art de Venise qui fermera ses portes le 22 novembre prochain. Elle a débuté dans les cris et la douleur. La Russie voulant rouvrir son pavillon — ce qu’elle a fait ! — et Israël le sien — ce qu’il n’a pas fait ! —, tout en le gardant sous haute surveillance… L’atmosphère s’est chargée de démissions, de tribunes et de violents partis pris géopolitiques. Les Français, quant à eux, n’ont pas dérogé à leur réputation critique, affirmant d’emblée que les choix curatoriaux n’étaient pas les bons, eu égard aux prises de position de l’artiste invitée Yto Barrada en faveur de la Palestine, ce qui lui a valu une tribune de Catherine Millet dans Artpress. Bref, il n’empêche qu’avec ses 111 artistes invités, ses 99 pavillons nationaux, sans compter les expositions colatéralles, et ses « stars » annoncées — à l’instar de l’Américaine Laurie Anderson, des Congolais Sammy Baloji et Bodys Isek Kingelez, de la Kényane Wangechi Mutu, de la Nigériane Otobong Nkanga ou du Chilien Alfredo Jaar (photo) —, cette édition 2026 aura fait parler d’elle… LIRE LA SUITE

CASTING LEAR, D’ANDREA JIMENEZ Casting Lear, un coup de maître de la metteure en scène Andrea Jimenéz ! Sur le papier, pourtant, l’idée paraît presque insensée. Chaque soir, un comédien différent accepte d’endosser le rôle du Roi Lear et celui du père de la metteuse en scène sans avoir jamais répété. Il découvre le spectacle en même temps que les spectateurs, guidé uniquement par une oreillette dans laquelle le comédien Matthieu Luro lui souffle le texte tandis que la metteuse en scène indique les déplacements et intentions. Un pari aussi fou que risqué où tout pourrait s’effondrer à chaque instant. Pourtant, c’est précisément cette fragilité assumée qui donne naissance à l’un des plus beaux moments de théâtre de ce 80e Festival d’Avignon. Cette fragilité maîtrisée que chaque spectateur attend, ce moment suspendu où l’art apparaît sous nos yeux. Figure majeure de la jeune scène espagnole, Andrea Jiménez signe ici un spectacle d’une intelligence rare. Plus qu’une adaptation de Shakespeare, elle imagine une rencontre entre un immense texte et une blessure intime. Son théâtre ne cherche jamais à illustrer un classique ; il s’en sert comme d’un miroir pour interroger ce qui continue de nous construire longtemps après l’enfance. De son trauma naît le théâtre et la beauté d’un comédien nu… LIRE LA SUITE

« THIRD PERSON », MAGISTRALE LORNA SIMPSON  Emma Lavigne, directrice et conservatrice générale de la Collection Pinault, a orchestré en collaboration avec le Metropolitan Museum of Art de New York la plus importante exposition de Lorna Simpson en Europe. Il convient de noter qu’une première version de ce projet, intitulée « Source Notes », a été présentée dans le musée new-yorkais en 2025. À Venise, le parcours déploie une cinquantaine d’œuvres — peintures, collages, sculptures, installations et vidéos — enrichies de nouvelles créations spécialement conçues pour interagir avec l’architecture de la Punta della Dogana. Photographe et plasticienne, Lorna Simpson est née à Brooklyn en 1960. Elle grandit au sein d’une famille d’origines afro-américaine et cubano-jamaïcaine qui éveille très tôt sa sensibilité artistique. Inspirée par l’art conceptuel, elle choisit de ne plus simplement « capturer le réel », mais de juxtaposer ses images à des textes afin de déconstruire les stéréotypes de genre et de race… LIRE LA SUITE

INTEVIEW: LILY VAN DER STOKKER Depuis plus de trente-cinq ans, Lily van der Stokker voit son travail enfermé dans une catégorie dont elle n’a jamais vraiment voulu : le « girly art ». Fleurs, couleurs pastel, boucles, mots manuscrits et formes décoratives ont souvent été associés à une supposée légèreté féminine, comme si le « féminin » devait nécessairement être particulier, tandis que l’art produit par des hommes pouvait continuer à se présenter comme simplement de « l’art ». Avec Male Art Exhibition, Great Show!, l’artiste retourne cette logique comme un gant : si son travail peut être qualifié de « girly, » alors pourquoi ne pas parler d’un art « boyish », masculin, voire franchement macho ? Son geste n’est  ni celui d’un règlement de comptes ni celui d’une nouvelle guerre des sexes. Van der Stokker entreprend plutôt de nommer ce qui, jusqu’ici, prétendait ne pas avoir de genre. Son féminisme ne vise donc pas à remplacer une domination par une autre, mais à imaginer ce qu’elle appelle un soulagement collectif à l’égard de la domination patriarcale. L’humour devient ici une méthode critique : non pas adoucir le propos, mais le rendre plus difficile à esquiver… LIRE LA SUITE

LES RENCONTRES D’ARLES 2026, TOUT UN MONDE  Il ne vous reste plus que quelques semaines pour profiter de l’été culturel arlésien. Jusqu’au 4 octobre, les 57es Rencontres de la photographie déploient encore leur programmation dans toute la ville : une cinquantaine d’expositions, quelque 400 artistes et près de 4 000 œuvres réparties sur 28 adresses, auxquelles s’ajoute un foisonnement d’expositions et d’initiatives hors les murs. Cette dispersion est devenue l’une des grandes singularités du festival : ne se contente plus d’accueillir la photographie, elle l’a progressivement utilisée pour transformer son paysage culturel.Si votre temps sur place est compté, commencez par l’Espace Croisière : arrêtez-vous à la Librairie du Sud, feuilletez le catalogue des Rencontres et repérez vos priorités. Puis plongez dans « Nous ne sommes pas seuls. Images extraterrestres ». L’exposition part d’une image devenue mythique : la photographie réalisée en 1975 par le Suisse Eduard Alber Meier, dont l’un des clichés a notamment été repris dans l’imaginaire visuel de X-Files. Photographies d’observations, archives ufologiques, collections spécialisées, documents de la NASA et œuvres contemporaines composent une traversée aussi savante qu’étrange. Le véritable sujet est finalement moins l’existence des extraterrestres que notre rapport à la preuve : bien avant les fake news et les images générées par intelligence artificielle, les photographies d’ovnis avaient déjà installé une forme de « doute visuel » dans notre culture.… LIRE LA SUITE

LYON: LUCINDA CHILDS & ALESSANDRO SCIARRONI  Pour une fois, la rentrée chorégraphique lyonnaise ne passe pas par la Biennale de la Danse, mais, tout simplement, par le Ballet de l’Opéra de Lyon qui nous transporte d’un coup en Amérique. Au programme d’ICONE, initié par Cédric Andrieux : d’une part l’iconique « Dance » de Lucinda Childs – Lion d’or à Venise, dont on vous avait déjà touché deux mots ici. Pour sa création en 1979, la chorégraphe rassemblait autour d’elle rien de moins que Philip Glass à la musique et Sol LeWitt au film, excusez du peu ! D’autre part, le nouveau directeur Cédric Andrieux – ancien danseur du Ballet de Lyon passé chez Merce Cunningham – a passé commande au génial et sensible Alessandro Sciarroni de « HØPE », un complément de programme chorégraphique particulièrement bienvenu. Il n’est point besoin d’épiloguer longuement sur « Dance », puisque tout ou presque a été dit sur ce ballet mythique, créé à Amsterdam en 1979 et repris la même année à la Brooklyn Academy of Music (BAM) de New York. Inutile de rappeler qu’il s’agit d’un monument de la postmoderne dance américaine, tout droit sorti des expérimentations du Judson Dance Theater…  LIRE LA SUITE

THE LAST HAMLET Avec « The Last Hamlet« , Ben Duke ne cherche pas à proposer un Hamlet de plus. Il s’interroge sur notre besoin presque obsessionnel de continuer à faire vivre ce personnage. Fondateur de la compagnie britannique ‘Lost Dog’, nourri autant par la littérature que par la danse contemporaine et le théâtre, le metteur en scène imagine un monde où l’on aurait décidé qu’il était temps d’en finir avec Hamlet. Plus de prince mélancolique, plus de vengeance, plus de fantôme. Rideau définitif. De cette idée naît un spectacle d’une liberté réjouissante qui interroge autant notre époque que le théâtre lui-même.  Avant même que les acteurs ne prennent possession du plateau, le Cloître des Célestins du Festival d’Avignon impose sa propre dramaturgie. Les deux immenses platanes semblent protéger la scène mais imposent et intimident presque le spectateur tandis que les hauts murs de pierre l’enveloppent d’une douceur presque irréelle. Ce décor, impossible à reproduire ailleurs, devient un partenaire silencieux de la représentation. Rarement un lieu aura autant participé à la poésie d’un spectacle. Puis un vieux transistor crépite. De cette radio fatiguée s’élève la voix de la metteuse en scène britannique Katie Mitchell. Son propos est sans détour : il serait peut-être temps d’arrêter de monter Hamlet, œuvre qui continuerait à véhiculer une vision du monde fondée sur la violence masculine et la misogynie. Cette voix reviendra plusieurs fois, comme un rappel obstiné de la question posée au public. Faut-il vraiment continuer à raconter cette histoire ? Ben Duke ne répond jamais par un discours. Il répond par le théâtre… LIRE L’ARTICLE

FESTIVAL D’AIX 2026 : « LA FEMME SANS OMBRE », UN MOMUMENT  C’est par la volonté de Pierre Audi, Directeur du Festival disparu l’an dernier, que se concrétise avec bonheur la production de cette œuvre immense de Richard Strauss, ce conte initiatique qui touche de près la condition humaine, qui peut faire penser à une nouvelle « Flûte enchantée ». Une œuvre majeure mais peu interprétée, sans doute difficile à monter du fait de l’ampleur de l’orchestre et des cinq voix exceptionnelles qu’elle nécessite. La Femme sans ombre est une princesse, fille du Roi des Esprits, épouse de l’Empereur des îles du Sud-Est. Une impératrice qui n’a ni ombre ni enfant. Une prophétie menace l’Empereur d’être changé en pierre si elle n’obtient pas une ombre dans les trois jours. Sa nourrice imagine alors de descendre dans le monde des humains pour se procurer une ombre. Les deux femmes arrivent chez le teinturier Barak dans le but de voler l’ombre de sa femme à qui elles promettent une vie meilleure et l’amour d’un beau jeune homme en échange de son ombre et de sa capacité d’enfanter. Il s’ensuit de nombreuses épreuves, tentations et rebondissements jusqu’au dénouement qui voit les deux couples promis à la félicité et au bonheur grâce à leurs qualités humaines..LIRE LA SUITE

ANA MENDIETA, RETROSPECTIVE AT TATE MODERN Ana Mendieta (1948-1985), artiste pionnière et performeuse, dont l’œuvre a transformé les conceptions de la sculpture, de la photographie et du cinéma bénéficie d’une grande rétrospective à la Tate Modern London jusqu’au 17 janvier 2027, qui présente plus de 120 œuvres, explorant son lien profond et constant avec la nature, l’identité et l’exil. Cette grande exposition consacrée à l’artiste présente nombre de ses œuvres emblématiques ainsi que des films récemment remasterisés, des peintures de ses débuts et des sculptures de sa dernière période, dont beaucoup sont exposées pour la première fois au Royaume-Uni. L’exposition se prolonge hors des murs de la galerie, explorant la relation profonde qu’Ana Mendieta entretenait avec le monde naturel. Cette artiste américaine d’origine cubaine a posé, tout au long de son œuvre, des questions profondes sur le déracinement et l’identité, qui restent d’une grande actualité aujourd’hui. L’exposition, la première rétrospective de son œuvre au Royaume-Uni depuis plus de dix ans, met en lumière la pratique novatrice de Mendieta et confirme son statut d’artiste parmi les plus importantes du XXe siècle…  LIRE LA SUITE

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ISSN 2258-6474

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